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CHAPITRE III

l'essoufflement (suite).

Le mécanisme de l’essoufflement. — Troubles réflexes des mouvements respiratoires. — Sensations physiques et impressions morales. — Le bégaiement de la respiration. — Pourquoi on s’essouffle moins à la salle d’armes que sur le terrain. — Réflexes dus à l’acide carbonique. — Les réflexes sont primitivement \itiles ; ils deviennent nuisibles par leur exagération. — Dangers des mouvements instinctifs. Rôle du cœur dans l’essoufflement. — Les congestions actives. — Fatigue du muscle cardiaque et congestion passive du poumon. — Le rôle du cœur est secondaire. — Cessation de l’essoufflement malgré la persistance des troubles circulatoires, après l’exercice. — Observation personnelle ; l’asceusion du Canigou.

De Veffort; son rôle dans l’essoufflement. — Promptitude de l’essoufflement dans la lutte. — Courses de fond et courses de vélocité.

Nos observations sur le rytlime de la respiration essoufflée. — Inégalité des deux temps de la respiration dans l’essoufflement ; — causes de cette inégalité.

La respiration a pour condition essentielle la mise en présence dans le poumon du fluide atmosphérique et du sang veineux, afin que l’air inspiré cède son oxygène au sang, et que le sang se dépouille, en échange, de son acide carbonique. Il est évident que tout obstacle à la libre arrivée du sang aux capillaires du poumon ou à l’entrée facile de l’air dans ses cellules devra rendre l’acte respiratoire incomplet.

Or l’exercice violent cause dans les mouvements respiratoires une perturbation qui les rend moins efficaces pour attirer l’air dans la poitrine, en même temps qu’il produit dans le cours du sang des troubles capables d’entraver la circulation pulmonaire. Chacun de ces deux effets mérite une étude attentive.

L’exercice peut avoir sur les mouvements respiratoires une action directe , car certains actes musculaires s’exécutent à

THOUBLES RÉFLEXES DES MOUVEMEiNTS RESPIRATOIRES

l'aide des muscles de la poitrine ou du dos. Ces muscles, étant utilisés pour le travail , se trouvent momentanément détournés de leur rôle de muscles respirateurs. Ils peuvent même suspendre la respiration quand ils prennent un point d’appui sur les côtes pour niouvoir les membres supérieurs.

L’effort, dont nous avons longuement parlé au chapitre des Mouvements, est le type des actes qui suspendent la respiration par immobilisation du thorax.

Cet acte a des conséquences importantes au point de vue de la circulation du sang, et c’est ainsi surtout qu’il trouble la fonction respiratoire. Mais il a aussi pour effet d’entraver momentanément l’échange des gaz, et cela, d’ordinaire, au moment où il est le plus urgent. La suspension de la respiration pendant l'état de repos n’a pas de graves conséquences, car elle est toujours suivie, par un effet de compensation , d’une série de respirations plus amples et plus profondes, qui éliminent promptement l’acide carbonique dont la quantité retenue dans l’économie ne peut être excessive, étant donné l’état de repos des muscles. Mais si l’effort a lieu pendant le travail, il se trouve que le poumon est entravé dans son jeu, juste au moment où son action devrait être augmentée ; la suspension de la respiration ferme la voie par où devrait s’éliminer l'acide carbonique, à l’instant même où les muscles produisent trois fois plus de ce gaz qu’à l’état normal. La respiration, qui répondait à peine aux besoins de l’organisme pendant le libre fonctionnement du poumon, devient tout à fait insuffisante quand les mouvements du thorax sont ainsi entravés. Aussi la suspension réitérée de la respiration pendant le travail peut-elle devenir une cause très efficace de dyspnée, tandis qu’elle ne provoque, à l’état de repos, qu’un malaise passager.

