NUTRITION PLUS ACTIVE DES MUSCLES
aussi pour résultat d’activer le mouvement d’assimilation, c’està-dire d’ajouter aux tissus déjà existants de nouvelles molécules puisées dans les produits de la digestion. Il en résulte que le second résultat compense l’effet du premier, et que les pertes subies par le fait du travail sont réparées par les acquisitions nouvelles qui sont les suites du travail même.
Mais les pertes et les acquisitions, si elles se font équilibre comme quantité, n’ont pas pour siège les mêmes éléments anatomiques. Certains tissus sont usés par les combustions de l’exercice musculaire, et ce sont des tissus d’un autre ordre qui l)énéficient de l’accroissement du mouvement nutritif. Sous l’inlluence du travail les muscles augmentent, tandis que la graisse diminue. Or, les muscles sont les organes du travail, et leur développement plus grand augmente la force du sujet. Les graisses, au contraire, sont des tissus encombrants, inutiles à l’exécution mécanique des mouvements, et capables de porter entrave au travail de diverses manières. — Le mouvement nutritif est donc dirigé parle travail musculaire dans un sens qui rend le sujet plus apte à travailler.
Quand on descend aux détails du mouvement, on voit qu’à chaque contraction musculaire le sang se porte au muscle, baigne la libre motrice, et reste en contact avec elle pendant un temps prolongé ; c’est ainsi que les éléments du liquide nourricier peuvent se déposer sur les éléments des muscles , dont ils augmentent peu à peu le volume. Le tissu graisseux , lui, subit pendant le travail des modifications chimiques, auxquelles sa composition le rend très apte. Il est fait d’éléments ayant de l’affinité pour l’oxygène, car il est composé d’hydrogène et de carbone. Or, l’oxygène est le principe le plus actif des combustions vitales. C’est aux dépens des tissus hydro-carbonés que se font de préférence les combinaisons chimiques d’où la chaleur vitale tire son origine. A chaque effort musculaire , il se fait une dépense de calorique proportionnelle à la force de la contraction, et, d’après les théories les plus récentes, c’est grâce à la combustion des graisses que s’alimente la chaleur dépensée par les muscles en travail.
Si nous cherchons à présent les conséquences de ces faits au point de vue de l’aptitude au travail, nous trouverons que la disparition progressive du tissu graisseux et l’augmentation du volume des muscles sont deux conditions qui favorisent également le travail.
L’ACCÔÜ'JfUMANCË AU ÏRAVAit
L’augmentation de volume des tissus musculaires amène linè augmentation proportionnelle de la force du sujet. On sait en effet que la puissance contractile de l’organe est en raison directe de sa surface de section.
La diminution des tissus graisseux facilite le travail, pour plU' sieurs raisons qu’il nous faut exposer avec quelques détails.
En premier lieu, la disparition des masses graisseuses qui inflltrent les organes allège le corps et facilite tous les mouvements qui ont pour but de le déplacer : la marche, la course, le saut. Ce résultat est un des plus importants et des plus recherchés dans les méthodes d’entrainement qui préparent les sujets aux exercices de vitesse. Mais la graisse ne gêne pas seulement le travail par son poids : elle est une cause d’échauffement excessif du corps pendant l’exercice musculaire ; elle s’oppose à la prompte réfrigération du sang, parce qu’elle a peu de conductibilité pour la chaleur : le corps enveloppé d’une couche de graisse tend à conserver sa chaleur comme s’il était recouvert d’une certaine épaisseur d’ouate. Quand un homme obèse s’échauffe sous l’infiuence du travail, il rayonne avec peine son calorique vers l’extérieur, à travers la couche de graisse qui le recouvre, et le sang parvient difficilement à se refroidir.— Nous observons, du ^ este, la contre-épreuve de ce fait. Les animaux très amaigris supportent très mal le froid. Les chevaux de course que l’entraînement a privés de leur revêtement graisseux craignent les refroidissements, et, malgré leur vigueur extraordinaire, ne peuvent, sans graves inconvénients, se passer de chaudes couvertures et d’écurie confortablement installée.
