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ALIMENTS ET RESERVES

La machine animale est construite de façon à pouvoir fonctionner longtemps sans le secours d’un apport extérieur. Nous en avons tous les jours la preuve dans les maladies qui mettent le sujet à une diète forcée de plusieurs semaines. Nous en avons même eu une démonstration retentissante par l’expérience à laquelle se sont soumis deux excentriques (1), dont l’un a pu rester cinquante jours sans prendre aucune nourriture, et se livrer malgré cela à des exercices du corps.

Le corps peut donc fournir des éléments aux combinaisons chimiques, sources de la chaleur et du travail musculaire, et cela sans le secours de l’alimentation. Mais si ces éléments étaient fournis aux dépens des organes qui sont les rouages essentiels de la machine, on comprend que celle-ci serait très promptement détériorée et usée. Aussi y a-t-il dans le corps des matériaux qui tiennent le milieu entre les aliments et les organes. Ces matériaux, qu’on appelle des réserves, sont formés par des tissus dont la •disparition ne peut compromettre le fonctionnement régulier de l’organisme. Les tissus de réserve sont le résultat d’une sorte de tribut prélevé journellement sur l’alimentation, et accumulé en divers points du corps comme dans une caisse d’épargne où l’organisme peut puiser à certains moments, suivant les besoins.

Les tissus de réserve sont formés anatomiquement pour la plus grande partie, de tissus graisseux; mais la graisse n’est pas le seul tissu du corps utilisé par la combustion. Il y a d’autres substances, telles qu’une sorte de sucre appelé inosite , qu’on rencontre en grande quantité dans le tissu des muscles, et dont la combustion est une des sources de la chaleur du travail. Il y a aussi incontestablement, dans le tissu musculaire , des produits azotés qui jouentle rôle de tissu de réserve, puisque, d’après nos observations personnelles rapportées dans la deuxième partie de ce livre, les sujets qui ne travaillent pas d’ordinaire, et qui par conséquent sont nantis de réserves abondantes, présentent dans les urines, à la suite d’un exercice violent accidentellement pratiqué, une grande quantité de déchets azotés. Il se produit chez eux des urines semblables à celles des personnes dont l’alimentation est trop riche en viande, et par conséquent en azote.

Mais les aliments et les tissus de réserve ne sont pas les seuls ■éléments fournis aux combinaisons chimiques qu’on appelle

,(1) Succi et .Heulatt).

combustions. Dans certains cas, les aliments étant supprimés, et les réserves étant épuisées, la chaleur vitale se maintient et la vie persiste. Bien plus, dans ces conditions, même, un travail musculaire violent peut encore être exécuté, et par conséquent des combustions intenses peuvent se produire. Ces combustions se font alors aux dépens des tissus essentiels à la vie, de ceux qui composent la trame intime et l’essence même des organes. — Dans ces cas la machine fonctionne encore, mais elle fonctionne aux dépens des pièces essentielles qui la composent : elle s’use.

Telles sont, au point de vue physiologique, les trois sources dans lesquelles le travail vital des organes internes et le travail musculaire de la vie extérieure, qui n’est que l’exagération de l’autre, puisent les éléments dont les combinaisons chimiques donnent lieu à la chaleur dépensée.

Au point de vue chimique, quelles sont les substances utilisées par les combustions? Voilà une question qui, depuis quelques années, a été résolue de bien des façons et à laquelle il n’est pas encore répondu d’une manière satisfaisante et définitive.

Il serait sans intérêt de suivre dans toutes ses évolutions successives la théorie des combustions vitales, et nous aimons mieux présenter ici le résumé de l’état actuel de la science.

Il est admis, par les auteurs qui ont le plus récemment écrit sur la question, que la source chimique du travail musculaire est presque exclusivement la combustion des substances hydrocarburées, telles que les graisses et les sucres. On a fortement battu en brèche la théorie d’après laquelle le muscle brûlerait sa propre substance en se contractant pendant le travail, et produirait une grande quantité de déchets azotés. Les travaux de Liébig avaient fait admettre une augmentation du chiffre de l’urée après le travail ; des expériences plus récentes ont paru renverser celles de Liébig, et on admet que l’urée n’est pas augmentée et qu’elle est même diminuée par le travail musculaire. On ne peut nier cependant que le muscle ne fasse une partie des frais des combustions du travail, puisque sa composition chimique est profondément modifiée par l’exercice musculaire ; mais on attribue ces changements aux transformations subies par les substances non azotées qui entrent dans la composition des sucs-

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