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RÔLE DES URATES

leur influence à l’organisme pendant le séjour prolongé qu’ils ont fait dans le sang avant d’être expulsés de l’économie. Il est certain que les substances extractives, telles que la créatinine, la xanthine et les autres produits de combustion incomplète, ont un rôle important dans la production des malaises fébriles de la fatigue consécutive. Mais ces substances sont encore si mal connues dans leurs effets physiologiques, qu’il convient de parler de leur influence probable avec la plus grande réserve.

Nous avons, au contraire , souvent, l’occasion d’observer des circonstances où l’urine renferme des urates en excès, et de constater que les troubles subis dans ces cas par l’organisme ressemblent quelquefois beaucoup à ceux que produit la fatigue musculaire consécutive.

L’accès de fièvre intermittente et la fièvre rhumatismale sans déterminations localisées sont les deux affections qui ressemblent le plus à la fièvre de courbature. Or ces deux affections s’accompagnent, comme la courbature, d’une abondante émission d’urates.

Une douche froide prise par un sujet qui n’y est pas habitué produit généralement un malaise consécutif assez accentué, avec sentiment général de brisement dans les membres et léger mouvement fébrile ; nous avons pu nous assurer qu’en observant les urines du sujet à la suite de ces symptômes tout pareils à ceux de la courbature, on voit qu’elles renferment aussi des sédiments uriques en abondance.

On pourrait objecter que dans les exemples cités il y a un mouvement fébrile, et attribuer à la fièvre la production des urates aussi bien dans la courbature de fatigue que dans l’accès de fièvre intermittente ou de fièvre rhumatismale. Mais la fièvre ne se produit que par exception à la suite d’un exercice violent, et l’on peut cependant observer des sédiments uratiques abondants dans des circonstances où le travail musculaire a laissé le pouls et la température dans leur état normal. Selon nous, les urates et les autres déchets de combustion qui les accompagnent sont les causes et non les effets de la fièvre. L’état fébrile, dans la courbature, est le résultat d’un effort de l’organisme pour éliminer ces déchets, quand ils se trouvent accumulés en trop grande quantité.

Il est impossible de ne pas voir une certaine analogie entre le processus de la fièvre de courbature et celui de l’accès de

LA FATIGUE

goutte. Dans les deux cas \\y'à.uricémie^ c’est-à-dire surcharge du sang par les urates. Seulement, dans l’accès de goutte, le sang se décharge sur les articulations ety rejette l’excès de sels uratiques qu’il renferme, tandis que, dans la courbature de fatigue, la décharge a lieu sur le rein, et les substances nuisibles s’éliminent par les urines.

Cette analogie dans les causes est confirmée par l’observation des faits. — Chez les sujets prédisposés à la goutte, un exercice très violent , pris sans entraînement préalable , est souvent la cause déterminante d’un accès. C’est que l’accès de goutte, comme la courbature, est dû à une accumulation de composés uriques dans le sang, à "un état ^'uricémie. L’exercice musculaire trop violent met momentanément l’organisme dans toutes les conditions voulues pour l’explosion des accidents de la diathèse urique. Nous avons pu observer maintes fois que l’exercice le plus violent est sans danger pour le goutteux quand celui-ci est en état d’entraînement parfait. — Un de nos amis intimes, président très actif de notre société d’escrime, est goutteux depuis longtemps. Les assauts les plus prolongés n’ont jamais déterminé chez lui le plus léger accès de goutte, tant qu’il s’est tenu en condition d’entraînement : il a eu quelquefois, au contraire, des malaises articulaires assez prononcés quand il s’est remis tout d’un coup à faire des armes, après avoir abandonné trop longtemps la salle.

Si l’état d’entraînement peut mettre un goutteux à l’abri des dangers que présente habituellement pour lui la fatigue , c’est que chez l’homme bien entraîné le travail ne produit ni les sédiments uratiques, ni l’état d’uricémie passagère qui leur donne naissance.

Mais une dernière question reste à résoudre pour expliquer d’une manière satisfaisante la production de la courbature. Pourquoi les déchets azotés qui constituent les sédiments uratiques ne se forment-ils pas, à travail égal, chez l’homme entraîné aussi bien que chez l’homme qui se livre à l’exercice pour la première fois ?

Il ne peut y avoir qu’une réponse à cette question : c’est que, chez l’homme qui ne fait pas agir ses muscles, il existe des matériaux capables de donner naissance à ces produits de combustion incomplète, tandis que chez l’homme entraîné, le travail musculaire a usé et fait disparaître ces tissus. L’exercice violent prati-

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