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CHAPITRE IL

MODIFICATION DES OKGANES PAR LE TRAAAIL.

La fonction fait l’organe. Disparition des organes par cessation des fonctions : entretien des organes j)ar persistance du fonctionnement! — Pourquoi les gymnastes restent souples jus([ue dans leur vieillesse.

Modilication des organes du mouvement par l’exercice. Modification des appareils organiques associés au mouvement ; amplification du poumon.

Transformation des tissus vivants par le travail. — Assimilation plus active ; accroissement des muscles. Désassimilation plus rapide ; diminution des tissus de réserve.

Augmentation de la force par l’accroissement des tissus musculaires.

Diminution de la fatigue ; elle est due à la disparition progressive des tissus de réserve. — Comment nous expliquons ce résultat. — La graisse, cause dessoufllement. Par quel mécanisme ? Insuffisance des explications admises. — La théorie des entraineurs : 1a « graisse interne ». Objections à cette théorie. Observations pratiques. — La graisse de réserve et la graisse de constitution.^ Les coureurs gras. — La désassimilation facile des graisses de réserve, cause d essoufllementpar excès d'acide carbonique produit. — Les tissus de réserve azotés et la fatigue consécutive. — La disparition de la courbature de latigue liée a la disparition des sédiments urinaires après l’exercice. — Nos observations personnelles sur la fatigue.

Les physiologistes disent que « la fonction fait l'organe ». Ce mot signifie que le corps humain s’adapte matériellement, par un changement de conformation , à un acte souvent répété.

11 est toujours difficile de se représenter exactement un fait énoncé sous une forme générale et abstraite. Nous tâcherons donc de donner un corps à l’idée que nous exprimons, en citant un exemple. — Chez un homme atteint de luxation de l’épaule , la tête de l’humérus est sortie de la cavité articulaire et s’est fixée dans une région voisine. Supposons que la réduction n’ait pas été faite, la luxation ne guérit pas, et, la tête de l’os ne rentrant pas dans le creux d’où elle s’est échappée, les mouvements ne s’exécutent plus, le membre s’immobilise dans la position vicieuse que lui a donné l’accident, et au bout de quelques mois

l’accoutumance au travail

V ankylosé se produit. Si le médecin est alors appelé, il est trop lard pour remettre en place les os luxés ; et il n’y a plus qu’un conseil à donner , celui de faire agir le plus possible le bras pour lui rendre la faculté de se mouvoir. En effet, par suite des mouvements journellement imprimés à l’os, il arrrive que les fonctions se rétablissent et que le bras, tout en restant dans une position irrégulière, redevient capable d’agir.

On voit des sujets dont la tête humérale est allée se loger entre la clavicule et les premières côtes, à plusieurs centimètres en dedans de l’articulation normale, et qui cependant recouvrent, par le fait même de l’exercice journalier des bras, une grande partie des mouvements de leur membre. Si on a l’occasion de faire l’autopsie de ces sujets, on trouve alors que l’os du bras s’est creusé une cavité nouvelle aux dépens de la clavicule et des côtes avec lesquelles il est en contact. Si la luxation est ancienne et si le sujet a beaucoup agi avec son membre luxé, la cavité articulaire de nouvelle formation présentera toutes les apparences d’une articulation normale. Une membrane synoviale, du cartilage, des tissus fibreux formant une capsule d’enveloppe, enfin tous les éléments qui constituent une articulation, se seront développés sur un point où il n’en existe pas h l’état normal. On appelle fausse articulation cette jointure ainsi créée de toutes pièces.— L’articulation , organe indispensable au mouvement, peut donc être créée par le mouvement même.

Ainsi « la fonction fait l’organe ». Mais de cette loi découle un corollaire qu’on pourrait formuler ainsi : « la cessation de la fonction fait disparaître l’organe ».

Dans le cas pris pour exemple , la cavité articulaire d’où s’était échappé l’humérus luxé, n’étant plus le centre de ses mouvements, perd en très peu de temps sa forme , sa structure normale ; le liquide synovial qui servait à lubréfier les surfaces articulaires , n’étant plus utilisé , ne se sécrète plus ; la synoviale elle-même disparaît ; bien plus , les cartilages articulaires sont remplacés peu à peu par des tissus osseux, et, au bout d’un certain temps, la cavité articulaire tout entière se comble et disparaît. — La cessation de la fonction a fait disparaître l’organe. — La loi qui rattache intimement l’existence de l’organe à celle de la fonction n est nulle part aussi évidente que dans le travail musculaire. Elle s applique non seulement à la création d’un organe nouveau par une fonction nouvelle , mais encore au perfectionnement de l’organe déjà existant par le fait d’un fonctionnement plus fréquent.

