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LA CHASSE A COURRE

Après quelques heures d’une chasse un peu vive, le chevreuil commence à ralentir sa course, ses jambes se raidissent, les chiens gagnent sur lui.— Il est sur ses fins, disent les veneurs.— Pour nous, il est empoisonné par les déchets organiques dont la production est excessive et qui se sont accumulés à haute dose. Ses jambes sont raides , parce que les sucs musculaires commencent à se coaguler sous l’influence d’un acide élaboré par les combustions, l’acide garcolactique , et que ses muscles en totalité ont subi une véritable décomposition chimique sous l’influence de la chaleur du travail. Les organes du mouvement font défaut à l’animal , il ne peut plus fuir et se laisse manger vivant par les chiens. Mais ce n’est pas seulement là la cause de sa mort ; car si, par une dernière ruse, le chevreuil forcé parvient à dépister ses ennemis, il meurt presque toujours des suites du surmenage.

Une bête complètement forcée n’a pas besoin d’être étranglée par les chiens ou servie par le chasseur ; elle crève, et il arrive souvent qu’au lendemain d’une chasse on retrouve dans une broussaille le cadavre de l’animal dont on avait perdu la voie , et qui est venu là mourir des suites de sa fatigue. — Un de mes amis avait lâché dans ses bois quelques chevreuils et les chassait quelquefois , sans avoir l’intention de les prendre et uniquement pour dresser ses chiens, arrêtant la meute au moment où il voyait l’animal près de sa fin. Il arriva que plusieurs chevreuils moururent des suites de ces chasses , qui n’étaient cependant qu’un jeu, une sorte de petite guerre, et dans lesquelles aucun coup de fusil, aucun coup de dent n’atteignait l’animal. — Ce n’est pas seulement l’impuissance de courir, la fatigue locale des membres qui constitue l’état de l’animal forcé ; c’est un état général de décomposition des tissus vivants capables d’amener des accidents mortels. L’animal forcé est un animal empoisonné par une sorte de putréfaction de ses chairs encore vivantes.

Si on examine le corps d’une bête forcée, on constate des faits très intéressants à étudier. Du côté des membres, il se produit presque instantanément un état de raideur qu’on appelle la rigidité cadavérique des muscles. Ce phénomène s’observe après la mort chez tous les animaux, sans exception, aussi bien que chez l’homme ; mais il n’a lieu d’ordinaire que plusieurs heures après la cessation de la vie, tandis que chez l’animal forcé il se produit aussitôt que la vie disparaît , quelquefois môme dés les der-

LA FATIGUE

niers instants de l’agonie. Rien de plus curieux et rien de plus capable d’apitoyer un homme, — si un homme qui chasse était capable de pitié, — que de voir une malheureuse bête forcée se traînant sur des jambes qui ne peuvent plus se fléchir, et qui présentent la raideur d’un morceau de bois.

Les phénomènes cadavériques commencent ainsi quelques instants avant la mort chez les animaux atteints de surmenage aigu.

Parmi les phénomènes qui suivent la m^rt, il en est encore un qui devance de beaucoup le moment où il so produit d’ordinaire ; c’est la putréfaction. Le gibier forcé ne peut pas se conserver, il doit être mangé tout de suite, car il est déjà faisandé quelques heures après la mort. Le corps d’un animal forcé se putréfie et se décompose avec la même rapidité que celui d’un homme enlevé par une maladie infectieuse et dont on est obligé de hâter l’inhumation. — On peut d’ordinaire conser.er longtemps un animal auquel on a enlevé les entrailles aussitôt après l’avoir tué. La nécessité de cette précaution s’explique par la présence habituelle dans le tube digestif de microbes dont les germes s’insinuent après la mort dans tous les tissus , que le mouvement vital ne défend plus contre leur invasion. Pour le gibier forcé, l’opération qui consiste à le vider est complètement inutile et ne retarde pas la putréfaction. C’est que le point de départ de cette putréfaction n’est plus dans un agent introduit du dehors , par les voies digestives , mais dans des produits qui se sont créés de toutes pièces dans l’organisme par le travail , et surtout dans les parties de l’organisme qui ont le plus travaillé , dans les muscles.

La corruption rapide que subit l’animal surmené est causée par des modifications chimiques qui se produisent dans ses muscles. Les muscles ne sont autre chose que la viande ou la cliüiv de l’animal; ils représentent en poids plus de la moitié de la bete, et il n’est pas surprenant qu’une altération de composition qui porte sur une pareille masse puisse avoir des effets très accentués sur l’organisme tout entier.

Les muscles qui ont travaillé avec excès ont subi une altération dans leur composition chimique. D’alcalins qu’ils étaient à l’état de repos, ils sont devenus acides : ils renferment de l’acide lactique qu’on n’y trouvait pas avant le travail; ils sont moins riches en oxygène et plus chargés d’acide carbonique qu au moment du repos. Beaucoup de matières azotées résultant des combustions

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