Mais l’effort et les autres actes musculaires capables de suspendre ou d’entraver le jeu des côtes ne sont pas les causes les plus fréquentes des troubles qu’on observe dans les mouvements respiratoires au cours de l’exercice. La respiration est bien souvent profondément modifiée dans son rythme , son ampleur et sa fréquence, sans qu’il soit besoin d’invoquer l’action directe de l’exercice pratiqué. Bien souvent on voit des exercices dont l’exécution ne nécessite pas le concours des muscles thoraciques troubler pourtant profondément le jeu des mouvements du thorax.

C’est alors par effet réflexe que se fait sentir l’action indirecte de l’exercice.

Les effets réflexes, capables do modifier le rythme respiratoire.

tA FATIGUÉ

ont pour point de départ des impressions très diverses, et le poumon est très fréquemment exposé a en subir les effets, car aucun organe n’est plus impressionnable que celui-ci. Pour bien comprendre les effets réflexes auxquels le poumon est susceptible d'obéir, il faut se rappeler' qu’en général les impressions vives, physiques ou morales, ont tendance à se traduire par des mouvements involontaires, et que ces mouvements peuvent avoir pour siège aussi bien les muscles de la vie organique que ceux de la vie de relation.

Quand on passe prés d’une cabine où une personne prend pour la première fois une douche froide, on entend des soupirs, des gémissements entrecoupés. Ces sons inarticulés, qui ressemblent à des cris de détresse, sont tout simplement dus à des effets réflexes. La sensation de froid que cause la douche sur les parois de la poitrine se transmet aux centres nerveux et y provoque une excitation d’où résultent des efforts brusques d’inspiration et d’expiration. L’air est attiré dans la poitrine avec violence, ou chassé au dehors par saccades, et fait vibrer en passant les cordes vocales, sans que la volonté intervienne. Si môme l’impression de l’eau froide est trop vive, l’effet réflexe peut aboutir à une suspension complète de la fonction l’espiratoire : il devient impossible à l'air d’entrer dans la poitrine, ou d’en sortir quand il y est entré. De là une sorte d’angoisse, une suffocation momentanée qui rendent les débuts de l’hydrothérapie très pénibles aux sujets impressionnables.

Toute sensation physique violente, quel que soit son siège, vient retentir sur le poumon ; toute émotion morale vive, quelle que soit sa cause, peut aussi faire sentir son influence à la fonction respiratoire. Lajoie, la douleur, la crainte peuvent produire dans les mouvements respiratoires des effets réflexes qui s’appellent le rire, le sanglot, le soupir, le cri.

Toutes les fois que les mouvements respiratoires sont troublés dans leur rythme, l’essoufflement se produit, même à l’état de repos musculaire. Aussi, bien souvent, des causes d’ordre moral viennent-elles augmenter la tendance du sujet à s’essouffler pendant un exercice. Tel exercice qui s’exécute avec une respiration tranquille si on a l’esprit libre de tout souci, amène promptement des troubles respiratoires quand il s’y joint une vive préoccupation.

Ceux qui ont eu l’occasion d’accompagner sur le terrain deux hommes habitués au maniement de l’épée savent qu’ils s’es-

EFr*EÏ DES ÉMOTIONS DEPRESSIVES

soufflent incomparablement plus vite dans les reprises du duel que dans un assaut fait à. la salle d'armes. Pourtant leurs mouvements sont plus prudents, plus raccourcis; ils ne cherchent pas les grandes attaques, et observent plus qu'ils n’agissent: ils font moins de dépense de force, mais les épées ne sont pas mou-

chetées.

Los émotions dépressives font sentir leur effet sur la respiration des animaux aussi bien que sur celle de l'homme. Un cheval impressionnable qu'on maltraite pendant le travail, ou seulement qu’on menace sévèrement de la voix, s’essouffle très promptement.

C’est pour la môme raison que les animaux sauvages peuvent être pris, à la chasse, par des animaux domestiques, malgré leur supériorité d’accoutumance à la fatigue. Le chien, incomparablement moins vite que le lièvre, parvient pourtant à le forcer : la fraj’eur que ressent l’animal poursuivi trouble sa respiration et lui ôte une grande partie de ses moyens.

