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UNE EXPÉRIENCE DE FATIGUE

Si pourtant ces sédiments étaient le résultat de la transpiration excessive, jamais occasion ne se présenta plus favorable à leur formation que dans notre seconde journée de voyage, dont voici l’exposé fidèle.

Le 10 août, après cinquante kilomètres franchis à l’aviron sous un soleil ardent qui nous avait couvert de phlyctènes la nuque, le visage et les poignets, après avoir transpercé de sueur nos gros tricots de laine, nous reçûmes l’hospitalité dans le petit bourg d’Availles dont l’aubergiste était en môme temps boulanger. Nos lits étaient composés d’un unique mais énorme matelas de plume dans lequel nous nous trouvâmes enfouis jusqu’au menton par une nuit de chaleur caniculaire. Enfin notre hôte, comme s’il avait voulu nous fournir tous les éléments nécessaires à une expérience physiologique, nous avait donné une chambre placée directement sur la voûte de son four qui chauffait pendant notre sommeil.

Il est impossible d’imaginer un assortiment plus complet de conditions capables de provoquer la sueur; travail forcé pendant dix heures au grand soleil d’août ; nuit passée dans la plume, dans un appartement chauffé comme une étuve. Ce jour-là, une avarie au bateau que nous devions réparer, nous força à passer une demi-journée dans le village, et nous eûmes tout le loisir d’observer nos urines émises depuis plusieurs heures. Mais, malgré les sueurs profuses qui avaient transpercé nos vêtements le jour et inondé la nuit notre couche, aucun dépôt ne se produisit ni chez notre ami, ni chez nous.

Ainsi, il ne suffit pas de suer beaucoup pendant et après le travail pour rendre des sédiments dans lés urines. La transpiration excessive peut produire chez les sujets entraînés, aussi bien que chez tous les autres sujets, une diminution delà quantité d’urine rendue, mais ne détermine pas forcément l’apparition des sédiments uratiques.

Enfin une dernière preuve , la plus concluante sans doute , établit l’augmentation réelle de l’acide urique et des urates dans l’urine qui présente les sédiments uratiques à la suite de l’exercice : c'est l’analyse chimique.

Voici le résultat de l’examen d’un échantillon d’urine recueillie, après une très longue séance d’escrime, sur un sujet non entraîné qui depuis deux mois s’était abstenu de tout exercice musculaire (1).

(1) L’analyse a été faite par M. Papon, chimiste expérimenté, auquel nous adressons ici tous nos remerciements pour le concours qu’il a bien voulu nous prêter.

LA FATIGUE

Pour un litre de liquide urinaire, la quantité d’acide urique éliminé a été de 1 gr. 43.

Chez le même sujet ayant exécuté le même travail, après entraînement préalable, et dont l’urine n’a formé aucun dépôt, la quantité d’acide urique éliminé pour un litre de liquide a été 0 gr. 60, chiffre qui ne s’écarte pas de la normale.

On voit donc que, pour l’exécution du même travail musculaire, l’homme non entraîné élimine un peu plus que le double de la dose normale d’acide urique, tandis que chez l’homme entraîné ce produit n’augmente pas.

Les documents que nous apportons à l’étude des modifications de l’urine par le travail musculaire sont évidemment très incomplets, car ils ne visent qu’un seul fait : la production des sédiments uratiques ; mais ce fait par lui-même était intéressant à préciser, et de plus, jusqu’à ce jour, personne n’avait signalé sa corrélation si étroite avec les malaises généraux de la courbature.

Nous pouvons, d’après l’étude qui précède, établir un fait : c’est que la proportion d’acide urique éliminé est fortement augmentée quand l’urine devient trouble à la suite du travail. Or l’urine ne fait que débarrasser l’organisme des produits qui se trouvaient déjà tout formés dans le sang. L’acide urique en excès que nous constatons dans le liquide urinaire, à la suite de l’exercice musculaire, existait donc dans le liquide sanguin avant d’être expulsé au dehors. Nous savons, de plus, que l’élimination des principes uratiques ne commence que trois heures après l’exercice, et se prolonge quelquefois fort longtemps, pendant vingt-quatre heures et même trente-six heures. Pendant toute cette période de temps, l’organisme a été soumis à l’influence de l’acide urique en excès.

L’exercice violent laisse donc à sa suite, chez les hommes non entraînés, une surcharge urique du sang, une véritable wncéwee, semblable à celle qu’on observe, par exemple, chez les sujets goutteux quand ils sont sous l’imminence d’un accès de goutte.

Est-ce à l’excès d’acide urique qu’il convient d’attribuer les malaises ressentis à la suite de l’exercice violent ?

Il y a évidemment , parmi les déchets éliminés dans les sédiments urinaires , bien d’autres produits qui ont pu faire sentir

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