‹ Physiologie des exercises du corpsChapitre 29 sur 184 · I.ES EXERCICES QUI ESSOUFFLEINT · texte numérisé non relu

I.ES EXERCICES QUI ESSOUFFLEINT

par l’homme qui soulève de terre un fardeau pour le charger sur ses épaules. Mais il y manque le fardeau et la dépense de force musculaire qu’il nécessite. Aussi, malgré la suspension complète de la respiration, l’essoufflement ne se produit-il pas à la suite d’un très grand nombre d’efforts simulés, tandis qu’il se produit toujours à la suite d’un très petit nombre d’efforts réels, accompagnés de travail musculaire intense.

Ce qui essouffle dans l’acte de l’effort, c’est la quantité de travail effectué et non l’attitude particulière que ce travail nécessite et l’interruption momentanée de la respiration qui en résulte. C’est faute d’avoir analysé ces deux éléments d’un acte complexe que plusieurs auteurs ont attribué l’essoufflement produit par certains exercices à la suspension momentanée de la respiration pendant l’acte de l’effort. La suspension, même complète, de la respiration ne peut pas, à elle seule, produire les phénomènes qu’on observe chez les personnes essoufflées. Elle produit l’angoisse respiratoire, et celle-ci se prolonge tant que dure la cessation de la fonction ; mais , aussitôt que les mouvements redeviennent libres, le malaise cesse et la respiration reprend instantanément son rythme régulier.

L’essoufflement, au contraire, se prolonge longtemps après que l’exercice a cessé, ce qui prouve que sa cause est plus profonde et plus durable que ne saurait l’être un arrêt momentané de la fonction respiratoire.

Si on passe en revue tous les exercices qui semblent avoir pour spécialité d’amener l’essoufflement, et qu’on les soumette à une analyse attentive, on trouve constamment la confirmation de cette loi qui rattache une grande gêne respiratoire ressentie à une grande quantité de force dépensée en peu de temps.

Analysons un acte des plus simples, le fait de monter un escalier. Aucun travail n’essouffle plus rapidement que celui-là, mais aucun ne demande une plus grande dépense de force.

Supposons qu’on monte, à une allure modérée, deux étages par minute , de façon à employer deux minutes pour monter qnatre étages dont la hauteur peut être évaluée à 20 mètres. Une personne pesant 73 kilogrammes aura ainsi en deux minutes élevé le poids de son corps à 20 mètres et fait par conséquent un travail de 73 X 20, soit 1.500 kilogrammètres.

Si on veut réduire à un travail d’une autre forme le total de force dépensée en montant l’escalier, on est étonné de voir, — s’il s’agit de soulever des poids, — qu’il faudrait, pour avoir l’équiva-

LA FATIGUE

lent de l'ascension d’un quatrième étage, prendre par terre successivement trente poids de 100 livres chacun, et les placer sur une table haute d’un mètre , et cela dans l’espace de deux minutes.

Il est évident pour tout le monde que le travail sous cette forme constituerait un exercice très violent, mais le fait de gravir quatre étages est un travail tellement usuel qu’on ne songe pas à remarquer quelle dépense de force il demande. Il en est de même de tous les actes par lesquels le corps s’élève : la marche dans une côte, l’ascension d’une montagne. Dans tous ces cas, le corps humain, poids considérable, a été déplacé en hauteur suivant un plan plus ou moins incliné, et ce déplacement a exigé une grande dépense de force.

Même conclusion si on étudie ce qui se passe chez un homme qui court.

A chaque foulée de course, il y a un instant où les deux pieds abandonnent le sol à la fois et où le corps plane en quelque sorte dans l’espace sans être soutenu par l’appui des jambes et en vertu seulement de la poussée musculaire qui l’a détaché de terre. Cette poussée, qui représente un travail énorme, se renouvelle trois ou quatre fois par seconde. Pendant la marche au contraire, le corps est supporté par l’un des pieds et n’abandonne jamais le sol. — Ces détails montrent clairement la grande différence de travail représentée par l’allure de la marche comparée à celle de la course.