Enfin une autre cause de fatigue résulte de l’accumulation de la graisse dans l’organisme: c’est la facilité avec laquelle ce tissu cède au mouvement de désassimilation.
On sait que la graisse est le type des tissus de réserve. Ces tissus ont pour destination de faire face aux dépenses supplémentaires de calorique que peut nécessiter un surcroît de travail musculaire; ce sont des provisions amassées dans le corps et toujours prêtes à faire les frais des combustions. On pourrait dire que ces matériaux ne font pas partie intégrante de l’organisme et tiennent le milieu entre les organes auxquels ils sont seulement accolés, sans entrer dans leur structure intime, et les aliments dont ils dérivent et sur lesquels ils ont été prélevés comme une épargne journalière.
Les tissus de réserve, étant destinés à disparaître, ont donc nioiiis de résistance que les tissus lormant la trame fondamentale
bISPARiTtON DÉS TISSUS GRAISSËÜÉ
des oTganes; aussi subissent-ils avec exagération les combustions vitales. Un homme très abondamment pourvu de tissus graisseux dépense plus de chaleur, à travail égal, qu’un homme de même poids doué de tissus plus secs , et chez lequel les muscles dominent. Les combustions semblent se limiter difficilement chez l’homme obèse, et la quantité de chaleur produite dépasse de beaucoup celle qu’utilise le travail. Quand un obèse a perdu sa graisse , on peut dire que le rendement de ses muscles a augmenté : leur contraction est alimentée par des combustions plus modérées, et la dépense de calorique tend à se rapprocher davantage du chiffre de l’équivalent mécanique.
Mais d’autres éléments de fatigue tendent à disparaître chez l’homme qui maigrit, à mesure que diminue chez lui la dépense de calorique: ce sont les produits de désassimilation. Ces produits sont très différents, suivant la nature des combinaisons chimiques, sources de la chaleur produite ; ils sont encore très mal connus, mais on ne peut s’empêcher de penser que leur composition est subordonnée à celle des tissus qui leur donnent naissance. On est fondé à croire, par exemple, que les tissus graisseux, composés surtout d’hydrogène et de carbone, devront fournir par leur combustion, par leur combinaison avec l’oxygène, beaucoup d’acide carbonique et d’eau. Cette opinion est confirmée par l’observation des faits, qui nous montre combien les sujets gras s’essoufflent, toutes conditions égales d’ailleurs, plus facilement que les sujets maigres, et combien ils sont plus sujets à transpirer.
Les hommes et les animaux chargés d’embonpoint voient leur respiration devenir plus facile à mesure que l’entraînement les débarrasse de leur surcroît de tissu, graisseux. Tous les entraîneurs savent bien que ce bénéfice n’est pas le résultat seulement de la diminution du poids total du corps et du moindre travail qui en résulte, par exemple pour courir. En effet, un cheval bien entraîné, de même qu’un boxeur en parfaite « condition » doivent peser autant qu’avant la préparation. Ils doivent avoir fait des acquisitions en tissu musculaire capables de compenser leurs pertes de tissus adipeux.
Selon nous, cette immunité pour l’essoufflement tient en grande partie à ce que l’absence des réserves hydro-carbonées entraîne la diminution des produits de combustion dont l’hydrogène et le carbone sont la base, et en particulier de l’acide carbonique. Un sujet bien entraîné doit produire, à travail égal, moins d’acide carbonique qu’avant rentraînoment.
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l’accoutumance au travail
Dans la préparation des chevaux de course, on allache une grande importance à faire disparaître la graisse , et on sait très bien qu’en diminuant ce tissu on facilite beaucoup la respiration du cheval. Mais les entraîneurs donnentde ce fait une explication de fantaisie ; ils prétendent que la graisse « interne » gêne les mouvements du poumon , et qu’en la supprimant on rend le jeu de cet organe plus libre. Cette explication est tout à fait insuflisante. Et d’abord, le poumon est de tous les organes internes le moins sujet à s’infiltrer de tissus graisseux. Déplus, l’immunité pour l’essoufflement pendant le travail se produit chez tous les sujets entraînés , même quand ils conservent une certaine quantité de graisse supérieure à celle que portent avec eux les sujets qui n’ont pas encore subi l’entraînement.
