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CHAPITRE IV

l’essoufflement.

Les trois périodes de l’essoufflement. — Première période, ou période salutaire respiration activée, mais non insufpsanle. — Deuxième période. Symptômes d’intoxication carbonique légère ; le teint plombé ; la respiration essoufflée ; les malaises généraux. — Troisième période, ou période asphyxique. Troubles cérébraux ; symptômes graves d’intoxication carbonique ; vertiges ; mouvements inconscients ; syncopes ; arrêt du cœur.

Les faits d’observation. — Dangers de la course comme exercice de sport. — Un assaut d’armes trop vif. — Animaux qui succombent par essoufflement ; le cheval qu’on crève. — Mort d’un pigeon courrier. — Le débuché à la chasse à courre.

Nous connaissons à présent l’influence de l’exercice musculaire sur les phénomènes chimiques de la respiration et sur ses actes mécaniques ; nous avons étudié aussi les effets du travail sur la circulation du sang et sur les mouvements du cœur. Nous avons ainsi réuni tous les matériaux nécessaires pour établir la physiologie de cet état général très complexe qu’on appelle l’essoufflement, et nous pouvons en retracer les traits principaux dans un tableau sommaire.

La cause première de l’essoufflement pendant l’exercice est la production excessive de l’acide carbonique.

Ses causes accessoires sont : 1“ les perturbations apportées par l’exercice musculaire dans les mouvements de la respiration, et 2“ les troubles de la circulation sanguine et la congestion pulmonaire qui en résulte.

Nous avons vu comment l’acide carbonique se produit on excès à la suite des combustions qu’exige le travail musculaire. Nous avons vu comment tout concourt à favoriser son accumulation. Nous sommes en présence d’un organisme en lutte contre une cause do désorganisation. Il nous reste ci examiner les diverses péripéties de cette lutte, la manière dont l’organisme se défend.

LES TROIS PÉRIODES DE l’eSSOUFFLEMENT

les conditions dans lesquelles il a le dessus et celles dans lesquelles il peut succomber.

On peut grouper en trois périodes les symptômes que présente un homme dont la respiration subit l’influence de l’exercice violent.

Dans la première période ^ les mouvements respiratoires sont augmentés de nombre et amplifiés d’étendue. La production d’acide carbonique est augmentée, mais, l’énergie respiratoire étant accrue, il y a équilibre entre les besoins de l’organisme qui demande une élimination plus active de ce gaz et le fonctionnement du poumon qui est assez intense pour les satisfaire. Pendant un temps qui varie beaucoup avec les individus , avec leur conformation, leur résistance à la fatigue, et surtout avec leur aptitude à diriger leur respiration avec leur éducation respiratoire, il n’y a que des symptômes d’activité vitale plus grande, et pas encore de signes de troubles fonctionnels, pas de sentiment accentué de malaise. L’homme éprouve une sensation générale de chaleur, quelques battements aux tempes, et présente une figure animée, rouge, des yeux brillants, un aspect général d’épanouissement dû à l’activité plus grande de la circulation et aux congestions actives qui en résultent. En un mot, il est à, la période où l’exercice amène une plus grande intensité de vie sans atteindre la limite du malaise et du danger.

C’est là la dose réellement salutaire de l’exercice, la limite dans laquelle il faut se tenir pour que le travail ne puisse avoir aucun inconvénient. Mais rien n’est plus variable chez les différents individus que la durée de cette période inoffensive qui est en quelque sorte la préface de l’essoufflement. Pour les uns elle se prolonge pendant une heure; chez d’autres, quelques secondes suffisent pour arriver à la seconde période où le malaise commence.

Si l’exercice violent se prolonge, l’équilibre est bientôt rompu entre la production de l’acide carbonique, qui devient de plus en plus abondant, et le pouvoir éliminateur du poumon qui ne sulïît plus à en débarrasser l’organisme. La gêne respiratoire se produit.

Dans la seconde période, commencent à se manifester les effets de la respiration insuflisante. On éprouve un malaise vague plus

LA FATIGUE

accentué à la région précordiale, mais se généralisant promptement à tout le corps et notamment ii la tête. Du côté de la poitrine, c’est une sensation de poids qui oppresse, de barre qui traverse, d’air qui manque. Du côté de la tète, ce sont des brouillards qui obscurcissent la vue, des étincelles qui passent devant les yeux, puis des bruissements, des tintements dans les oreilles, et enfin une certaine hébétude des sens, une certaine confusion dans les impressions et les idées. Tous ces troubles sont dus à l’action qu’exerce sur les centres nerveux l’acide carbonique en excès. Ils indiquent un commencement d’intoxication.

Du côté de la physionomie s’observent des changements remarquables, qui sont la conséquence de la gêne respiratoire et des efforts faits pour attirer dans la poitrine une plus grande quantité d’air. Tous les orifices de la face sont béants ; les narines sont dilatées, la bouche et les paupières écartées. Tout semble s’ouvrir pour favoriser l’entrée de l’air que le poumon appelle avec effort.

Chez certains animaux, ce mouvement de l’organisme qui s’associe à l’effort respiratoire est surtout marqué aux narines. Le cheval qui rentre au pesage après la course offre le type de l’essoufflement, et on peut étudier chez lui ce mouvement de va-etvient des naseaux qui accompagne chaque battement du flanc.

Le mouvement alternatif d’élévation et d’abaissement des narines a pour but d’ouvrir une plus large voie à l’air attiré dans la poitrine. Il tend à se produire chez tout être en proie à un besoin exagéré de respirer. — Un petit enfant oppressé par une bronchite aiguë ou une pneumonie présente, quand on le regarde endormi dans son berceau, un battement des narines très caractéristique, qui suffit pour mettre le médecin sur la voie d’une maladie des organes respiratoires.