Remarquons que, dans la course, l’essoufflement est dû moins à la vitesse de la progression qu’au mode de locomotion, à la manière dont le corps se déplace. La vitesse dans le mouvement ne suffit pas pour amener l’essoufflement quand elle n’est pas combinée avec l’intensité de l’effort musculaire. Aussi ne faut-il pas s’en rapporter à la vitesse d’un exercice pour préjuger le degré d’essoufflement qu’il doit produire.

On peut, ainsi que nous l’avons dit, ralentir le galop d’un cheval, de manière à le rendre moins rapide que le trot allongé, et pourtant on observe toujours que l’animal s’essouffle beaucoup plus en galopant qu’en trottant. C’est que le galop du cheval est une allure plus haute que le trot, ainsi que l’ont mis en lumière les expériences de M. Marey. Le cheval qui galope élève son corps à une plus grande hauteur du sol que le cheval qui trotte, et fait, par conséquent, une plus grande quantité de travail mécanique. C’est à cause de cette différence dans la quantité de force dépensée

LOI DE l’eSSOÜFFLEMENT 6S

que le trot à vitesse égale, essouffle toujours moins l’animal que le galop.

Il serait facile d’accumuler des exemples. Ceux que nous avons cités suffisent pour démontrer que la véritable condition de l’essoufflement, celle sans laquelle la gêne respiratoire ne se produit pas d’une manière durable , c’est la grande dépense de force nécessitée par l’exercice en un temps très court.

Toute différence individuelle étant écartée, on peut dire que .

Dans tout exercice musculaire, T intensité de l'essoufflement est en raison directe de la quantité de force dépensée en un temps donné.

L’essoufflement est un effet général, une résultante. Il est l’effet de la totalité du travail exécuté par l’ensemble des muscles qui concourent à un exercice.

La fatigue musculaire, au contraire, est un effet local. Elle est proportionnée à la part de travail qui revient individuellement à chaque muscle dans l’exécution d’un exercice.

Une quantité de travail trop faible pour amener l’essoufflement pourra amener la fatigue si l’effort est supporté par un petit nombre de muscles ou par des groupes musculaires très faibles. Si, au contraire, l’exercice est divisé entre un très grand nombre de muscles, ou exécuté par des masses musculaires puissantes, la part de travail effectuée par chaque faisceau contractile pourra être trop faible pour amener la fatigue locale , tandis que la somme représentée par le travail de chacun d’eux pourrra être suffisante pour amener l'essoufflement.

L’essoufflement est la forme générale de la fatigue. Quand on veut obtenir de l’exercice musculaire ses effets généraux^ il faut rechercher les exercices qui essoufflent, et ne pas s’en tenir à ceux qui fatiguent. Ces derniers produisent surtout des effets locaux.

Enfin, dans le dosage des exercices du corps, on peut considérer l’essoufflement comme une sorte de mesure physiologique indiquant plus sûrement que la fatigue musculaire l’intensité du travail auquel a été soumis l’organisme. Quand l’essoufflement ne s’est pas produit, on peut dire que l’exercice est modéré, ou du moins qu’il a été pris, — si l’on peut s’exprimer ainsi, — à dose fractionnée. Toutes les fois, au contraire, que la gène respiratoire se produit promptement, on peut affirmer qu'il a été fait une grande quantité de travail en peu de temps, etpfj- conséquent que l’exercice a été pris à haute dose.

F. Laoranok

LA FAÎIGUË

Certains exercices qui, au premier abord, paraissent modères, seront jugés exercices violents, comme ils méritent de l’être, si on les soumet au critérium que nous indiquons.

C’est ainsi qu’une fillette qui saute à la corde se trouve faire un exercice en réalité plus violent qu’un batelier qui rame ou un gymnasiarque qui exécute des tours de trapèze.

Ainsi, pour nous résumer, si certains exercices essouffient plus que d’autres, ce résultat ne tient pas aux mouvements spéciaux ou aux attitudes particulières qu’ils comportent. La promptitude de l’essoufflement n’est pas due à la contraction de certains muscles , au déplacement de certains leviers osseux , à la gène mécanique subie par certains organes pendant l’exercice : elle est due à la dépense excessive de force que l’exercice nécessite.

