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CHAPITRE V

LES EXERCICES DE FOND

Conditions de durée d’un exercice; modération des efforts; lenteur de leur succession. — Le fractionnement du travail. — Conditions inhérentes au sujet. L’homme et l’animal qui ont « du fond ». — Nécessité d’un équilibre parfait entre l’intensité du travail et la résistance de l’orfïanisme. — Importance de la respiration comme régulateur de l’exercice de fond.

L’exercice de fond active les fonctions sans fatiguer tes organes. — Association des grandes fonctions au travail musculaire modéré et prolongé ; respiration activée sans essoufflement; circulation accélérée sans palpitations.

Indications et contre-indications de l’exercice de fond. Parallèle avec les exercices de vitesse. — Pourquoi l’enfant supporte mal l’exercice de fond. — Les Vétérans et les Conscrits.

Nous appellerons exercices de fond ceux dans lesquels le travail doit être continué longtemps.

Dans les exercices de fond, la dépense de force est déterminée moins par l’intensité et la succession rapide des efforts que par leur durée. 11 faut, dans ces exercices, que l’effort musculaire ne soit pas trop considérable et que les mouvements ne soient pas trop rapides , afin que la fatigue sous ses diverses formes ne vienne pas les interrompre trop tôt. Aussi l’exercice de fond r n’est-il qu’un exercice modéré quand il dure peu, tandis qu’il peut devenir exercice forcé s’il se prolonge outre mesure.

Dans ces exercices, la somme du travail exécuté au bout d’un laps de temps prolongé, h la fin d’une journée, par exemple, peut être très considérable, mais la dépense de force se fait par frac- !l tions trop faibles pOur coûter aux muscles un effort pénible, ou 'I pour porter un trouble accentué dans le jeu des fonctions orgai niques. Aussi peut-on, à l’aide des exercices de fond, faire passer i'j presque inaperçues pour le sujet de fortes doses de travail musi culaire.

LES EXERCICES DE FOND

La machine animale est construite de façon à i)onvoir exécuter sans fatigue des mouvements d’une intensité et d’une vitesse déterminées. Quand on ne dépasse pas celte mesure, il ne se produit dans l’organisme aucun ébranlement appréciable elle travail s’exécute au milieu de la tranquillité presque complète dès fonctions vitales. C’est grâce à l’équilibre parfait qui existe entre l’effort musculaire et la résistance du sujet, dans les exercices de fond, ([ue le travail peut se prolonger longtemps et accumuler insensiblement scs effets utiles, sans faire subir aucun ébranlement aux rouages divers qui sont chargés de son exécution.

On voit du premier coup l’importance et rulilité des exercices de fond quand il s’agit d'un organisme faible , d’un sujet peu résistant auquel on eborebe à donner les bénélicos du travail musculaire en lui évitant les dangers de la fatigue. — C’est ainsi qu’on arrive â faire supporter dans certains cas à un malade un remède énergique en le lui administrant à doses « fractionnées ».

Le fractionnement du travail en (luantités assez faibles pour que l’organisme supporte chacune d’elles sans sortir sensiblement de son fonctionnement normal, telle est la condition essentielle de l’exercice de fond.

Une autre condition est nécessaire pour constituer un exercice de fond ; il faut que les efforts musculaires soient suffisamment espacés pour que l'effet de celui qui précède ne vienne pas s’ajouter à l’effet de celui qui suit. Il faut qu’entre deux doses successives de travail il y ait un temps de repos suffisant.

Il est des organes dans le corps humain qui font un travail considérable qui se continue toute la vie. On est surpris, i)ar exemple, devoir le muscle creux qu’on appelle le cœur se contracter depuis la naissance jusqu’à la mort, sans jamais suspendre ou ralentir son travail. — C’est que le muscle cardiaque exécute un travail de fond. La dépense de force de chaque battement est très bien équilibrée avec la résistance de l'organe qui le subit, et l’intervalle qui sépare deux mouvements constitue un temps juste suffisant pour reposer la libre. Mais si quelque circonstance vient à augmenter le travail de l’organe, comme on le voit dans les rétrécissements des orilices, par exemple, ou si les contractions se rapprochent outre mesure, comme il arrive dans les palpitations, les conditions du travail sont changées. Le cœur, au lieu d’un simple travail de fond, estobligé défaire un travail do vitesse ou de force incompatible avec la continuité et la durée ; la fatigue finit par se faire sentir sur le muscle, ses fibres perdent leur

FRACTIONNEMENT DU TRAVAIL -ioO

ressort et leur énergie , il y a surmenage du cœur, et on voit s’établir les acci'dents de Vasijstolie, dont la mort est le dénouement inévitable.

