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LE SURMENAGE PAR INTOXICATION

rence de dose dans les substances qui empoisonnent l’organisme; mais ces substances sont les mêmes et ont la même origine ; ce sont toujours les déchets de combustion produits par le travail.

Un homme qui s’arrête essoufflé au bout de cinq minutes de course est un homme dont l’organisme se trouve sous le coup d’une intoxication passagère par l’acide carbonique résultant de l’exercice. Un cheval qu’on jette dans un galop très rapide et qu’on force à maintenir ce galop jusqu’à ce qu’il crève, meurt surmené. Les accidents qui le tuent sont dus, comme tout à l’heure, à l’acide carbonique qui sature l’organisme ; mais, dans le premier cas, le gaz toxique a été éliminé à temps ; dans le second cas , il s’est accumulé à une dose capable d’amener la mort.

L’acide carbonique est, de tous les produits de combustion, celui qui se forme avec le plus de rapidité et en plus grande abondance pendant le travail. C’est le plus redoutable pour l’organisme ; c’est lui qui fait courir à l’homme et à l’animal qui travaillent les dangers les plus pressants. Quand l’organisme a le dessous dans sa lutte pour l’expulser, le combat est toujours très court et les accidents deviennent rapidement mortels. C’est ce qu’on observe sur le cheval qu’on excite à galoper sans lui laisser le temps de soufQer , et en le faisant sortir de ses allures , c’est-à-dire en lui demandant une vitesse qui est disproportionnée avec le pouvoir de ses poumons. L’animal sorti de ses allures fait plus d’acide carbonique qu’il n’en peut éliminer par la respiration. En très peu de temps il s’en accumule dans le sang une dose assez forte pour produire un commencement d’intoxication. Si on lui permettait de s’arrêter ne fût-ce qu’une minute, il pourrait, dans ce court temps de repos, rejeter au dehors le surcroît de gaz qui le gêne et reprendre sa course sans aucun danger. Mais si on ne le laisse pas souffler un instant, il garde en lui-même ce surcroît d’acide carbonique, dont la dose s’accroît de plus en plus à chaque respiration , les centres nerveux sont baignés par un sang impropre à la vie, le muscle cardiaque est imprégné d’une substance qui le paralyse, la circulation s’arrête et l’animal meurt. — La mort par essoufflement peut être considérée comme le type du surmenage suraigu. Cette forme de surmenage aboutit en réalité à l’asphyxie, par auto-intoxication.

Le surmenage que nous appellerons aigu suit une marche un peu moins rapide. Le type en est fourni par les animaux qu’on chasse à courre. Dans ce genre de chasse l’animal ne doit pas être

LA FATIGUE

tué, mais pris, c’est-à-dire poursuivi à outrance, jusqu’à ce que l’épuisement complet de ses forces ne lui permette plus d’échapper aux chiens.

Étudions ce qui se passe chez un chevreuil harassé de fatigue et dont on va bientôt sonner l’hallali ;

L’animal a rusé^ c’est-à-dire que, de temps en temps, au lieu de continuer directement sa course, il s’est arrêté, cherchant à se cacher après être revenu sur ses pas, après avoir fait des « crochets » pour dépister les chiens. Sa course est ainsi coupée d’une foule de temps d’arrêt assez longs pour lui permettre de souffler, et d’éliminer son acide carbonique par la respiration. Aussi se ferat-il chasser longtemps, cinq ou six heures, quelquefois plus, ce qui ne lui serait pas possible s’il marchait droit devant lui sans s’arrêter, car la frayeur le ferait sortir de ses allures, et, bien qu’il soit plus vite que les chiens, il s’essoufflerait et serait pris très promptement. Tous les veneurs savent que si la bête chassée sort du bois pour faire un long débuché^ la chasse sera promptement terminée; à moins qu’il ne s’agisse d’un animal de première force, un vieux loup, par exemple, qui se moque des chiens, connaît la puissance de son jarret et ne fait pas aux chasseurs l’honneur de sortir de ses allures pour les éviter.

Le chevreuil évite donc , grâce à ses ruses , de succomber à l’essoufflement ; mais le travail excessif qu’il fait pour échapper à ses ennemis donne naissance à divers produits de désassimilation qui, à un moment donné, s’accumulent en grande quantité dans l’organisme, car ils ne peuvent pas, comme l’acide carbonique, s’éliminer en quelques minutes. Une grande partie de ces produits, en effet, ne peut s’éliminer que par l’urine , et nous avons dit que les déchets éliminés par l’urine ne sont expulsés du corps qu’avec une très grande lenteur. Il sera donc impossible au chevreuil de se débarrasser pendant sa course de ces produits de combustion qui encombrent ses muscles et empoisonnent son sang. Quand leur accumulation sera excessive, deux ordres de faits se produiront. En premier lieu, ses mouvements deviendront difficiles à cause de la gêne occasionnée dans les organes du mouvement par les déchets qui les encombrent, et qu’on peut comparer aux cendres qui embarrassent un foyer ou à la suie qui engorge les tuyaux d’une cheminée. En second lieu, ces déchets seront résorbés par les vaisseaux sanguins et pris par le torrent de la circulation , d’où prompte infection de 1 organisme.

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