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PHÉNOMÈNES LOCAUX DE LA COURBATURE 1Ü

« contraction. Ensuite, le sang alcalin passant incessamment dans « le muscle devrait à chaque instant neutraliser l’acide lactique « formé. Enfin, comment expliquer que, plusieurs jours après la « fatigue, tel ou tel muscle reste douloureux? Assurément il n’y « reste plus de traces de l’acide lactique que la contraction y avait « fourni soixante-seize heures auparavant (1). »

Selon nous, les douleurs locales persistantes de la courbature doivent s’expliquer par une série de petites lésions matérielles.

Si l’on fait subir à une région du corps des pressions énergiques, des manipulations prolongées comme celles qui résulteraient d’un massage excessivement violent , on détermine dans les masses musculaires ainsi froissées des phénomènes douloureux persistants, parfaitement analogues aux douleurs musculaires de la courbature.

D’autre part, on voit souvent un excès de travail déterminer dans les muscles, les tendons, les synoviales, une série de lésions tout à fait semblables à celles que pourraient y déterminer des violences extérieures. Des inflammations des muscles allant jusqu’à la suppuration, des inflammations de la gaine synoviale avec crépitation douloureuse des tendons, peuvent résulter d’un surmenage des organes moteurs, aussi bien que d’une violence extérieure subie par ces organes. — C’est que le mécanisme des accidents est, dans les deux cas, le même.

La douleur musculaire ressentie dans un muscle qui a trop travaillé n’est que le premier degré d’une série de petites lésions semblables à celles qu’on observe à la suite d’un traumatisme quelconque. 11 ne faut pas s’étonner de l’endolorissement prolongé de la fibre musculaire froissée par un travail inaccoutumé, puisqu’on ne s’étonne pas de la persistance des ampoules sur l’épiderme irrité par un corps dur que la main n’a pas l’habitude de manier. Une série de petites lésions traumatiques des organes moteurs peut être le résultat d’un exercice violent. On

(1) L’acide lactique a pourtant une part dans les phénomènes locaux de la courbature. Mais sou action est passagère. C’est au contact de l’acide lactique qu’il faut attribuer la raideur qui se produit presque instantanément dans un membre surmené quand la circulation du sang vient, à s’y ralentii' par le fait même du repos. Cette raideur, qui rend la reprise du travail si pénible, liiiit par se dissiper tle Jiouveau à la suite de quelques efforts énergiques, qui rappellent le sang aux muscles.

La raideur qui se i)roduit par le fait du repos n’est pas due autant au refroidissement du muscle iiu’à la diminution do la circulation. Le sang ne lave jilus aussi activement la fibre musculaire quand le muscle cesse de se contracter. Quand le travail reprend, le courant sanguin, redevenu plus intense, entraîne l’acide lactique qui imprégnait la libre, et de plus, gr;\ce à son alcalinité, il neutralise cet acide.

LA FATIGUE

ne peut mieux les comparer qu’aux avaries diverses subies par une machine industrielle au cours d’un fonctionnement excessif. C’est ainsi que, dans la machine, les courroies peuvent être distendues, les surfaces de frottement éraillées, l’huile desséchée.

Mais les phénomènes généraux de la fatigue consécutive ne peuvent s’expliquer mécaniquement. Ils sont d’ordre essentiellement vital, et n’ont leurs analogues dans aucune machine construite de main d’homme.

La courbature fébrile présente le tableau général d’une maladie infectieuse à forme bénigne. L’affection qui s’en rapproche le plus est la fièvre intermittente, si on la suppose réduite à un seul accès. Les intoxications septicémiques légères présentent encore une analogie marquée avec la fièvre de fatigue. Il en est de même des lièvres éruptives au début , et de tous les états fébriles caractérisés par la présence dans l’économie d’un élément nuisible contre lequel réagissent les forces vitales.

L’analogie des symptômes pourrait-elle nous amener à chercher une similitude de causes, et ne pourrions-nous pas rattacher la courbature à un processus infectieux ou à un agent toxique ? Nous savons que les combustions du travail musculaire produisent dans les tissus vivants des modifications qui en altèrent profondément la structure, et nous savons aussi que les produits qui résultent de ces phénomènes de combustion ou de désassimilation sont impropres à la vie et doivent être promptement éliminés de l’organisme, sous peine de malaises graves et d’accidents d’intoxication. L’étude de V essoufflement nous a prouvé que cette forme de la fatigue était une auto-intoxication par l’acide carbonique, produit de désassimilation. La fatigue consécutive, appelée courbature, n’aurait-elle pas aussi pour cause une intoxication passagère de l’organisme par ses propres produits?

Voyons quels éléments nous offre la physiologie du travail musculaire pour répondre à cette question.