Il était important d’établir clairement les conditions dans lesquelles l’essoufflement se produit, car de ces conditions nous allons déduire la cause première de l’essoufflement.

Quand un homme essoufflé cherche à s’étudier lui-même et a analyser les sensations tumultueuses qu'il éprouve, il est très embarrassé pour caractériser exactement son malaise et pour le localiser d’une manière précise dans tel ou tel point du corps. Une impression, pourtant, domine toutes les autres et les résume pour lui assez nettement : c’est le sentiment d’un besoin exagéré de respirer qu’il ne parvient pas à satisfaire.

L’exagération du besoin de respirer est le caractère fondamentade l’essoufflement.

En quoi consiste le besoin de respirer? dans quelles conditions se produit-il, et pourquoi l’augmentation du travail des muscles amène-t-elle l’exagération de ce besoin? Telles senties questions à résoudre pour saisir le lien qui rattache l’essoufflement à l’exercice musculaire qui le produit.

Le besoin de respirer est une sorte de régulateur de la fonction respiratoire. C’est une sensation qui pousse l’individu à augmenter plus ou moins la fréquence et l’ampleur des mouvements du poumon, suivant l’urgence plus ou moins grande qu’il y a pour l'organisme à hématoser le sang, c’est-à-dire à rendre au sang vei-

CAUSE PREMtERE DË L ËSSÔÜFFLEMENT

lieux ses qualités de sang artériel, en remplaçant l’excès d’acide carbonique qu’il renferme par de l’oxygène emprunté à l’air atmosphérique.

Ni la faim, ni la soif, ni aucun des autres besoins naturels ne nroduisent dans l’organisme une perturbation aussi prompte que le besoin de respirer, quand il n’est pas satisfait. G est qu aucun autre besoin n’est lié d’une façon aussi intime à la sauvegarde de l'organisme.

La respiration, en effet, a pour but de nous défendre contre un danger très pressant, en éliminant du sang l’acide carbonique, véritable poison dont l’accumulation dans l’économie peut, en quelques minutes, amener la mort.

L'acide carbonique est un produit de désassimilation, résultant des combustions vitales. Il se forme d’une façon incessante dans l’organisme, pendant tout le temps que s’entretient la chaleur animale , c’est-à-dire pendant toute la vie. Si l’organisme n’en subit habituellement aucun mauvais effet, c’est qu’il s’élimine sans cesse par le poumon.

L’organisme ne peut supporter sans dommage qu’une dose déterminée d’acide carbonique. Quand cette dose est dépassée, un malaise se produit aussitôt. Ce malaise, qui s’appelle gêne respiratoire, besoin de respirer, dyspnée^ est un avertissement qui nous met en garde contre l’accumulation dans le sang, de la substance toxique.

La présence de l’acide carbonique en excès dans le sang est le point de départ de la sensation qui nous pousse instinctivement, et même quelquefois en dépit de notre volonté, à activer le jeu de l’appareil respiratoire.

Toutes les circonstances qui font varier en plus ou en moins la quantité d’acide carbonique contenue dans le sang font varier, dans le rtiême sens, l’intensité du besoin de respirer et la fréquence des mouvements respiratoires . — signe par lequel ce besoin se manifeste extérieurement.

Toutes les fois que l’organisme fabrique moins d’acide carbonique qu’à l’état normal, le besoin de respirer diminue et les mouvements respiratoires se ralentissent. C’est ce qu’on observe pendant le sommeil. Un homme endormi produit moins d’acide carbonique qu’un homme éveillé ; aussi sa respiration est-elle moins fréquente.

C’est surtout dans le sommeil des animanx hybernants qu’on a pu observer la corrélation très intimé qui existe entre la dimi-

La fatiguë

nution de l’acide carbonique dans l’économie et l’atténuation du besoin de respirer.

D’après les curieuses expériences de Régnault, la production d’acide carbonique chez la marmotte en état de sommeil hybernal est trente fois moindre qu’à l’état de veille. Aussi observe-t-on une diminution surprenante du besoin de respirer chez l’animal en état d’hybernation. On constate, en revanche, qu’au réveil, la production d’acide carbonique augmente brusquement et que, du même coup , les exigences de la respiration reprennent aussitôt toute leur intensité.

