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L- ACCOUTUMANCE AU TRAVAIL

Par l’exercice journalier les muscles durcissent et deviennent plus élastiques : ils sont ainsi plus propres à résister aux tiraillements et aux déchirures, plus propres aussi à protéger contre les chocs extérieurs les parties sensibles qu'ils recouvrent ; filets nerveux, organes internes. Un boxeur bien entraîné ne sent plus les coups de poing ; ses chairs sont devenues si dures que le coup ne les meurtrit plus ; c’est le poing de l’adversaire qui vient so meurtrir en le frappant.

L’exercice ne se borne pas h durcir la peau et les muscles : il consolide tous les organes du travail . Les animaux domestiques qui font un service pénible acquièrent des tendons durs et solides. Parmi les bêtes sauvages , il y a une grande différence entre les animaux frugivores et les animaux chasseurs. Les carnassiers, qui vivent de leur chasse et sont toujours sur pied pour guetter et poursuivre leur proie, présentent l’exagération du type de l’animal entraîné. Leurs tendons , les aponévroses qui enveloppent les muscles, et les muscles eux-mêmes, ont pris la dureté du bois. Pour se faire une idée de l’endurcissement des tissus chez l’animal chasseur, il faut, comme nous l’avons fait, disséquer un vieux loup. C’est à peine si le couteau peut entamer les tendons et les tissus fibreux. Il en est de même chez l’oiseau qui vit de sa chasse, le faucon, l’épervier. Toutes les bêtes qui mènent une vie de rapine et de brigandage sont dans un état de mouvement continuel , et l’exercice ininterrompu auquel elles se livrent modifie la structure de leurs organes, au point de leur donner une résistance surprenante.

Les autres bêtes sauvages qui se nourrissent de végétaux ont une structure toute différente. Le lièvre, la perdrix, la caille, sauf les alertes que leur donne de temps en temps le chasseur, passent leur vie à becqueter, ou à brouter une nourriture abon • dante et toujours à leur portée; ils dorment tranquilles et agissent peu. Aussi leur chair est-elle grasse et tendre, leurs muscles mous et gorgés de sucs savoureux. — On mange le lièvre et la caille , leur chair se fond dans la bouche ; on ne mange pas la chair du faucon ou du loup : on y laisserait les dents.

C’est la différence de travail qui est cause des différences de structures si tranchées qu’on observe parmi les animaux. Les mêmes différences s’observent parmi les hommes. A l’Amphithéâtre , quand on dissèque un homme qui s’est adonné pendant sa vie h des exercices violents ou à des travaux pénibles, on est frappé de la résistance remarquable et de la solidité do tous les

DIFFÉRENCES d’iIABITUDES ET DIFFÉRENCES DE CONFORMATION 1G1

tissus qui concourent au mouvement. On comprend aisément alors que ces muscles fermes el. volumineux, ces aponévroses épaisses et solides , ces tendons secs et durs comme de l’acier puissent résister sans souffrir à toutes les secousses du travail.

Les os eitx-mô'meS s’adaptent, par un accroissement de volume et de densité, au fonctionnement plus énergique des muscles qui s’y attachent. On a pesé des os de chevaux de course ayant fait pendant plusieurs années le travail violent de l’hippodrome ; on a pesé en regard des os de chevaux de môme taille ayant passé leur vie dans la tranquillité du pâturage; le squelette des chevaux de course était de beaucoup le plus lourd, et leurs os étaient plus durs et plus résistants. Chez l’homme, le travail musculaire imprime aussi à la nutrition des os une modification très appréciable. 11 est facile de dire, au simple examen d’un squelette humain, si le sujet auquel il appartenait a mené une vie de travail musculaire, ou s’il a vécu dans l’oisiveté physique. Les points de l’os auxquels s’attachent les fibres musculaires restent lisses et réguliers quand les muscles sont demeurés inactifs ; au contraire, si le sujet était un travailleur, les points d’attache des muscles sont saillants, et il s’y développe des rugosités destinées à fournir à leurs fibres une attache plus solide.

Outre ces changements si faciles’ à constater dans l’organisme à la suite du travail, il s’en fait certainement beaucoup d’autres qui nous sont moins connus. Il n’est pas absurde, par exemple, de penser que l’épithélium des membranes synoviales puisse subir, sous l’influence des frottements énergiques du travail, des modifications analogues à celles de l’épiderme, qui s’épaissit, et devenir ainsi plus apte à supporter sans dommage de violentes pressions. De même, tout porte à croire que les filets nerveux qui traversent les muscles sont le siège d’un travail de protection semblable. Le nerf est entouré d’une gaine fibreuse, le névrilème ; les éléments qui composent cette enveloppe protectrice participent probablement k la nutrition plus intense de tous les tissus fibreux sous I influence du travail ; ainsi, sans doute, peut s’expliquer la diminution progressive du malaise ressenti dans une région qui travaille. La contraction musculaire répétée devient moins douloureuse, parce que les filets nerveux qui traversent le muscle se trouvent mieux protégés contre les pressions et les froissements par un névrilème plus résistant.

En résumé , 1 exercice musculaire a une influence considérable Bur le mouvement de nutrition . et c’est à celle infiuence que sont

l’accoütumaxoe au travail

dus les changements constates dans la conformation d’un sujel habitué à faire agir ses muscles.

Le corps de l’homme ou de l’animal , sous l’induenco d’un exercice régulier et progressivement augmenté, se modifie dans un sens qui rend plus facile Vexécution du travail. Et voilà, le secret de « l'accoutumance ».

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