En effet, il y a des sujets qui, suivant l’expression des gens de métier, « s’entraînent gras » , c’est-à-dire qui, malgré le travail et malgré la faculté acquise de le supporter, conservent une forte dose de tissus graisseux. Chez ces sujets, une certaine quantité de graisse fait partie constituante de l’organisme, et celui-ci ne peut la perdre qu’à la condition de perdre en même temps une partie de sa résistance. Ce fait est très connu des hommes de cheval, et il est signalé dans l’ouvrage très estimé de Stonehenge sur l’entraînement du cheval de course. Il y a beaucoup de chevaux susceptibles d’acquérir la vitesse et la puissance de souffle sans perdre leur embonpoint aussi complètement que les autres.
Quand on fréquente les réunions d’hommes adonnés à la gymnastique, on voit qu’il en est de l’espèce humaine comme de l’espèce chevaline , et il n’est pas très rare de rencontrer des gymnasiarques très agiles et même des coureurs de profession qui présentent à la fois un embonpoint très appréciable et une respiration très libre et très résistante à l’essoufflement. A côté de ces sujets, on voit tous les jours des hommes qui font peu de volume, ont à peine sous. la peau quelques millimètres de tissus graisseux, et s’essoufflent cependant, — n’étant pas entraînés, — incomparablement plus vite que les sujets restés gros et gras après l’entraînement.
Si la graisse ne gênait que par son volume, il n’en serait pas ainsi ; mais elle gêne surtout par la facilité avec laquelle elle cède au mouvement de désassimilation, ou, en d’autres termes, par la facilité avec laquelle elle brûle pendant le travial. Or, toute graisse ne brûle pas avec la même facilité. Chez certains tempéraments, la graisse fait partie intégrante de la structure des organes : elle est
GRAISSE DE RÉSERVE ET GRAISSE DE CONSTITUTION l’/7
un tissu constitutionnel , elle a pour ainsi dire droit de cité au milieu des éléments anatomiques qu’elle accompagne. Chez certains autres , au contraire , la maigreur est l’attribut dominant du tempérament, et toute la graisse qu on y trouve est un élément surajouté, ne faisant partie de la constitution qu’à titre provisoire, et destiné, par conséquent, à disparaître a\ec la plus grande facilité. Chez les uns, la graisse est un tissu « de constitution »; chez les autres, elle n’est qu’une réserve, une provision destinée à être consommée à la première demande de 1 organisme.
Il est donc contraire aux faits d’observation de parler de « graisse interne » qui disparait et de « graisse externe » qui persiste. La graisse se distribue également sur tout l’organisme; et si une cause, telle que le travail, la fait diminuer, ce sont les parties qui travaillent le plus qui maigrissent les premières.
Quand on observe des hommes obèses faisant de l’escrime pour maigrir, on voit que chez eux la graisse interne est loin de diminuer la première ; l’abdomen est la région qui garde avec le plus de ténacité sa provision graisseuse. Rien de plus disgracieux que la forme du corps à cette période ingrate pendant laquelle l’obèse diminue des bras, des pectoraux et des jambes et n’a encore rien perdu de son ventre. Les régions que l’escrime a fait travailler ont perdu leur embonpoint; les bras et les jambes paraissent grêles, et la poitrine, qui s’est desséchée sous l’influence du travail des muscles pectoraux, parait serrée et rentrée par comparaison avec l’abdomen resté aussi volumineux qu’au début de l’exercice. Ce n’est qu’en persistant quelques semaines encore dans son e.xercice que l’obèse obtient, — ce qu’il ambitionnait avant tout, — de perdre son ventre. Or, la respiration est devenue facile et ressoulllemeut a diminué longtemps avant la disparition de ces masses graisseuses de l’abdomen, dont la persistance doit singulièrement gêner le mouvement du poumon quand il se dilate dans le sens vertical.