Une marmotte engourdie par le sommeil hybernal fut placée sous une cloche de verre de très petite dimension, et les bords’de la cloche furent scellés avec du ciment à la table sur laquelle l’appareil était placé. De cette façon, l’air extérieur ne pouvait arriver sous la cloche, et la respiration de l’animal était réduite à la très petite quantité d’air contenue dans sa prison. Tant que dura son sommeil, la respiration s’alimenta suffisamment, et l’animal put vivre pendant plusieurs jours avec cette dose presque infinitésimale d’oxygène, sans donner aucun signe de malaise. Un jour, par un choc violent imprimé à la cloche, on éveilla la marmotte. A peine sorti de son sommeil, l’animal manifesta, par son agitation et les mouvements désordonnés de sa poitrine, une grande gêne respiratoire et mourut asphyxié en quelques minutes. La dose d’air qui lui suffisait à entretenir sa vie avant d’être réveillée ne lui suffisait plus une fois sorti de son sommeil hybernal . Le réveil avait brusquement augmenté l’activité de l’organisme, rendu plus considérable la production d’acide carbonique , et la saturation du sang par ce gaz avait augmenté les exigences de la respiration que la trop petite quantité d’air de la cloche ne pouvait plus satisfaire.

Si le besoin de respirer diminue quand la proportion d’acide carbonique contenue dans le sang est plus faible qu’à l’état normal, il augmente, au contraire, toutes les fois que ce gaz tend à devenir plus abondant. Si l’acide carbonique tend à s accumuler à haute dose, le besoin de respirer prend les caractères de la dyspnée intense, de l’angoisse, et provoque des mouvements respiratoires d’une énergie et d’une fréquence déplus en plus grandes.

Quand on injecte de l’acide carbonique dans les veines d’un chien, sa respiration s’accélère, devient oppressée, anxieuse, 1 animal manifeste une gêne respiratoire de plus en plus grande. Si on continue l’injection sans aucun temps d’arrêt, les symptômes s ag-

l’acide carbonique et le besoin de respirer

gravent continuellement et l’animal finit par succomber avec les phénomènes de l’asphyxie. Aucune expérience ne peut infirmer la valeur de celle-ci. Elle prouve d’une manière péremptoire que le besoin de respirer s'exagère quand l’acide carbonique est er excès dans le sang, et non pas seulement, — ainsi qu’on l’i soutenu, — quand la quantité d’oxygène est- insuffisante. En effet dans l’exemple que nous citons, le chien ayant les voies respiratoires libres, rien ne peut empêcher l’oxygène de l’air d’arriver à ses poumons en quantité normale; pourtant l’essoullloment se produit, et les accidents d’asphyxie peuvent devenii mortels

Le besoin de respirer se produit aonc avec une intensité proportionnelle à la quantité d’acide carbonique accumulée dans le sang.

Plusieurs causes, chez l’homme, peuvent amener l'accumulation de l’acide carbonique dans l'économie. Il peut y être introduit du dehors par les voies respiratoires, et on observe alors des accidents semblables à ceux que nous venons de signaler chez le chien en expérience. C’est ainsi que les émanations d’une cuve de vendange en fermentation produisent la mort par asphyxie.

Les mêmes accidents peuvent se produire quand l’acide carbonique, au lieu d’être introduit du dehors dans l’organisme, y est simplement retenu par un obstacle quelconque qui diminue le pouvoir éliminateur du poumon. C’est ainsi qu'un enfant qui meurt du croup succombe asphyxié par l’acide carbonique que ses voies respiratoires obstruées ne peuvent éliminer en quantité suffisante.

Enfin, il y a une troisième cause d’accumulation d’acide carbonique dans le sang : l’accumulation peut avoir lieu par excès de production, et c'est ce qui arrive pendant l’exercice violent.

C’est une vérité démontrée en physiologie qu’un animal produit d'autant plus d'acide carbonique qu’il exerce davantage son activité musculaire. Les travaux de M. Sanson ont prouvé que, chez les grands animaux, tels que le cheval et le bœuf, la quantité d’acide carbonique rendue par la respiration est doublée et même triplée quand on les soumet à un violent travail, tel que la course (A. Sanson, la Respiration des grands animaux).

