DROITIERS ET GAUCHERS
constitue pour nous le cachet professionnel du maître d’armes.
Pour mesurer régulièrement le degré de cet abaissement , il sullit de faire tenir debout contre un mur le sujet à examiner, et d’abaisser successivement à droite et à gauche une équerre tenue de champ, jusqu’à ce qu’elle arrive en contact avec la pointe de l’épaule déterminée par Vacromion. Le point de contact à droite et à gauche est noté par un trait, et la différence de niveau de chacun de ces traits donne la hauteur comparative de chaque épaule. Nous n’avons pas besoin de rappeler qu’il faut, avant de mesurer, s’assurer que les hanches du sujet sont bien à la même hauteur, et que la différence de niveau des épaules ne tient pas à l’inégalité de longueur des membres inférieurs. Par la mensuration que nous indiquons , nous avons trouvé jusqu’à deux centimètres et demi d’abaissement sur des sujets d’ailleurs vigoureux et bien constitués.
Bien souvent cette déformation saute aux yeux. Nous avons vu des tireurs en tenue d’escrime dont la veste de toile faisait un grand pli transversal au niveau des pectoraux droits , tandis que l’étoffe était bien tendue et collante du côté gauche : preuve que le côté droit du tronc était plus court que l’autre , par suite de l’abaissement de l’épaule qui s’était rapprochée de la hanche.
Enfin il y a un autre signe de scoliose dorsale que nous avons rarement vu manquer : c’est un aplatissement d’un des côtés de la poitrine auquel correspond une voussure de la partie similaire du côté opposé. Chez les tireurs droitiers, l’aplatissement siège à la partie externe droite du thorax , ét la voussure se trouve à la partie externe gauche; chez les gauchers c’est l’inverse. La voussure est due à une plus grande saillie de l’arc des côtes repoussées en dehors par la convexité qui s’est produite de ce côté du' rachis ; elle s’accompagne le plus souvent de l’élargissement d'es espaces intercostaux. Du côté de la dépression, au contraire, les côtes ont subi un retrait, un renfoncement, attirées qu’elles sont en dedans par la colonne vertébrale à laquelle elles s’attachent et qui forme là une concavité. Les côtes qui se rentrent ainsi se rapprochent les unes des autres, de façon à diminuer la largeur de l’espace intercostal. Dans les cas très accentués, au lieu d’un aplatissement on a un creux du côté correspondant à la main qui tient l’épée. Dans les cas légers, la différence est encore assez sensible pour qu’on soit obligé de garnir d’ouate le côté droit des vêtements des amateurs d’escrime. — Beaucoup de tailleurs connaissent ce détail, qui a sa petite valeur.
LES RÉSULTATS DE l’eXERCICE
Il serait possible de faire tourner au profit du sujet cette tendance de l’escrime à déformer la paroi thoracique, dans le cas où on voudrait lutter contre une déformation inverse. Un des meilleurs tireurs delà garnison de Limoges, maître d’armes gaucher, fut atteint, il y a plusieurs années, d’une pleurésie droite. Il avait gardé, à la suite de cette maladie, une dépression du côté droit, la pleurésie ayant produit, comme d’habitude, le retrait de la paroi thoracique. Depuis, en travaillant beaucoup l’escrime de la main gauche, il a guéri, sans s’en douter, le défaut de conformation de son côté droit qui, au lieu d’un creux, présente aujourd’hui une très légère voussure
Ainsi, l’escrime, pratiquée toujours de la même main, tend à produire une déviation de la colonne dorsale dont la concavité correspond au côté qui manie le fleuret. Cette déviation se fait latéralement; c’est une « scoliose ». Elle peut présenter des degrés divers, et se trouve d’autant plus accentuée que le sujet est moins résistant, a commencé plus jeune et travaillé davantage. Cette scoliose se traduit par les signes habituels de toutes les déviations latérales , parmi lesquels trois sont faciles à constater. L’un des trois n’appartient qu’aux cas les plus accentués : c’est la déviation de la ligne verticale formée par les apophyses épineuses du rachis. Les deux autres sont à peu prés constants et constituent le cachet propre des gens qui font beaucoup d’escrime. Ce sont : l’abaissement de l’épaule du côté qui manie le fleuret, et l’aplatissement de la paroi thoracique de ce même côté , avec voussure du côté opposé.
Tels sont les résultats que donne la constatation des faits ; cherchons-en à présent l’explication rationnelle dans le mécanisme de l’escrime.
Quand on analyse les mouvements d’un homme qui fait des armes, on voit qu’ils concourent tous, dans chaque phase du jeu de l’épée, à imposer au corps une attitude semblable à la courbure vicieuse que nous signalons. Or, on sait qu’une attitude souvent prise, une courbure subie tous les jours par la colonne vertébrale tendent à devenir permanentes. C’est ainsi que s’établissent les déviations de la taille par vice de tenue habituelle ou par les attitudes spéciales de certaines professions.
Le résumé très complet des divers mouvements de 1 escrime nous est présenté par le combat fictif qu’on appelle l'assaut. Toutes les phases de l’assaut peuvent se ramener à trois, qui sont; la mise en garde y l’attaque y la parade l la riposte ne mé-