TRANSMISSION DE LA VOLONTÉ
dans la moelle épinière et les nerfs : elle reste pour ces organes à l’état d’hypothèse très vraisemblable.
En revanche, on a pu l’observer très nettement dans le muscle.
« Il a été observé, sur des muscles encore vivants, qu’il se « forme, aux points que l’on excite, des saillies ou nodosités qui <c courent ensuite tout le long du muscle, comme une onde à la « surface de l’eau (1). »
À l’aide d’appareils enregistreurs ingénieusement construits, M. Marey a pu tracer le graphique de Vonde musculaire. Aéby, en 1862, avait déjà prouvé que, sur l’animal vivant, le gonflement du point excité se transporte aux extrémités des muscles avec une vitesse d’environ un mètre par seconde.
Chaque excitation subie par le muscle donne à cet organe une secousse qui se traduit par une onde musculaire. Si les excitations se succèdent rapidement, il peut arriver que la première ondulation dure encore au moment où la seconde se produit. On voit alors les deux renflements courir l’un à la suite de l’autre sur le muscle excité. Mais si les excitations se répètent avec une très grande vitesse, il y a fusion entre les ondes musculaires, qui se confondent en un seul renflement occupant tout le muscle. Celuici se trouve alors uniformément gonflé et raccourci : il est en état de contraction.
Entre le moment où la volonté commande une contraction, et le moment où le muscle se contracte, il s’écoule toujours un temps appréciable. Ce temps est rempli par divers actes physiologiques, et en premier lieu par la transmission de la vibration nerveuse. L’ébranlement parti des cellules cérébrales n’arrive pas instantanément au muscle. Il doit traverser d’abord les fibres de la substance blanche du cerveau, puis la moelle épinière, puis enfin toute la longueur du cordon nerveux qui le transmet à la fibre musculaire. La longueur de ce trajet peut s’évaluer en centimètres, et on sait, par les expériences d’Helmholtz, que la vibration nerveuse se propage avec une vitesse de 35 mètres environ par seconde. Il est donc facile de calculer, sur ces données, combien de centièmes de seconde devront s’écouler, par exemple, entre le moment où un homme veut fléchir son pied, et le moment où le pied se fléchit.
Mais si l’on fait exactement ce calcul et qu’on veuille en comparer les résultats avec ceux que donne l’observation directe, on
(1) Mauey, la Machine animale. Paris, BiLl. Scicut, mtern.
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remarque un retard dans la contraction du muscle. Un intervalle appréciable sépare l’instant où l’appel de la volonté arrive au muscle et l’instant où celui-ci y répond par un mouvement.
Cette période, pendant laquelle le muscle déjà excité n’est pas encore entrée en contraction, s’appelle temps perdu ou oériode de contraction latente.
La période de contraction latente ne présente pas toujours la nr.ême durée. Beaucoup de circonstances peuvent la faire varier, mais l’intensité de l’excitation reçue par le muscle est la condition la plus efficace pour abréger le temps laerdii. A une excitation faible, le muscle obéit lentement, paresseusement; à un choc énergique succède au contraire une prompte contraction.
C’est une loi physiologique établie par Helmholtz, que la longueur du temps perdu est en raison inverse de V intensité de r excitation reçue par le muscle.
Quand la volonté ordonne au muscle d’agir, celui-ci obéit d’autant plus promptement, que le commandement se traduit par un ébranlement plus violent de la substance nerveuse.
Nous verrons plus loin le parti qu’on peut tirer de ces données physiologiques pour expliquer la grande déperdition de force nerveuse occasionnée par certains exercices qui ne représentent d’ailleurs qu’une médiocre dépense d’énergie musculaire, mais qui exigent l’obéissance instantanée des muscles à l’ordre de la volonté : l’escrime par exemple.