On a constaté cette production plus grande d’acide carbonique pendant le travail chez tous les animaux, môme chez les insectes.

LA FATIGUE

Une ruche d’abeilles renferme vingt-sept fois plus d’acide carbonique quand l’essaim travaille que lorsqu’il se repose.

Enfin, chez l’homme, on recueille par la respiration pour un temps donné :

— 0gr,35 d’acide carbonique pendant le sommeil ;

— 0gr,60 dans l’attitude assise;

— lgr,65 pendant la course.

Outre le surcroît d’acide carbonique exhalé par la respiration, on constate aussi une augmentation dans la quantité de ce gai que la peau élimine pendant le travail. De plus, malgré l’augmentation de l’acide carbonique rendu par toutes les voies , l’organisme en reste encore imprégné pendant un certain temps après la cessation de l’exercice. Si l’on tue un animal après un exercice forcé, on trouve que ses muscles renferment beaucoup plus d’acide carbonique qu’à l’état normal et que le sang des artères est devenu noirâtre et semblable par sa composition chimique à du sang veineux.

Ainsi, quand un homme se livre au travail musculaire, il se produit dans tout son organisme un surcroît d’acide carbonique. L’homme qui exécute un exercice très violent est menacé d’asphyxie aussi bien qu’un animal auquel on injecte de l’acide carbonique dans les veines. Dans les deux cas la cause des troubles respiratoires est la même : c’est un empoisonnement du sang par la même substance toxique ; seulement, chez l’homme essoufflé par le travail musculaire, le poison n’a pas été introduit du dehors, il s’est formé dans l’organisme même. C’est un produit de désassimilation qui s’est accumulé à trop forte dose dans l’économie.

La présence, dans le sang, de l’acide carbonique en excès amène le sentiment de dyspnée. La dyspnée, ou augmentation du besoin de respirer, produit, par effet réflexe, une augmentation de l’effort respiratoire. Une lutte s’engage entre le gaz toxique et les organes éliminateurs qui ont pour mission de l’expulser de l’organisme. Pendant un temps plus ou moins long, suivant l’aptitude respiratoire du sujet, le surcroît d action du poumon compense l’excès de production de l’acide carbonique, et le malaise est supportable. Mais si le travail augmente, la production finit par dépasser le pouvoir éliminateur des organes , les cellules pulmonaires ne peuvent plus suffire à débiter tout I acide carbonique que le sang leur apporte, et ce gaz s’accumule. Si à

l’essoufflement résulte d'une AUTO-INTOXtCATlON “1\

ce moment le travail est interrompu, la production du gaz toxique retombe au chiffre normal, celui que l’organisme contenait en excès s’élimine, et le malaise se dissipe. Si, au contraire, l’exercice violent se continue sans aucun temps d’arrêt, l’acide carbonique finit par s’accumuler à haute dose et peut arriver à produire des accidents graves, et même la mort par asphyxie.

Telle est la corrélation très étroite qui existe entre la quantité de travail exécutée par les muscles, la quantité d’acide carbonique produite dans l’organisme, et l’intensité de la gêne respiratoire ressentie par le sujet. Le travail ncusculaire augmente l’acide carbonique du sang, et l’excès de ce gaz amène l’augmentation du besoin de respirer.

Ainsi s’explique cette loi qui résulte de l’observation des faits et que nous énoncions tout à l’heure :

L'intensité de V essoufflement pendant un exercice est en proportion directe de la dépense de force que cet exercice nécessite en un temps donné.

L’essoufflement a pour cause une sorte d’empoisonnement de l’organisme par un de ses propres produits de désassimilation, une auto-intoxication par l’acide carbonique. L’augmentation excessive du besoin de respirer et l’exagération des mouvements respiratoires qu’on observe chez l’homme essoufflé par l’exercice musculaire viennent de l’imminence du danger d’intoxication et de 1 effort que fait 1 organisme pour éliminer promptement le poison.

