LA VOLONTÉ
y a des centres moteurs, des points bien circonscrits du cerveau qui tiennent sous leur dépendance les mouvements de toute une région du corps.
Cette localisation dans un point restreint du cerveau, de la l'acuité motrice, pour tout un groupe musculaire, explique la solidarité qui unit certains muscles et la difficulté qu’on éprouve à faire agir les uns sans les autres. La volonté, par exemple, ne peut faire contracter isolément un muscle fléchisseur ou un muscle extenseur. Quand elle commande , le groupe associé obéit tout entier. Quelquefois pourtant les mouvements associés sont dans une connexion moins intime, et on peut, par une tension très grande de la volonté et surtout par un apprentissage journalier, arriver à dissocier deux mouvements habituellement unis.
Nous avons passé en revue les organes du mouvement. Le nerf, la moelle épinière et le cerveau sont autant d’instruments de transmission échelonnés entre le muscle et la volonté.
Le cerveau, avec ses centres moteurs, peut se comparer aune sorte de clavier dont chaque touche correspondrait à un certain groupe démuselés, et sur lequel la volonté viendrait frapper avec plus ou moins d’intensité, suivant qu’elle veut provoquer un effort musculaire plus ou moins énergique.
Comment s'établit la communication entre la volonté, force d’ordre psychique, et une substance matérielle telle que la substance grise des circonvolutions cérébrales? C’est là un problème qui rentre dans celui des rapports du physique avec le moral, et qui n’a pas encore été résolu. Mais, quel que soit son mode d’action , la volonté est un facteur des plus importants dans l’exécution des mouvements, une des forces les plus actives parmi celles qui entrent enjeu dans le travail musculaire.
Le muscle est doué d’une force motrice, mais il faut qu’un agent étranger intervienne pour mettre cette force en action.
De môme, un arc renferme en lui une énergie propre, capable de lancer la llèche; mais un archer est nécessaire pour mettre en jeu la force élastique du bois. — La volonté est aussi nécessaire pour actionner le muscle, que le bras de l’archer pour bander l’arc et décocher le trait.
1 LE TRAVAIL MUSCULAIRE
La volonté est l’agent excitateur du mouvement , et le mouvement se produit toujours avec une vigueur proportionnelle à celle de l’agent qui l’excite. Un muscle restera inerte si on cherche à l’actionner à l’aide d’un courant électrique trop faible ; il sera de même incapable d’agir s’il est sollicité par une volonté sans énergie. Ne voit-on pas des hommes vigoureux perdre tout à coup leur force musculaire quand leur volonté est paralysée par une émotion dépressive, telle que la peur ? — Une passion excitante au contraire, comme la colère, augmente le pouvoir des muscles, parce qu’elle stimule la volonté.
Ainsi s’explique la différence si grande que présentent dans leur puissance de travail deux sujets également musclés. L’un, mieux doué au point de vue de la volonté, pourra faire sortir de ses muscles une force que l’autre y laisse en quelque sorte endormie.
La volonté n’a aucune prise directe sur le muscle, pas plus que sur la moelle épinière et le nerf moteur. Elle ne peut agir directement que sur ,1a substance grise des circonvolutions cérébrales. Elle est impuissante à actionner la fibre musculaire sans le secours du cerveau, seul organe avec lequel elle soit en rapport immédiat.
Le cerveau est donc un organe aussi indispensable à l’exécution des mouvements volontaires qu’à l’accomplissement des travaux intellectuels, et il ne faut pas attribuer exclusivement aux occupations d’esprit le privilège de faire travailler cet organe. Les exercices de corps exigent son concours toutes les fois qu’ils demandent l’intervention de la volonté.
Par quel mécanisme un ordre de la volonté se transmet-il au muscle, à travers les fibres conductrices du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs ?
On admet aujourd’hui que la volition, ou mise en action de la volonté, produit un ébranlement moléculaire des cellules de la substance grise, et que cet ébranlement, gagnant de proche en proche les filets nerveux moteurs, va se communiquer par leur intermédiaire aux fibres du muscle. Ce mouvement a été comparé à l’ondulation qui se produit à la surface d’une eau tranquille, et envahit peu à peu toute la nappe liquide dès qu’un seul point de la masse vient à être ébranlé par un choc.
La production d’un mouvement ondulatoire n’a pu être matériellement démontrée dans la substance du cerveau, pas plus que