Les impressioas morales, ainsi que les sensations physiques, ne peuvent diminuer l’aptitude respiratoire que par des effets réflexes qui viennent troubler le jeu régulier du soufflet pulmonaire. Sous l'influence de la peur, on voit les mouvements de la poitrine tantôt s’accélérer outre mesure, tantôt se ralentir et se suspendre momentanément, tantôt se succéder à intervalles inégaux. Le défaut de coordination, le désordre des mouvements respiratoires qu'on observe sous l’influence de la frayeur ressemblent beaucoup à cette incohérence des mouvements des lèvres qui empochent un homme ému d’articuler nettement ses paroles. — C’est ainsi que les émotions dépressives peuvent amener une sorte de bégaiement de la respiration.

Le désordre des mouvements respiratoires détruit la régularité des échanges gazeux qui ont lieu dans le poumon entre le sang veineux et l’air atmosphérique, et entrave, ainsi, profondément la fonction de l’hématose. Quand la respiration n’est plus régulière, l’acide carbonique formé par le travail ne peut être éliminé à mesure qu’il se forme, l’oxygène ne peut être introduit h proportion que l’organisme le réclame ; dès lors, le besoin de respirer n’est plus satisfait, et l’essoufflement se produit.

Ainsi, les impressions morales peuvent venir ajouter leur influence à celle du travail pour amener l’essoufflement, non pas en augmentant la production de l’acide carbonique , mais en empêchant son élimination régulière. Plus le sujet est impressionnable, plus aisément les émotions influencent ses actes respira-

LA FATIGUE

loires.De là la supériorité, dans certains exercices du corps, des hommes calmes et maîtres d’eux-mêmes. La crainte d’être battu la préoccupation de se voir momentanément dépassé peuvent diminuer l’aptitude respiratoire d’un sportsman d’ailleurs très vigoureux , mais trop impressionnable , et lui faire perdre le prix d’une course à pied ou à l’aviron.

Il y a une remarquable ressemblance entre les troubles respiratoires dus à une violente impression morale et ceux qui résultent d'une forte sensation physique. L’analogie est tout aussi frappante si l’on compare les modifications produites par une émotion très vive, dans le fonctionnement du poumon, et celles qu’y détermine un exercice trop violent. — Si l’on se trouve en présence d’un homme haletant de terreur, on pourrait croire qu’il vient de s’essouffler par une course rapide. Dans les deux cas le tableau est le même : respiration irrégulière, parole entrecoupée, teint livide.

Chez l’homme saisi par une impression physique vive , telle que le froid de la douche , chez l’homme transi de peur, et chez l’homme essoufflé par la course , il y a un élément commun capable de troubler la respiration : c’est une sorte de choc subi par une région de centres nerveux qui préside aux mouvements respiratoires. La douche froide influence la respiration par la sensation violente que les nerfs de la peau transmettent au cerveau. La peur agit en produisant sur les centres nerveux un ébranlement dont nous ne connaissons pas le mécanisme , mais dont les effets sont analogues à ceux d’une impression physique. Quant au travail musculaire , il fait sentir son effet sur le centre respiratoire, parce qu’il modifie profondément la composition du liquide sanguin ; il accumule dans ce liquide un excès d’acide carbonique, et ce composé a la propriété de produire sur le bulbe rachidien, d’où naissent les nerfs respiratoires, une excitation qui amène , par effet réflexe , des modifications profondes dans le jeu des mouvements du poumon.

L’excitation produite par l’acide carbonique du sang sur le bulbe rachidien n’est pas perçue parle sujet aussi nettement qu’une impression extérieure, mais elle se traduit par un besoin, le besoin de respirer, qui provoque immédiatement des mouvements réflexes dans les muscles respiratoires. Ces mouvements, tout à fait automatiques, ont pour but d’éliminer de 1 organisme avec une plus grande énergie l’acide carbonique qui tend à s accumuler à trop forte dose.

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