Si on passe en revue toutes les circonstances dans lesquelles se produit l’essoufflement, on verra que notre théorie peut en donner une explication satisfaisante.

Pour que l’essoufflement se produise, il faut que beaucoup de travail soit fait en peu de temps, que l’exercice soit pris pour ainsi dire à dose massive, parce qu’il faut que l’augmentation e acide carbonique soit assez rapide pour amener l’accumulation excessive de ce gaz et la saturation du sang.

Si l’exercice ne fait, par exemple, que doubler la production de 1 acide carbonique, l’essoufflement n’aura pas lieiï puisque 1 élimination de ce gaz, d’après les recherches de M. sànson.

LA FATIGUE

peut être triplée pendant le travail . — La respiration serait activée. mais elle ne serait pas insuffisante. — Si, au contraire, le travail musculaire produit, pendant un temps donné, une quantité d’acide carbonique supérieure à celle que le poumon peut éliminer pendant le même temps, il se produira une accumulation de ce gaz dans l’économie, le malaise respiratoire augmentera do chaque seconde et finira par interrompre le travail.

Ainsi s’expliquent les faits qui frappent l’observatenr dans la pratique des exercices du corps, et qui montrent combien la fatigue musculaire se produit dans des conditions différentes de l'essoufflement.

La quantité d’acide carbonique produit par un groupe de muscles dans un temps donné est proportionnelle au travail qu’il efxécute. D'autre part, le travail que peut exécuter un groupe musculaire sans se fatiguer est en raison directe de la force, c’est-àdire du nombre et du volume des muscles composant ce groupe. Si donc un exercice est localisé à un groupe musculaire peu volumineux, la fatigue s’y produira avant qu’il n’ait fourni une grande quantité de travail et amassé dans le sang une forte dose d’acide carbonique. Le pouvoir éliminateur du poumon sera supérieur à la puissance de travail des muscles agissants; la fatigue musculaire précédera l’essoufflement. Si, au contraire, les muscles mis en action sont très puissants et très nombreux, ils pourront, avant d’arriver à la fatigue, produire une grande somme de travail et, par conséquent, une très forte dose d’acide carbonique. Leur puissance de travail sera supérieure au pouvoir éliminateur du poumon. L’essoufflement viendra cette fois avant la fatigue.

Voilà pourquoi les exercices pratiqués avec les membres supérieurs, dont les muscles sont relativement faibles, aboutissent le plus souvent à la fatigue sans amener l’essoufflement. Ces muscles font relativement peu de travail à la fois ; ils sont fatigués avant d’avoir produit la dose d’acide carbonique nécessaire pour essouffler le poumon.

Les membres inférieurs, au contraire, avec leurs puissantes masses musculaires, peuvent fournir, en quelques secondes, une grande somme de travail et jeter dans le sang une grande quantité d’acide carbonique. Aussi, quand on leur demande tout le travail dont ils sont capables, produisent-ils, en très peu de temps, beaucoup plus d’acide carbonique que le poumon n'en

LE « COEEr[C[ENT >) D ESSOUFFLEMENT 71^

peut éliminer, L’essoulllcment vient interrompre l’exercice alors pic les muscles sont encore pleins de vigueur.

L’essoufllement a lieu toutes les fois que îe travail musculaire produit, en un temps donné, dans le sang plus d’acide carbonique que le poumon n’en peut éliminer dans le même temps.

La quantité de travail nécessaire pour amener l’essoufflement ne devra donc pas être la même pour tout le monde , parce que tous les sujets ne peuvent pas éliminer par le poumon la même quantité d’acide carbonique dans le même temps. On peut dire qu’il existe, pour chaque individu, un coefficient d’essoufflement qui varie avec son aptitude respiratoire. Le moment où l'essoufflement se produit peut être retardé par la vigueur du sujet, l’ampleur de ses poumons, l’intégrité parfaite de son cœur, et surtout par son aptitude acquise à se servir de ses organes respiratoires.

Mais, quelle que soit la puissance respiratoire du sujet, si on suppose un exercice aussi violent que possible et utilisant sans aucun ménagement toute la force des muscles du corps, l’essoufflement se produira presque instantanément, parce que le système musculaire, dans son ensemble, peut produire, en un temps donné, plus d’acide carbonique que les poumons n’en peuvent éliminer.

