‹ Physiologie des exercises du corpsChapitre 113 sur 184 · LES ACCIDENTS DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

LES ACCIDENTS DU TRAVAIL

q-ientes de ruptures musculaires quand ils s’exécutent avec une très grande énergie ou une très grande vitesse.

Quelquefois une contraction maladroite vient raccourcir le muscle au moment même où une cause mécanique tendait à provoquer l’allongement de ses fibres. Le muscle, soumis à deux influences opposées, ne résiste pas et se déchire. — Nous devons à notre ami le docteur J. Lemaistre l’observation d’un homme qui, faisant de la gymnastique , s’est rompu une grande partie du muscle pectoral. C’était un jeune soldat exécutant une « culbute aux anneaux » , sous l’impression des menaces brutales de son moniteur. Poussé par la crainte d’être puni s’il ne mettait pas assez de hardiesse dans son élan, et retenu par l’appréhension d’un mouvement nouveau pour lui, le gymnasiarque, après avoir vivement lancé son corps de manière à lui faire décrire un mouvement de révolution d’avant en arriére, chercha à le retenir, au moment où il avait déjà la vitesse acquise de la chute. Le tronc était, à ce moment, aussi éloigné que possible des bras, ceux-ci se trouvant relevés au-dessus de la tête. Dans cetta position d’abduction forcée, les fibres du pectoral, — muscle adducteur, — étaient aussi allongées que possible et portées aux dernieres limites de la tension. C’est alors qu’un effort de contraction tendant à augmenter encore cette tension excessive provoqua leur rupture. Le muscle se déchira dans toute son épaisseur, et sur l’étendue de ses deux tiers intérieurs.

Ces résultats de 1 exercice, quelque intérêt qu’ils puissent présenter pour le médecin, ne méritent pas de nous arrêter longtemps, car leur mécanisme est facile à comprendre, et leur production est tout accidentelle. Nous avons hâte de passer à d’autres faits intimement liés à l’acte physiologique de la contraction musculaire, et qui sont les résultats inévitables et obligés du travail.

Parmi les effets de l’exercice musculaire les plus frappants, sont les modifications que subit le muscle lui-même sous l’influence du travail. Le muscle augmente de volume, et en même temps change de structure ; il perd la graisse qui infiltrait ses fibres et tend à ne retenir en lui-même que ses éléments propres les fibres musculaires, dont la densité étant plus grande que celle

LES RÉSULTATS DE l’e.VERCICE

des autres tissus, donne à toute la région qui travaille une fermeté caractéristique. De plus, la graisse environnante est brûlée par la contraction, aussi bien que celle qui faisait partie constituante de l’organe. Le tissu cellulaire au milieu duquel le muscle était en quelque sorte noyé avant d’avoir été soumis à un travail soutenu, se brûle pour alimenter les combustions, et toute la région subit un changement de forme caractérisé par des saillies et des bosselures ; les muscles ressortent. On peut ainsi, à la seule inspection d’un homme adonné à un exercice violent ou à une profession très laborieuse, déterminer quelles sont les parties du corps où le travail musculaire s’est localisé.

L’accroissement des muscles sous l’influence du travail est dû à la circulation plus active qu’il subit pendant la contraction. Quand un membre travaille, le sang y afflue, attiré par une force physiologique diflîcile à expliquer, mais dont les effets se font sentir à tous les organes qui travaillent , à tous les éléments qui fonctionnent. Le mouvement en vertu duquel le sang est attiré au muscle pendant le travail a pour but de fournir à cet organe les matériaux nécessaires aux combustions. Le muscle, en effet, ne peut produire du travail sans produire de la chaleur ; mais quand il s’échauffe, c’est aux dépens de certains matériaux hydro-carbonés que le sang lui apporte, et il ne se brûle lui-même que faute d’apport suffisant. Aussi ne voit-on le muscle diminuer par le travail que dans le cas d’épuisement organique, alors que la constitution appauvrie ne peut lui fournir un sang

suffisamment riche en matériaux combustibies.

Grâce à l’apport incessant des matériaux fournis par le sang,

le muscle ne s’use pas lui-même, à moins pourtant que la contraction ne soit exagérée et trop longtemps soutenue. Dans le cas de surmenage persistant , ie muscie finit par diminuer et s user, ainsi qu’on le voit sur certains coureurs de profession dont les jambes se dessèchent par l’abus qu’ils en font. Le muscle, livré à un travail excessif, finit par se brûler luDmême, les matériaux apportés par le sang ne suffisant pius à alimenter les combustions. C’est ainsi qu’un fourneau consume d’abord le bois qu’on y apporte, mais finit, la chaleur étant trop vive , par se brûler lui-même et par oxyder le fer de ses grillages.

Le muscle utilise pour sa combustion les matériaux placés à sa portée, et c’est pour cette raison que les graisses qui l’entourent disparaissent les premières et que le bras droit, par exemple, travaillant seul, peut perdre tout son tissu graisseux et

Page 1