LES TROIS DEGRÉS DE LA COURBATURE
Igs youx S6 formont un insta.nt, on s évoillo brisé, couvort do sueur; les membres, raidis, ne peuvent se mouvoir ; la tête est lourde, la langue est chargée, 1 appétit fait défaut.
Dans la journée, l’état fébrile de la nuit s apaise ; mais il reste un état général de malaise, d’inaptitude au travail, une sensation de lassitude extrême, jambes coupées.
Au bout de vingt-quatre heures, d’ordinaire, les malaises généraux ont disparu, mais il reste des souffrances locales, et, pendant cinq ou six jours encore, tous les muscles qui ont pris part à l’exercice forcé demeurent raides, douloureux au toucher, incapables d’aucun effort.
Tel est le tableau habituel de la Courbature de fatigue.
La courbature n’offre pas toujours le même ensemble de symptômes, parce qu’elle présente des degrés divers.
Si le travail dont on avait perdu l’habitude s’exécute avec une certaine modération , et surtout s’il est localisé à des groupes musculaires restreints, son effet reste habituellement local et se borne à des douleurs musculaires qui pendant quelques jours entravent le mouvement des membres employés à l’exercice. — La courbature reste au premier degré.
Si les efforts musculaires ont été intenses et prolongés , sans toutefois dépasser trop la résistance de l’organisme, des malaises généraux viennent s’ajouter aux douleurs locales et produire un sentiment indéfinissable de lassitude , d’inaptitude au travail , s’étendant même aux muscles qui n’ont pris aucune part à l’exercice. Mais le pouls reste calme , et il ne se produit aucun symptôme fébrile caractérisé. Un peu d’abattement, de sensibilité au froid, témoigne seul d’un trouble passager de la santé. — C’est le second degré de la courbature ; c’est celui qu’on observe le plus communément, et celui auquel s’adresse plus particulièrement cette étude.
Enfin, quand l’exercice a été d’une violence excessive, ou qu’il est supporté par un organisme trop peu résistant, le malaise qui lui succède prend la forme d’un accès de fièvre. — C’est la courbature fébrile, telle que nous l’avons décrite en commençant.
La fièvre de courbature, forme type de la fatigue consécutive, ne commence en général que quelques heures après l’exercice
LA FATIGUE
qui lui a donné naissance. Elle peut être précédée de frissons et présenter le tableau complet d’une affection fébrile grave. La violence de ses symptômes peut même quelquefois tenir en échec le diagnostic du médecin et faire croire à une fièvre éruptive au début, aune intoxication paludéenne ou à toute autre affection débutant par une fièvre intense. Enfin elle peut accidentellement se prolonger bien au delà du terme habituel de sa durée, et persister pendant trois ou quatre jours et plus.
L’intensité de la courbature n’est pas toujours en proportion de la fatigue immédiate^ de celle qui se fait sentir au cours du travail, et oblige les muscles à cesser d’agir. L’exercice est quelquefois suivi de courbature sans avoir été accompagné d’aucune fatigue musculaire pendant son exécution. Quelquefois, au contraire, le travail a été poussé jusqu’à la limite extrême des forces du sujet sans que celui-ci en ressente le plus léger malaise consécutif.
C’est que la production de la courbature dépend des conditions où se trouve le sujet, plutôt que de celles dans lesquelles se fait le travail. Un exercice modéré, tel que la marche , pourra laisser une courbature fébrile à un homme habitué à l’inaction absolue , tandis que la course ou l’escrime ne produiront chez un sujet bien entraîné aucun malaise consécutif, même local.
Avant de rechercher la raison de cette immunité due à l’accoutumance, il est nécessaire d’établir la cause et le mécanisme des symptômes de la courbature.
Et d’abord il y a deux parts à faire des phénomènes qu’on observe chez les sujets atteints de courbature. Il faut étudier à part les symptômes locaux et les symptômes généraux de cette forme de la fatigue.
Les symptômes locaux ont été plus étudiés que les autres , et pourtant, suivant M. Richet (1), ils n’ont pas été expliqués d’une façon satisfaisante. Sous l’influence des combustions organiques qui accompagnent le travail musculaire, il se produit dans le muscle de l’acide lactique en excès. Suivant les théories admises, cette substance, en imprégnant la fibre musculaire qu elle sature, serait capable de lui faire perdre momentanément sa puissance contractile.
« Mais d’abord, — dit M. Richet, — les expériences récentes « ont montré qu’il se produit peu d’acide lactique pendant la
(1) Ch. Richet, les Muscles el les Nerfs.