Le teint d’un homme essoufflé offre à l’observateur des modilications très frappantes. Au début de l’exercice nous avons signalé l’animation, la coloration plus intense de la ligure, sous l’influence de la congestion active. Mais, à la période que nous décrivons, le tableau a changé. A la couleur rouge vif a succédé une teinte pâle et blafarde. Cette pâleur a quelque chose de particulier : elle n’est pas uniforme. Certaines parties de la face, comme les lèvres, les pommettes des joues, ont une apparence violacéenoirâlre ; le reste est blanc et décoloré. Dn rapprochement de ces deux teintes, l’une plus foncée, l’autre plus claire, résulte, comme effet d’ensemble, un asi)cct grisâtre, plombé, livide.

PÉRIODE ASPHYXIQUE DE l’eSSOUFFLEMENT !)ü

Voici comment s’expliquent ces deux aspects différents de certains poinLs de la figure. La teinte violacée est due au sang retenu dans les points des vaisseaux capillaires qui commencent à perdre leur ressort et ne peuvent plus le faire circuler. Ce sang, surchargé d’acide carbonique, a perdu sa couleur rutilante ; aussi les lèvres et les autres portions du visage où il se voit par transparence ne sont-elles plus vermeilles comme à l’état normal : elles présentent la couleur noirâtre caractéristique de sang veineux.

Quant à la pâleur, elle est due â une anémie passagère, à un vide qui se produit dans les vaisseaux artériels de petit calibre. Le cœur, dont l’énergie diminue à mesure que l’essoufflement augmente, ne leur envoie plus une suffisante quantité de sang, et il est facile de comprendre qu’une partie recevant moins de sang est forcément moins colorée.

La teinte plombée de la face, chexHiomme essoufflé, indique un trouble déjà profond de l’organisme. Dans aucun cas l’exercice ne doit être continué quand elle se produit , car elle annonce un commencement d’asphyxie.

C’est à cette période de l’essoufflement que s’observe cette modification très caractéristique du rythme respiratoire, que nous avons observée sur nous-môme et décrite dans le chapitre précédent. La respiration perd son rythme habituel, et ses deux temps deviennent inégaux. Le premier temps augmente, et le second diminue ; l’inspiration devient trois fois plus longue que l’expiration. Cette modification du rythme respiratoire est l’indice d’une stase du sang dans les capillaires des poumons. Dès qu’elle SC produit, on peut prévoir que l’organisme, à bout de force, ne peut lutter avec avantage contre l’agent toxique qui l’envahit. Le poumon congestionné élimine une quantité d’acide carbonique inférieure à celle qui se forme par le travail des muscles. L’intoxication de l’organisme est imminente.

Si l’exercice est continué, la gravité des accidents va croître rapidement. On peut désigner sous le nom ùq période asphyxique la troisième phase de l’essoufllement dans laquelle va entrer l’organisme sous l’influence de l’exercice forcé.

Cotte troisième période présente le tableau suivant. A la gêne respiratoire succède un sentiment d’angoisse généralisé à tout l’organisme. La tête paraît serrée dans un cercle de fer. Bientôt surviennent des vertiges. Les sensations de toute espèce sont de plus en plus vagues ; le cerveau est envahi par une sorte

LA FATIGUE

d’ivresse. Le sujet commence à n’avoir plus conscience de ce qui se passe autour de lui ; les muscles continuent à fonctionner encore par un mouvement machinal , puis ils finissent par devenir incapables de tout mouvement, et l’homme tombe évanoui.

La respiration ne présente plus, à ce moment, le type de la période précédente ; ses deux temps sont uniformément courts , saccadés, entrecoupés de temps d’arrêt ; il s’y mêle une sorte de mouvement de déglutition, de hoquet. Le cœur faiblit, ses battements subissent des intermittences. Le pouls est petit, irrégulier, imperceptible. Quand l’exercice est poussé h ces limites extrêmes, une syncope grave vient presque toujours l’interrompre , et si l’homme n’est pas secouru, la syncope peut devenir mortelle.

La description que nous traçons de l’essoufllement n’est pas un tableau de fantaisie. Nous avons pu en étudier certaines phases sur nous-même et sur un ami qui a bien voulu se prêter à nos recherches (1).

Quant aux phases les plus graves, il nous en vient des observations fréquentes de l’Angleterre, le pays du sport et des paris. 11 n’est pas rare d’observer des cas de syncopes graves arrêtant un coureur dans son élan. Bien souvent un match engagé entre àe\xx pedestrians se termine avant que le but ne soit atteint. L’un des champions, arrivé à la dernière limite de l’essoufflement, tombe en route sans connaissance et ne revient à la vie que grâce aux frictions et aux cordiaux que lui prodiguent ses tenants. Souvent le malheureux essoufflé se relève et, après avoir éliminé quelques bouffées de l’acide carbonique qui l’asphyxie, veut recommencer à courir, mais les muscles sont imprégnés de ce gaz, qui est pour eux un poison et leur ôte toute énergie. Le cœur lui-même, baigné par un sang surchargé de ce produit toxique, perd sa puissance ; le myocarde se paralyse et la circulation du sang s’interrompt. Les accidents prennent alors une gravité exceptionnelle, et les moyens les plus énergiques doivent quelquefois être employés pour rappeler â la vie l’imprudent qui a dépassé la limite permise.

Un de nos amis un peu affaibli par des travaux intellectuels

(1) Cet ami est M. A. du Mazaul)run , de Limoges; nous tenons i'i le remercier ici de son intelligent concours.

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