La diminution de l’essoufllement, chez l’homme ou chez le cheval qu’on entraîne, tient bien moins à la liberté plus grande du poumon par diminution de la graisse qui l’avoisine, qu’à la moindre production de l’acide carbonique par suite de la disparition des provisions des tissus combustibles qui donnaient naissance à une trop grande quantité de ce gaz.
Les sujets habitués au travail de vitesse acquièrent très vite la faculté de ne pas s’essouffler, parce que le travail de vitesse est celui qui faille plus promptement disparaître les tissus graisseux, F. Laoha.nui;. i >
t^\CCOUTÜMANCR AÜ THAVAft
La combustion des tissus graisseux par le fait môme du travail explique d’une manière satisfaisante pourquoi la pratique de l’exercice musculaire diminue la tendance de l’homme à s’essoufller. L’homme entraîné n’a plus dans son organisme les éléments capables de produire cette surabondance d’acide carbonique cause de la gêne respiratoire excessive qu’il éprouvait avant de s’habituer à l’exercice. La disparition de ces tissus riches en hydrogène explique aussi la moindre tendance de l’homme entraîné à transpirer. La sueur est composée en majeure partie d’eau, et l’oxj'^datiou d’un élément riche en hydrogène devait tendre à donner naissance à un excès de sécrétion aqueuse.
L’essoufflement n’est pas la seule forme de la fatigue, de même que les graisses ne sont pas les Seuls tissus de réserve. Il se produit, par le travail, des déchets de combustion azotés qui ne peuvent dériver des tissus hydrocarbonés. Il y a parmi les tissus de réserve des éléments albuminoïdes, et c’est d’eux que dérivent les substances azotées excrétées par l’urine et qu’on voit diminuer quand l’organisme a été soumis depuis longtemps à la pratique assidue de l’exercice musculaire.
Ces tissus ont, dans la production de la Courbature, le même rôle qui appartient à la graisse dans la production de l’essoufflement. Le tissu graisseux, en se brûlant, donne naissance à de l’acide carbonique et autres produits riches en carbone et en hydrogène; les tissus azotés produisent, en subissant les combustions, toute une série de composés riches en azote, dont l’acide urique et les diverses substances extractives sont les types. Selon nous, — et nous espérons l’avoir démontré par des arguments suffisamment probants (1), — les déchets azotés de combustion qui se forment pendant le travail et séjournent dans le sang à sa suite sont la cause des malaises généraux, fébriles ou non fébriles, qui constituent la fatigue consécutive ou Courbature.
Chez l’homme accoutumé au travail, les malaises consécutifs de l’exercice ne se produisent pas. C’est là un des résultats les plus frappants de l’entraînement, et ce résultat serait tout à fait inexplicable si on n’admettait pas que l’exercice journalier fait disparaître du corps l’élément organique auquel sont dus les phénomènes de la fatigue consécutive* Cet élément, selon nous, c’est la réserve azotée que renferment les muscles. Nous pensons
(l) Voir pages 118 et BulTanles*
LES ëèSERvëS azOteE^ i'/O
que cès matéinaux de réserve azotée siègent dans ie muscle luimême; les faits d’observation montrent, en effet, que les hommes habitués à une forme déterminée de l’exercice perdent leur immunité pour la fatigue et peuvent éprouver les effets généraux de la courbature, s’ils veulent s’adonner à un exercice différent, exigeant l’entrée en jeu de muscles qui n’ont pas encore été modifiés par le travail et n’ont pas encore perdu leurs tissus de réserve.
L’exercice modifie donc le muscle non seulement en faisant grossir ses éléments, mais encore en changeant sa structure, en éliminant de l’organe non seulement la graisse , mais encore les éléments azotés capables de donner lieu à des déchets de combustion surabondants, d’où résultent l’auto-intoxication de l’organisme et la fatigue générale consécutive.
Ainsi, plus on analyse les faits du travail, plus on voit que la répétition fréquente des mouvements musculaires produit, dans la nutrition des tissus vivants, des modifications matérielles capables de mettre l’organisme à l’abri des malaises divers de la fatigue.