C’est ainsi que, dans les muscles de la vie de relation, l’augmenlation d'énergie ou la succession plus rapide des moiuements tend à faire passer l’exercice de fond dans la catégorie des cxeicices de vitesse ou de force.

Dans l’exercice de force il y a accumulation du travail, puisiiue chaque effort musculaire est très intense. Dans 1 exercice de Aitesse il y a multiplication du travail, car les mouvements sont peu énergiques, mais la succession rapide d’elîorts peu intenses linit par amener l’accumulation du travail. Dans l'excrcicc de fond, au contraire, les elforts étant sulïisamment espacés, il y ‘à fractionnement du travail, parce qu’à aucun moment la dose d’exercice subie par l’organisme ne dépasse la mesure de sa résistance.

Quels sont, parmi les exercices usités, ceux qu’on peut appeler exercices de fond? — Cette question soulève une première difliculté, car le môme exercice peut représenter tour à tour un travail do vitesse , un travail de force ou un travail de fond, suivant les conditions dans lesquelles il s’exécute.

L’exercice du canotage , par exemple , exige un travail de vitesse dans une course de régates et un travail do fond dans une longue promenade. La marche, qui est le type des exercices de fond, peut présenter les caractères de l’exercice do force quand elle s’exécute sur une pente extrêmement escarpée. C’est ainsi que , dans certaines ascensions où il faut gravir des pentes à pic, chaque pas représente un grand déploiement de force musculaire, et le touriste est obligé d’interrompre son travail aussi fréquemment que s’il marchait dans la plaine avec un lourd fardeau sur les épaules.

Les conditions dans lesquelles se trouve le sujet qui exécute un exercice n’ont pas moins d’importance que l’exercice luimèmo pour caractériser l’exercice de fond.

L’exercice de fond est caractérisé par la nécessité d'un é(iuilibre parlait entre l’intensité de l’effort musculaire et la résistance de 1 organisme. Ür, rien n’est variable comme la résistance imlividuelic de cha(iue sujet. Aussi ce (jui est pour l’un exercice de force ou do vitesse devient-il, pour un autre plus fort ou mieux préparé, un simple exercice de fond. Le petit galop est un exercice de vitesse pour un cheval de limon habitué à tirer au

LES EXERCICES DE FOND

pas : c’est un exercice de fond pour le cheval arabe , qui peut soutenir cette allure pendant des journées en.tières sans s’arrêter. Manier l’aviron semble un exercice de force à celui qui, pour la première fois, apprend h ramer : au bout d’un quart d’heure il s’arrête essoufflé. Pour un batelier de profession, c’est un exercice qui peut être continué une journée entière sans amener aucune fatigue.

11 y a donc deux conditions nécessaires pour constituer un exercice de fond: 1“ une certaine modération dans la violence de l’exercice, et 2° une certaine résistance de la part de l’organisme qui le subit.

Voilà pourquoi le mot de fond, qui représente l’idée de « durée », s’applique aussi bien aux qualités de l’homme ou de l’animal (pi’à la nature du travail qu’ils exécutent. Le travail de fond est celui dout le mode d’exécution se prête à ce qu’il soit soutenu longtemps; et l’homme ou l’animal qui ont « du fond » sont ceux dont l’organisme est apte à supporter longtemps le travail.

Certains sujets ne peuvent supporter l’exercice le plus modéré sans donner, au bout d’un temps très court, des signes do fatigue extrême. 11 en est d’autres qui soutiennent avec une résistance surprenante les exercices les plus violents et pour lesquels les travaux de force et de vitesse deviennent des exercices de fond.

La plupart du temps, ces différences dans la résistance, dans les qualités de fond des sujets viennent de l’inégalité qu’ils présentent dans la puissance de la respiration.

Ün peut dire que l’aptitude respiratoire du sujet est le véritable régulateur du travail de fond.

Pour qu’un exercice puisse être longtemps continué, la première condition est qu’il n’amène pas l’essoufflement. On peut continuer à marcher malgré la fatigue des jambes et l’endolorissement des pieds : on ne peut pas continuer à courir quand on est essoufflé. Nous avons vu, au chapitre de VEssoiiffloment, que cette forme de la fatigue est due à une intoxication du sang par un excès d’acide carbonique. Pour échapper à cette intoxication qui rend la continuation du travail impossible, il faut que le sujet élimine son excès d’acide carbonique à mesure qu il se forme, et, la formation de l’acide carbonique étant proportionnelle a la quantité du travail effectué dans un temps donné, on peut conclure en délinitive que , dans l’exercice de fond , le travail des muscles doit être subordonné à celui que peut faire le poumon. Ainsi, toutes les conditions qui augmentent la puissance respira-

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