LE FONT.TIONNEMENT PERFECTIONNE L ORGANE l71

Les faits constatés chez l’homme qui travaille tous les jours se rapportent très exactement à la loi que nous venons d’exposer. Le travail musculaire tend à modifier la nutrition de tous les organes moteurs et à leur donner une structure qui favorise l’exécution des mouvements. Si l’on passe en revue tous les organes qui concourent à l’exécution du travail , on voit que tous sont soumis à cette loi physiologique de l’adaptation à la fonction, ou, en d’autres termes, du perfectionnement par le travail. On voit aussi, si l’on fait des observations contradictoires, que le défaut de fonctionnement des organes a pour résultat leur déchéance et l’arrêt de leur développement.

Les muscles grossissent par le travail, en môme temps que leurs fibres deviennent nettes de tout tissu gênant et se dépouillent de la graisse qui pouvait entraver leur contraction. Le repos atrophie au contraire la fibre musculaire, et le muscle trop longtemps inactif s’infiltre de tissus graisseux.

Les articulations sont les parties du corps dont le fonctionnement parfait a la plus grande importance pour l’exécution des mouvements. Aussi n’y en a-t-il aucune qui subisse plus qu’elles l’influence de l’exercice musculaire. Pour s’en rendre compte, il faut comparer la jointure qui a gardé une immobilité prolongée à celle qui a été soumise à des mouvements répétés. Celle qui agit beaucoup acquiert une merveilleuse facilité à se mouvoir ; celle qui est restée dans l’inaction finit par s'ankyloser et les os qui la composent arrivent à se souder entre eux. L’exercice d’un membre conserve à ses jointures toute leur mobilité, et c’est là ce qui fait que les gymnasiarques gardent jusque dans la vieillesse des mouvements souples et des attitudes juvéniles. Pourtant l’âge tend à incruster des sels calcaires sous les tissus de l’économie ; les artères du vieillard sont dures et perdent leur élasticité ; ses tissus fibreux tendent à s’indurer et ses ligaments sont envahis progressivement par l’ossification. Mais le mouvement continuel d’une jointure s’oppose au travail d’incrustation calcaire qui tend à l’envahir ; le travail rend impossible l’ankylose et la dégénérescence calcaire des tissus fibreux ; tant que l’homme fait agir ses muscles, il conserve la liberté de ses membres. — La persistance de la fonction conserve l’intégrité de l’organe.

Les organes internes, sous 1 influence de l’exercice musculaire, subissent eux aussi des changements favorables à l’exécution de l’acte souvent répété.

l’accoutumance au travail

Le poumon , dont toutes les cellules entrent en jeu par suite d une respiration plus active , se déploie et repousse de tous côtés les pièces osseuses dans lesquelles il est emprisonné : le thorax se dilate , les côtes se relèvent et la poitrine prend une forme bombée très caractéristique. Tous les gymnasiarques de profession présentent une sorte de voussure à la partie de la poitrine qui correspond aux côtes supérieures et à la clavicule. On a pris des mesures sur les jeunes militaires de l’École de gymnastique de Joinville, et on a constaté en très peu de mois un accroissement de plusieurs centimètres dans la circonférence de la poitrine sous l’influence de l’exercice musculaire auquel ils se livrent.

Il est facile de comprendre combien la respiration doit être facilitée par cette augmentation de capacité du thorax. Le volume d’air introduit dans les cellules pulmonaires est beaucoup plus considérable, et, l’élimination des déchets respiratoires se faisant sur un champ beaucoup plus vaste , l’essoufflement diminue pendant l’exercice. ‘

Le cœur subit, lui aussi, un changement de volume et de structure. Ses fibres musculaires prennent de l’accroissement, et surtout leur tissu devient plus ferme, plus dense; il se dépouille do la graisse qui le gênait et ôtait à ses fibres leur tonicité. Cette modification est favorable à l’exécution de l’exercice, car un cœur vigoureux chasse le sang avec énergie et lui fait traverser sans difficulté la trame des organes. L’impulsion plus énergique donnée au sang s’oppose à l’engorgement des vaisseaux capillaires du poumon pendant l’exercice , et supprime ainsi une cause très puissante d’essoufflement: la congestion pulmonaire passive.

Par quel mécanisme l’exercice musculaire amène-t-il dans les organes les transformations dont nous venons de présenter un aperçu sommaire? Pour répondre à cette question il faut pénétrer plus avant dans le détail des changements subis par un organisme qui travaille chaque jour et étudier l’influence de l’exercice sur la nutrition des tissus vivants.

L’exercice musculaire a pour premier effet d’activer les combustions vitales, et par conséquent de diminuer la masse des tissus aux dépens desquels ces combustions s’alimentent. Mais il a

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