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LA SCOLIOSE DES ESCRIMEURS

Ce simple exposé aura plus de valeur, sans doute, qu’un long plaidoyer pour faire comprendre que le trapèze ne saurait être un régénérateur de la beauté des formes. Et pourtant, longtemps encore on s’inclinera religieusement devant les traditions antiphysiologiques de la gymnastique avec engins que nous devons au colonel Amoros.

L’exercice de la gymnastique n’est pas le seul qui déforme. Un autre genre de sport très usité aujourd’hui, V escrime, produit aussi des déformations très caractéristiques, quoique moins accentuées.

Nous avons recueilli, à ce sujet, une série d’observations qui ont été présentées en janvier 1886 à la Société médicale de Limoges et dont les conclusions sont diamétralement opposées à celles qui avaient cours jusqu’ici dans la science. Nous allons présenter ici les faits observés par nous et l’interprétation physiologique que nous en avons donnée.

Toutes les personnes qui ont fait beaucoup ôi'escrime présentent, à un degré plus ou moins accentué, des traces de courbure latérale de la colonne vertébrale. Quant à la direction de cotte courbure, de cette scoliose, on peut dire que tous les tireurs droitiers tendent à la scoliose à concavité droite, et tous les gauchers à la scoliose à concavité gauche. Ces tendances sont très inégalement marquées. A peine indiquées dans certains cas , elles peuvent aller parfois jusqu’à constituer un véritable vice de conformation. Nous n’avons pas besoin de faire remarquer qu’une colonne vertébrale adulte, solidement établie, chez un homme vigoureux qui fait des armes de loin en loin , pourrait résister parfaitement et ne prendre aucun mauvais pli , tandis qu’on trouverait la déformation à son summum chez un sujet, suspect de rachitisme ou de ramollissement des os, ayant commencé les armes tout enfant et ayant continué assidûment jusqu’à l’âge d’homme. Entre ces deux points extrêmes il y a Une foule de degrés, mais nous devons dire que, le plus souvent, un examen méthodique est nécessaire pour constater la déformation.

Cette déformation, même quand elle est très accentuée, passe

LES RÉSULTATS DE l’EXERCICE

le plus souvent inaperçue au premier coup d’œil. La pratique des armes développe en effet plus que tout autre exercice l’agilité et la précision des mouvements ; elle donne une certaine aisance, une certaine désinvolture dans la démarche qui compensent et masquent en quelque sorte la légère déviation dont le corps est atteint.

En examinant de près , on trouve cependant, chez les habitués de salles d’armes, les signes caractéristiques de la scoliose. Parmi ces caractères, il y en a un que tous les médecins ont l’habitude de rechercher d’abord, parce qu’il est le plus probant ; c’est la déviation de la ligne formée par les apophyses épineuses des vertèbres du dos. Ce signe n’existe pas souvent dans les scolioses dues à l’escrime, parce que l’escrime ne produit habituellement que des déformations légères, et que le symptôme dont nous parlons se rencontre seulement dans les cas très accentués. Nous avons eu cependant occasion de l’observer chez un jeune garçon de seize ans, d’une constitution faible, s’adonnant à l’escrime avec excès et qui a fortifié son tempérament au détriment de la rectitude de sa colonne vertébrale.

Il est d’autres signes de déviation qu’on a beaucoup plus souvent occasion de rencontrer chez les sujets adonnés à l’escrime. Un des plus communs est V abaissement de l’épaule. Ici, les faits observés par nous sont en contradiction absolue avec l’opinion des auteurs qui ont parlé de l'escrime.

Dans un travail de Bouvier et Boulland (Diction, de médec. et de chir.prat., art. « Rachis »),nous lisons ; « L’escrime peut aider « à redresser une scoliose commençante, en relevant l’épaule du (c côté où on la pratique. » Cette phrase exprime une grosse erreur , dont les conséquences pratiques peuvent être graves. L’épaule , du côté qui pratique l’escrime, ne se relève pas ; au contraire elle s’abaisse. En présence d’une autorité comme celle que nous venons de citer, nous avons dû appuyer notre opinion contradictoire sur l’observation des faits et sur 1 étude raisonnée des divers mouvements de l’escrime.

Quant aux faits , nos observations ont porté sur une vingtaine de tireurs exercés, parmi lesquels huit maîtres d armes et trois gauchers. Nous tenons à établir tout d abord que les observations faites sur les gauchers ont donné des résultats régulièrement inverses de. ceux fournis par les droitiers ; ce qui constitue une contre-épreuve assez concluante. Dans tous les cas observés, 1 abaissement de l’épaule qui travaille a. éié tellement fréquent, qu il

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