Nous savons que la fatigue locale du muscle et l’inexcitabilité, qui résultent d’un travail excessif, viennent d’une modification chimique dans la structure de l’organe et du développement de certains produits organiques de nouvelle formation. La composition et la nature exactes de ces substances, résultant de la désassimilation des éléments anatomiques , ne sont pas encore établies sans conteste , mais leurs effets physiologiques sont connus. On sait que ces déchets sont la cause de l’inexcitabilité

PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE LA COURBATURE lOo

du muscle fatigué, et que leur contact avec les fibres motrices empêche celles-ci de répondre aux excitations d’une décharge électrique, ou aux ordres de la volonté.

On sait, d’autre part, que ces substances, dont est imprégné le muscle fatigué, ont la curieuse propriété de faire sentir leur puissance fatigante aux éléments musculaires d’un organisme étranger. En effet, en injectant dans les muscles d’une grenouille saine une bouillie résultant de la trituration d’un muscle fatigué, on arrive à rendre ces muscles inexcitables et incapables d’entrer en contraction.

Parmi les produits de désassimilation du muscle, ne se formerait-il pas des composés capables de faire sentir leur action toxique à l’ensemble de l’organisme et d’y déterminer les malaises généraux et les troubles fébriles de la courbature?

Mais la courbature ne se produit à la suite de l’exercice que dans des circonstances déterminées : dans le cas où le sujet n’a pas l’habitude de l’exercice qu’il exécute. Il faudrait donc trouver des produits de désassimilation dont la formation ne fût pas constante à la suite du travail, et fût subordonnée au défaut d’accoutumance du sujet au travail, à son manque à' entraînement.

Or, justement, il nous a été donné de faire une série d’observations prouvant que certains déchets organiques se forment constamment, à la suite d’un exercice, quand le sujet qui s’y livre n’est pas entraîné, et que ces déchets font défaut quand le sujet est habitué à la pratique de cet exercice. Nous avons pu maintes fois nous assurer qu’il y avait une coïncidence constante entre la formation de ces déchets et la production de la courbature, et nous avons cru légitime d’établir entre ces deux faits un rapport de cause à effet.

C’est parmi les déchets éliminés dans l’urine à la suite du travail musculaire qu’il faut, selon nous, chercher les éléments capables de causer les malaises généraux de la courbature.

Quelle estau juste, parmi les substances chimiques qu’on retrouve dans le liquide urinaire, celle à laquelle revient le rôle de produire ces malaises? Il nous est impossible de le dire au juste, mais nous pouvons affirmer qu’elle fait partie des sédiments uraliques.

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LA FATIGUE

Les sédiments uraliques sont ces dépôts, connus de tous les observateurs, qui se forment dans l’urine à la suite d’un exercice violent. Tout le monde a pu remarquer l’apparence trouble que prend le liquide urinaire quelques heures après son émission, quand on vient de faire une marche forcée, un jour d’ouverture de chasse, par exemple, n’étant pas encore habitué à la fatigue. Ces sédiments , qui indiquent une saturation de l’urine par des substances peu solubles, ne se forment qu’au bout d’un certain nombre d’heures, quand le liquide a eu le temps de se refroidir. L’urine devient alors hahituellement d’un blanc jaunâtre qui la fait ressembler à du pus ; quelquefois la nuance est rougeâtre, rappelant la couleur de la brique pilée. Mais si l’on chauffe dans une éprouvette une certaine quantité de cette urine ainsi troublée, on la voit aussitôt reprendre sa limpidité, par dissolution du précipité, qui est plus soluble à chaud qu’à froid. Quand on laisse de nouveau refroidir le liquide, il redevient trouble comme il l’était avant l’ébullition.

Cette épreuve très sommaire est suffisante pour établir que les sédiments observés à la suite du travail musculaire dans l’urine sont dus/)Oî«’ la majeure partie à des urates. Nous verrons que, d’après l’analyse chimique faite avec méthode , ce sont bien des urates alcalins et ammoniacaux qui forment ces sédiments. C’est pourquoi nous leur donnons avec Neubauër (1) le nom de sédiments uratiques.

Les auteurs s’accordent tous à reconnaître que l’aspect de l’urine peut être modifié par le travail musculaire, mais ils sont loin de s’entendre sur les conditions dans lesquelles cette modification se produit.

Suivant M. Béclard (2), l’exercice musculaire diminue la proportion d’acide urique et d’urates contenus dans l’urine.

Suivant M. Lécorché (3), l’acide urique et les urates augmentent dans l’urine à la suite de l’exercice musculaire.

A la suite de ces deux affirmations diamétralement opposées, nous pouvons en citer deux autres qui semblent se contredire.

Pour M. Bouchard (4), les exercices modérés font disparaître les sédiments des urines qui en renfermaient d’habitude, et les

(1) Neudaugeu, l’Urine.

(2) BiicLARD, Physiologie.

(3) LÉcouciiÉ, la Goulle.