C'est pour cette raison qu’il est important dans un exercice de grande vitesse, tel que la course, de ne pas donner du premier coup tout l’effort dont on est capable, et de se ménager au départ. Pour éviter de s’essouffler pendant l’exercice, il faut proportionner le travail des muscles au pouvoir éliminateur du poumon, de façon que la quantité d’acide carbonique produite en un temps donné ne soit pas supérieure à celle que peuvent débiter les voies respiratoires pendant le même temps.

L’habitude de pratiquer un exercice ou d’exécuter un travail amène instinctivement l’homme ou l’animal à régler l’intensité de I effort musculaire sur la puissance respiratoire, de telle façon qu il y ait équilibre entre la quantité d’acide carbonique que produisent les muscles et celle qu’élimine le poumon. C’est ainsi que chaque homme, chaque animal, arrivent à adopter dans le travail (le vitesse une allure, — ou plutôt un train^ — dont ils ne doivent pas sortir sous peine de s’essouffler.

11 y a, dans une course de chevaux, des animaux chargés de faire le jeu. Ils s’élancent à fond de train dès le départ, cher-

lA fatigue

chant à entraîner leurs adversaires dans un galop extrêmement vif. Le but de cette manœuvre est de forcer les autres chevaux h sortir de leurs allures, pendant qu'un camarade d’écurie se ménage pour prendre ensuite la tête quand les concurrents commencent à perdre leurs moyens. Un cheval qui sort de ses allures est, au point de vue physiologique, un animal qui produit plus d’acidf carbonique qu’il n’en peut éliminer. De là intoxication prompte qui paralyse son action. Pour gagner la course, un cheval est presque toujours obligé de fournir à un moment donné toute la vitesse dont ses jambes sont capables, et, par conséquent, de sortir de ses allures. Mais c’est l’art du jockey de l’en sortir le plus tard possible, de manière à ne l’exposer à l’intoxication inévitable que tout près du poteau d’arrivée.

Cependant, quoi qu’on fasse, si un exercice violent se continue sans arrêt pendant un certain temps, l’essoufllement finira toujours par 5? produire, quoique le sujet ne sorte pas de ses allures. Supposons le cas où le travail musculaire produit une quantité d’acide carbonique juste égale à celle que peut éliminer le poumon. L’essoufflement n’aura pas lieu dès le début, puisqu'il y aura équilibre entre la production et l’élimination. Pourtant, si le travail continue, la respiration finira par s’embarrasser. Ainsi, par exemple, une course modérée, qu’on peut supporter pendant cinq minutes sans être essoufflé, amènera l’essoufflement si elle se continue pendant un quart d’heure , sans qu’on ait augmenté la vitesse première.

C’est que, la quantité de travail restant la môme, l’aptitude respiratoire du sujet diminue, par le fait de la continuation de l’exercice. Par le fait même du travail, il se produit des troubles dans le fonctionnement de l’appareil respiratoire. La circulation sanguine est activée dans le poumon, et il en résulte d’abord une congestion active de cet organe. Plus tai’d, c’est la congestion passive qui s’observe par suite de la latigue, du forçage du cœur droit dont l’impulsion n’est plus assez énergique pour chasser le liquide sanguin à travers les petites ramifications des vaisseaux pulmonaires. D’autre part, les centres nerveux, vivement excités par l’acide carbonique que le sang leur apporte , réagissent sur les mouvements du poumon par des effets réflexes qui rendent la respiration courte, précipitée, irrégulière.

La congestion du poumon, le dérèglement des mouvements respiratoires , l’exagération , puis l’affaiblissement des battements du cœur, sont autant do facteurs secondaires de 1 essouf-

CAUSES SECONDAIRES DE l’eSSOUFFLEMENT

flement, que nous étudierons dans le chapitre qui suit. Leur rôle est important dans la production de la dyspnée au cours de l'exercice, car ils créent des obstacles au libre fonctionnement du poumon, au moment même où cet organe aurait besoin de fonctionner avec plus d’intensité.

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