LE SURMENAGE PAR ÉPUISEMENT
nait à supposer que l’homme fort pouvait bien avoir une poitrine délicate.
La représentation terminée , il nous fut facile d’être initié au genre de vie de cet homme qui nous semblait un intéressant sujet d’étude. Courant de foire en foire, il faisait un travail excessif, donnant chaque jour dix représentations où il fallait tonibev un ou deux adversaires , sans compter les assauts de « canne » et de « boxe française » et l’exercice des poids. Dans l’intervalle des représentations, c’était la parade avec les haltères et les boulets de canon. Les muscles ne chômaient guère et pourtant ne grossissaient pas, loin de là. Il est vrai que l’ordinaire n’était pas plantureux et qu’on ne dînait bien qu’aux jours de bonne recette. Le lutteur devenant plus confiant nous parla enfin de sa santé, et il nous fut facile de comprendre qu’il était phtisique. En effet, peu de temps après, nous apprîmes qu’il avait succombé à la phtisie pulmonaire.
Ainsi finissent bien souvent les hommes forts qui, après avoir commencé par maîtriser la fatigue , après avoir passé par l’entraînement qui leur permet de travailler avec excès sans ressentir le malaise de la fatigue, dépassent la limite de leurs forces, et ne réparent pas leurs pertes avec une alimentation substantielle.
Les entraîneurs ont un mot d’une image très saisissante pour caractériser un cheval dont on a poussé l’entraînement trop loin ; ils disent que le cheval a été flambé. Ce mot signifie que le travail excessif qu’on lui a fait subir ne s’est pas borné à brûler les tissus de réserve, la graisse elles autres matériaux du corps inutiles au mouvement, mais que les combustions se sont attaquées au cheval lui-même considéré comme machine, et à ses tissus musculaires, organes essentiels du mouvement.
De même, notre hercule de foire avait été flambé par le travail musculaire excessif. Il présentait le type d’une forme de surmenage bien différente de celle que nous avons décrite et que nous appellerons V épuisement organique.
La forme de surmenage que nous appelons épuisement organique est un état de fatigue chronique dans lequel l’organisme, au lieu d’absorber des produits nuisibles comme dans la fatigue
LA FATIGUE
aiguë ou le surmenage fébrile, se dépouille au contraire de ses matériaux utiles et de ses tissus les plus nécessaires à la vie.
Cet état représente d’ordinaire la forme chronique de la fatigue, mais il peut se produire très promptement lorsque l’inanition est jointe au travail.il résulte d’un défaut d’équilibre entre les recettes et les dépenses.
Si l’on se livre à un exercice très violent, et que l’alimentation soit proportionnée au travail, l’organisme répare ses pertes; et, le travail ayant une tendance à grouper les matériaux assimilés sur les organes qui participent à l’action, ce sont les muscles qui bénéficient du surcroît de nutrition : la machine se consolide. Mais si l’alimentation est insuffisante , ou , — ce qui revient au même, — si la nourriture introduite dans l’estomac n’est pas assimilée, il y a disproportion entre la dépense de chaleur que nécessite la machine animale, et la quantité de combustible qui lui est apportée de l’extérieur. Or, il n’y a pas de mouvement sans chaleur, et il ne peut se produire de la chaleur sans que des matériaux quelconques soient hrûlés. Aussi, à défaut d’aliments suffisants, et les tissus de réserve étant épuisés, les organes essentiels à la vie devront faire les frais des combustions du travail. — Un homme qui mange peu et travaille beaucoup peut se comparer à ces malheureux qui, ayant épuisé toutes leurs provisions de chauffage, suppléent à l’absence des bûches avec les débris de leur mobilier.
Ce n’est pas toujours une profession demandant une très grande force musculaire qui amène l’épuisement organique. C’est plutôt une occupation exigeant un très grand nombre d’heures de travail. Les combustions, dans ce cas, ne sont pas très violentes, et les déchets qu’elles produisent ont le temps de s’éliminer ; les produits de désassimilation ne s’accumulent pas dans l’organisme il n’y a pas auto-intoxication, mais beaucoup de matériaux organiques sont brûlés et l’organisme subit des pertes.
11 peut arriver que l’homme s’épuise sans ressentir le moindre malaise de fatigue, et puisse continuer, tout en maigrissant sensiblement, le travail qu’il a entrepris. Mais toutes les fois que l’organisme est dépouillé d’une partie de ses matériaux essentiels, il tombe dans un état de « moindre résistance » et ne se défend plus contre les innombrables dangers qui peuvent 1 atteindre de l’extérieur. — L’épuisement est la prédisposition par excellence à toutes les maladies.