(4) BoüciiAni), le Ralenlissemenl de la nutrilion.

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exercices violents en font apparaître dans celles qui n’en renfermaient pas d’ordinaire.

Pour M. Guyon (1), un exercice très faible augmente les urates et l’acide urique de l’urine, et une vie très active les fait diminuer.

Si les auteurs que nous citons ont la môme opinion sur la question, il faut convenir qu’ils l’expriment d’une façon bien différente, et qu’il est difficile, d’après l’ensemble de leurs conclusions, de se faire une idée bien nette des effets du travail sur la production des sédiments uratiques.

Quant on cherche à se faire personnellement une opinion sur cette question, à l’aide d’une observation attentive, on s’aperçoit que bien des causes d’erreur peuvent rendre l’observation inexacte, car bien des circonstances autres que l’exercice font apparaître des sédiments dans l’urine. Il faut s’assurer , d’abord, si le sujet qui se prête à l’expérience ne présente pas déjà, habituellement, des sédiments dans l’urine; c’est là le cas de la plupart des hommes à vie très sédentaire. Il faut être sûr aussi qu’il ne se trouve pas exposé à une des causes nombreuses qui peuvent accidentellement provoquer l’apparition de ces sédiments. On sait, en effet, que les veilles prolongées, les grands travaux d’esprit, les excès de table produisent souvent ce phénomène. Enfin il faut savoir s’il n’est pas sous le coup d’une affection constitutionnelle ou d’un état pathologique passager, capables de produire des troubles dans la limpidité de l’urine : la goutte et la fièvre, par exemple. En un mot, il faut être au courant des habitudes, des antécédents, de fétat de santé actuel, ainsi que des faits et gestes de son sujet.

Dans ces conditions, le meilleur sujet que l’observateur puisse choisir pour ses études , c’est lui-même , à la condition qu’il se trouve en état de santé parfaite. C’est donc sur nous-môme qu’ont été faites les observations que nous allons rapporter. Mais nous avons eu soin de les répéter, comme contrôle, sur plusieurs personnes dont nous connaissions parfaitement l’état de santé et le genre de vie, et qui, pour la plupart, se livraient avec nous à divers exercices du corps.

Les résultats de ces observations peuvent se résumer ainsi qu’il suit :

Quand un homme bien portant, d’une vie sobre, active et régu-

(1) Guyon, Maladies des voies urinaires.

LA FATIGUE

Hère, vient de se livrer à un exercice du corps, l’aspect de son urine varie beaucoup, suivant trois circonstances différentes : 1“ suivant le moment où elle est examinée, 2“ suivant la violence plus ou moins grande de l’exercice', et 3” suivant l’état plus ou moins parfait d’ « accoutumance » au travail.

Au sujet du moment où se fait l’examen du liquide, il est à peine nécessaire de rappeler une circonstance aussi importante que bien connue : les urines qui doivent laisser déposer des sédiments uratiques deviennent troubles après refroidissement seulement, et sont toujours limpides au moment de leur émission. Mais à côté de ce fait bien connu , il en est un autre que nous croyons être le premier à signaler ; c’est que l’exercice musculaire ne fait sentir son influence sur le liquide urinaire, pour y produire des sédiments, qu’a^^ bout d'un certain nombre d'heures.

Il est important de bien préciser ce fait. Supposons qu’on se livre à l’exercice musculaire dans les conditions voulues pour amener dans l’urine les troubles consécutifs dont nous parlons. Supposons aussi qu’on ait eu soin de vider la vessie immédiatement avant l’exercice , de façon à n’y laisser aucune goutte du liquide qui s’était formé avant le travail. Si l’on se met alors à faire des armes ou à ramer, le réservoir urinaire va se remplir avec du liquide sécrété pendant le travail et à la suite de ce travail. Si l’on recueille alors successivement, dans des vases séparés, l’urine qui sera émise à divers intervalles, toutes les heures par exemple, on aura une série d’échantillons du liquide urinaire qui s’est formé depuis le commencement de l’exercice, soit pendant la durée du travail, soit après.

Si alors on dispose ces différents échantillons par ordre chronologique et qu’on les conserve jusqu’au lendemain , voici ce qu’on observe :

L’urine émise tout de suite après l’exercice ne présente aucun trouble, pas plus que celle émise une heure et deux heures après. C’est seulement dans le vase contenant l’urine de la troisième heure après la cessation du travail que se manifeste le plus habituellement le premier nuage dû aux sédiments uratiques. C’est un fait qui ne s’est jamais démenti dans les observations faites sur six ou sept personnes d’âges et de tempéraments différents, mais toutes bien portantes et présentant d’habitude des urines claires . les sédiments dus au travail musculaire n ont été éliminés en moyenne que trois heures après la cessation de l’exercice. En revanche, chez quelques sujets les urines ont conservé leur

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