LA GYMNASTIQUE ATHLÉTIQUE
composé d’un très grand nombre de pièces mobiles jouant les unes sur les autres. Il résulte de cet agencement un nombre infini de combinaisons dans les attitudes. Bien souvent, une imperceptible nuance dans la direction du membre change totalement les conditions du travail. Une variante insaisissable dans l’exécution d’un « rétablissement » diminue des neuf dixièmes la quantité de force dépensée. Aussi tel exercice qui semblait athlétique dans les débuts ne demande-t-il plus , après quelques mois de pratique, qu’un travail très modéré.
Les exercices de force peuvent s’étudier plutôt dans les baraques de lutteurs que dans les gymnases. Ils constituent ce qu’on appelle la gymnastique athlétique, et la lutte est peut-être aujourd’hui le seul exercice du corps qui puisse être rangé dans cette catégorie; encore l’adresse et la ruse entrent-elles pour beaucoup dans ce jeu.
Les exercices dans lesquels l’homme doit donner toute la force dont il est capable exigent l’intervention de deux facteurs : les muscles et la volonté. C’est dans ces exercices surtout qu’on peut comprendre l’importance de l’influx nerveux comme agent du travail. Deux sujets également bien doués au point de vue de la conformation physique et complètement égaux sous le rapport des muscles présenteront souvent un écart très considérable dans les exercices de force. On peut prédire à coup sûr que l’avantage devra rester à celui des deux dont la volonté sera plus énergique, car cette énergie se manifeste , dans l’ordre physique , par une excitation plus intense donnée au muscle et par la contraction jilus vigoureuse que subissent les fibres motrices.
Les exercices de force nécessitent l’action simultanée d’un i grand nombre de muscles. Ils exigent, de plus, que chaque muscle ! agissant donne toute la force dont il est capable : pour cela il faut (jue le muscle agissant prenne appui très solide sur un point fixe du squelette. Or, les os du squelette étant mobiles les uns sur les autres , il faut, comme préparation aux mouvements athlétiques, que toutes les pièces osseuses soient fortement unies entre elles I par une pression vigoureuse qui en fasse un tout rigide. Cette I nécessité de souder en quelque sorte une foule de pièces mobiles I pour en faire un ensemble résistant est un point très caractéris- ' tique de la physiologie des exercices de force. La gymnastique i athlétique implique l’intervention fréquente de l’acte appelé ' \'Effort,
LES EXERCICES DE FORCE
Nous avons longuement décrit l’effort au chapitre II de la première partie de ce livre , et exposé les modifications de la respiration qui en résultent. L’effort est pour ainsi dire le signe caractéristique des exercices de force. Il est imposible à un liomnie de donner toute sa force sans qu’il se produise en lui cette contraction violente de tous les muscles du tronc qui a pour but d’immobiliser les côtes et pour résultat de suspendre la respiration. S’il s’agit de soulever de terre un fardeau aussi lourd que possible, on est frappé de voir que des pieds à la tête tout le corps se raidit, et que tous les os se rapprochent comme pour se souder entre eux sous la pression énergique des muscles qui les entourent. Chaque membre, qui comprend plusieurs os très mobiles, paraît ne plus former qu’une seule pièce rigide; le tronc, le cou, la tête participent à la rigidité générale, et il n’est pas jusqu’aux muscles de la face qui n’entrent violemment en contraction pendant un effort, malgré qu’on ne se rende pas très bien compte au premier abord du rôle que peuvent jouer, par exemple, les sourcils et les joues dans l’acte qui consiste à charger un colis sur les épaules.
Cette physionomie contractée de l’homme qui dépense dans un mouvement toutes les forces dont il est capable n’a pas échappé à l’observation du vulgaire. Nous nous rappelons avoir entendu le « boniment » d’un hercule de foire se faisant fort d’enlever un lourd fardeau à bout de bras en gardant « le sourire sur les lèvres ». Il exécutait en effet son tour, mais son prétendu sourire n’était qu’un rictus de la bouche auquel les muscles des sourcils et des paupières ne prenaient aucune part, contractés qu’ils étaient pour s’associer à l’effort. Le physiologiste anglais Ch. Bell a, depuis longtemps déjà, donné la raison de cette association des muscles qui entourent l’œil, à l’effort. Pendant l’effort, l’afflux de sang qui se produit dans les vaisseaux de l’intérieur de l’orbite tend à les gonfler, et à projeter en avant le globe oculaire derrière lequel ils sont placés. Les muscles qui entourent la cavité orbitaire se contractent instinctivement pour soutenir et brider en quelque sorte l’œil sur lequel ils s’appliquent, et l’empêcher de faire saillie. (Ch. Bell, les Nerfs respiratoires.)
Le premier effet d’un exercice de force semble devoir être d’amener promptement la fatigue des muscles auxquels un travail énorme est demandé d’un seul coup. Pourtant l’essoufflement se produit avant la fatigue au cours de ces exercices. Aussi lents que soient les mouvements , la respiration s’embarrasse très