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RÔLE DU CERVEAU DANS LA FATIGUE

passe dans l’organisme quand la volonté cherche à faire agir un membre devenu impuissant par suite d’excès de travail. De même qu’un muscle de grenouille fatigué par des décharges successives exige, pour continuer à se contracter, qu’on augmente la force du courant qui l’excite, de même, dans l’organisme vivant, il faut une augmentation de l’influx volontaire pour galvaniser un bras épuisé et en obtenir des mouvements énergiques. Or la volonté manifeste son effort par un ébranlement de la substance grise du cerveau, et cet ébranlement devient douloureux quand il est excessif.

La fatigue locale est donc un phénomène à la fois musculaire et cérébral.

Le muscle fatigué est endolori par les froissements qu’il a subis, et paralysé dans ses propriétés contractiles par le contact des substances chimiques résultant des combustions du travail. Le cerveau ressent les effets de la fatigue par l’ébranlement plus violent que cause à ses cellules l’excitation volontaire, excitation qui doit devenir plus intense’ à mesure que le muscle y répond plus difficilement.

Pendant l’exercice musculaire, la sensation de fatigue est quelquefois hors de proportion avec les lésions subies par la libre musculaire, et avec les modifications de nutrition qu’elle a subies au cours du travail. C’est alors le cerveau qui faiblit avant le muscle. L’organe de la volonté semble avoir perdu une partie de son pouvoir excitateur, et éprouve avec exagération la sensation de fatigue. L’homme n’a plus la notion exacte de l’énergie que renferment encore les muscles. — C’est ce que l’on observe dans tous les cas où une émotion dépressive a porté sur les centres nerveux son influence débilitante.

Dans ladéroute qui suit une bataille, les soldats, démoralisés autant qu’exténués, se trament péniblement le long des chemins. L’état de dépression où les met la défaite les rend incapables de lutter contre des malaises qu’ils supporteraient aisément dans un autre moment. Leurs pieds gonflés, leurs jambes rompues, leurs reins courbaturés ne leur permettent plus d’avancer. Des groupes de traînards s’affaissent le long de la route : tout le monde tombe de fatigue. Tout à coup un cri s’élève : — « Voici l’ennemi ! » — Aussitôt chacun retrouve ses jambes. Les reins courbes se redressent, les jarrets se tendent, les pieds fourbus s’appuient vigoureusement sur le sol, et ceux qui ne pouvaient plus marcher se mettent h courir. Leurs muscles n’avaient pas perdu la faculté

LA FATIGUE LOCALE

d’agir, mais la Volonté n’était plus un excitant suffisant pour les mettre en action. Il en a fallu un autre plus puissant; la Peur.

Dans certains cas, on peut observer des phénomènes inverses. Il peut se faire qu’une violente excitation des centres nerveux vienne en quelque sorte galvaniser les muscles, comme le ferait un très fort courant d’électricité. L’être vivant peut alors en faire sortir toute la force contractile qu’ils contiennent, et pousser le travail jusqu’à l’épuisement complet de la fibre, jusqu’à la fatigue absolue. Il en est ainsi quand un danger pressant oblige l’homme ou l’animal à continuer l’effort musculaire, au mépris de la douleur qu’il occasionne. Un animal chassé fuit jusqu’au moment où ses jambes ne peuvent plus le porter; quand il s’arrête forcé., ses muscles fatigués , dans le sens physiologique du mot, et les excitants les plus violents ne pourraient y provoquer des contractions. Mais le travail qui a été nécessaire pour produire l’impuissance complète du muscle a produit en même temps des lésions si profondes de l’organe , et des troubles si graves de l’état général, que l’animal ne survit presque jamais à sa fatigue.

On voit, par les exemples cités plus haut, la différence essentielle qui existe entre la fatigue subjective, celle qui est caractérisée par une sensation, et la fatigue objective, qui consiste dans un état particulier du muscle.

La fatigue objective, ou fatigue absolue, est due à une altération profonde dans la composition chimique des muscles, altération qui fait perdre à cet organe la faculté d’accomplir sa fonction habituelle.

La fatigue subjective est essentiellement relative et variable, comme toutes les impressions sensitives. Elle consiste dans un malaise qui se produit à la suite d’un léger endolorissement du muscle , et d’une modification très superficielle de la structure.

Dans les faits habituels de l’exercice musculaire , la fatigue n’est jamais absolue, et bien rares sont les cas dans lesquels l’homme arrive à épuiser réellement toute la force contractile de ses muscles. C’est que la sensation de fatigue nous empêche d’avoir la notion exacte de l’énergie contenue encore dans la fibre musculaire, et nous pousse à prendre du repos longtemps avant

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