MÉCANISME PHYSIOLOGIQUE DE LA FATIGUE
même être spolié, par le fait de son travail de transmission, d’une certaine quantité d’énergie , et de même que le fer rouge n’avait qu’une quantité déterminée de chaleur libre, de même le nerf reposé n’avait qu’une somme limitée d’influx nerveux disponible qui a été dépensée par le travail.
L’analogie, jusque-là, semble satisfaisante ; elle cesse de l’être si on considère que la chaleur perdue par le fer qui s’éteint ne se reproduit pas spontanément, tandis que le nerf, abandonné à lui-même, retrouve son énergie, son influx nerveux, par le seul fait du temps qui s’écoule. La provision de force épuisée se renouvelle sans qu’il soit besoin d’aucune autre condition que de cesser un instant de la dépenser.
Supposez un réservoir d’une grande capacité dans lequel l’eau s accumule grâce à un tuyau de conduite d’un très faible débit. Ouvrez le réservoir et utilisez l’eau qui le remplit, pour mouvoir une turbine : au bout d’un certain temps , la provision d’eau s’épuise et la turbine ne tourne plus. Pourtant la conduite d’eau ne cesse d’amener du liquide; et si vous fermez le réservoir, la masse qui s’accumule peu à peu redeviendra bientôt suffisante pour faire marcher la roue. — Telle est, à défaut d’explication satisfaisante, l’image que nous proposons pour faire comprendre comment se succèdent les faits.
Nous nous sommes efforcé de présenter au lecteur une théorie aussi claire et aussi complète que possible delà fatigue ; on devra nous pardonner les lacunes et les imperfections de ce chapitre, en considération de sa nouveauté. Aucun auteur, jusqu’à présent, n’avait groupé dans un cadre méthodique tous les faits qui peuvent être la conséquence du travail, et n’avait cherché à en déterminer les lois.
Les faits de la fatigue sont locaux ou généraux^ immédiats ou consécutifs. Si nous cherchons à résumer les lois physiologiques, suivant lesquelles ces faits évoluent, nous verrons qu’ils se rattachent à quatre ordres de causes :
1® Lésions matérielles des organes du mouvement;
2® Auto-intoxication par les déchets du travail ;
3® Résorption exagérée des tissus vivants ;
4® Épuisement dynamique des éléments moteurs.