CHAPITRE XI
LE HEPOS.
La réparatioa de la machine motrice. — Le nettoyage des organes ; l’élimination des déchets de combustion. — Diminution des combustions pendant l’état de repos. — Abaissement de la température et ralentissement des fonctions vitales pendant le sommeil.
La longueur du temps de repos doit varier suivant la forme de la fatigue. — Brièveté du temps de repos nécessaire pour dissiper l’essoufflement. — Les coureurs tunisiens. Différence dans la rapidité de l’élimination des divers produits de désassimilation.
Effets dynamiques du repos : ils sont encore inexpliqués. — Influence des temps de repos rapprochés sur la conservation de la force. — Les boxeurs anglais.
Dans une machine à vapeur, à moins d’accident, le travail continue tant qu’on alimente le foyer.
Dans le corps humain, malgré l’alimentation la plus riche, le mouvement musculaire devient impossible au bout d’un certain temps d’exercice, et le travail doit forcément s’interrompre : l’organisme a besoin de repos. La machine humaine ne peut travailler que d’une façon intermittente. Mais cette imperfection apparente est en réalité le résultat d’une supériorité très grande sur la machine industrielle. Le repos dérive de la faculté qu’a l’organisme vivant de se réparer.
La machine qui travaille s’use lentement mais fatalement: plus elle a servi, moins elle est apte à servir. On peut calculer à l’avance la somme de travail en kilogrammètres que fera tel ou tel appareil, tel ou tel instrument avant d’être usé. Un canon est hors de service au bout d’un certain nombre de coups tirés. Plus une machine fonctionne, plus elle se détériore et perd son aptitude à fonctionner. Au contraire, plus le corps vivant travaille, plus il devient résistant et apte au travail. C’est une loi du mouvement
LE .nettoyage de LA MACHINE ANIMALE 157
vital que la fonction fortifie l’organe, au lieu que le fonctionnement d’une machine en use les rouages.
Les organes du corps humain réparent les pertes qu’ils ont faites par le travail et font pour les compenser des acquisitions nouvelles ; or, c’est une loi de la vie que les pertes du travail ne se réparent pas pendant le travail même, mais seulement après que le travail a cessé. — Le repos est donc la période de temps nécessaire aux organes pour réparer les pertes que leur a fait subir le travail.
Quelle est la nature des actes qui concourent à réparer les organes après une période de fonctionnement? Ces actes sont nombreux et compliqués; quelques-uns nous sont connus, la plupart nous échappent.
La réparation aes organes est, à proprement parler, un renouvellement complet de ces organes. Un muscle qui travaille fait du déchet^ c’est-à-dire se dépouille de certaines parcelles de son tissu qui se détachent de l’organe et sont balayées au dehors. A leur place, le sang, attiré en abondance au muscle par le fait même de sa contraction, y porte des matériaux nouveaux qui s’y fixent et remplacent ceux qui en ont été éliminés. A chaque instant, une parcelle nouvelle se détache à l’état de déchet, et se trouve remplacée par une molécule de nouvelle formation. Il en résulte que le muscle en entier finit par se renouveler, et que le mouvement de nutrition remet ainsi à neuf les instruments du travail.
Ainsi le corps est une machine dont les rouages se renouvellent constamment d’eux-mêmes et sont soumis à une réparation continuelle. Cette réparation est cause que le corps ne s’use pas en travaillant.
Le torrent sanguin qui traverse un muscle exerce sur ce muscle un véritable lavage en le débarrassant des déchets de combustion qui résultent du travail. Ce lavage exige un temps assez long, puisque, suivant nos observations, douze et même vingt-quatre heures sont quelquefois nécessaires pour l’élimination des déchets par l’urine. Pendant ce temps, des ondées successives de liquide sanguin viennent entraîner les molécules détériorées qui forment les déchets, et portent en même temps aux muscles dont ces déchets se détachent les éléments azotés nécessaires pour les remplacer.
Il est facile de comprendre que cette opération ne peut s’accomplir régulièrement sans que le travail s’arrête, car la formation continuelle de nouveaux déchets rend tout à fait nul le résul-
LA FATIGUE
tat du nettoyage exercé par le courant sanguin. Les matériaux do nouvelle formation ne peuvent pas non plus se fixer sur des tissus encombrés de débris qui , en attendant leur expulsion , jouent le rôle de corps étrangers, et le muscle n’est pas réparé.
Le résultat d’un temps de repos insuffisant devra donc être, d’une part, l’accumulation des matériaux détériorés par les com- • bustions et, d’autre part, le défaut de réparation , la nutrition insuffisante des organes du travail.
C’est ainsi que l’auto-infection par les déchets du travail , conséquence du surmenage, se produit chez les individus soumis à des travaux trop prolongés coupés de temps de repos trop rares et trop courts. De même, l’insuffisance du repos amène l’épuisement et la diminution de volume des tissus brûlés par le travail. Quelle que soit l’abondance de l’alimentation, un exercice trop prolongé et trop continu peut amener l’amaigrissement, parce qu’il ne laisse pas le temps au mouvement de nutrition de fixer sur les tissus les matériaux élaborés par la digestion.
Il faut donc, dans l’hygiène de l’exercice, équilibrer avec soin les périodes de travail et les périodes de repos. La succession plus ou moins éloignée du temps de repos est aussi importante à établir que la quantité de travail effectué.
Tous les exercices ne demandent pas la même période de repos; tous ne peuvent pas sans inconvénient se prolonger pendant le même temps.
Les exercices qui essoufflent doivent être coupés de temps d’arrêt très rapprochés , mais ces temps d’arrêt peuvent être courts. En effet, ces exercices produisent beaucoup d’acide carbonique en un temps très court. Ce produit de combustion est capable d’occasionner en très peu de temps des accidents graves ; d’où la nécessité de l’éliminer promptement pour empêcher son accumulation. D’un autre côté, il est très volatil et se déplace avec une grande facilité; aussi est-il promptement chassé de l’organisme par la respiration. — En certaines contrées de la Tunisie, il y a encore des coureurs commissionnaires ou porteurs de dépêches, appelés reküs 1 qui sont d’une résistance inouïe à la fatigue et à l’essoufflement. Quand un reka sent que sa respiration s’embarrasse pendant la course , il s’arrête , compte jusqu à soixante et repart. Ce repos lui suffit pour reprendre haleine.
Le travail de fond occasionne^ moins promptement la fatigue que l’exercice de vitesse, mais il nécessite un repos plus prolongé. Un marcheur qui n’est pas habitué aux longs trajets
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pourra, avec de l’énergie, faire une route de cinq ou six heures sans s’arrêter; mais si la fatigue a tardé à se produire, elle tardera aussi à disparaître , et ce ne sera plus une minute ou deux qu’il lui faudra pour redevenir dispos, mais bien une journée, deux peut-être. C’est que les déchets de la fatigue ne seront plus, cette fois, des corps gazeux, comme l’acide carbonique et la vapeur d’eau, et ne se déplaceront pas avec une grande rapidité pour sortir de l’organisme. Ces déchets, ainsi que nous l’avons expliqué, seront des produits azotés, solides, très peu solubles, et demandant un temps très long (de 6 à 18 heures) pour s’éliminer du corps par l’urine. De là la durée du temps de repos nécessaire. Si l’exercice recommence trop tôt, si le temps de repos est insuffisant, de nouveaux déchets se formeront avant que les premiers amassés ne soient sortis du corps, et ils s’accumuleront à haute dose. C’est ainsi que se produit l’intoxication due au surmenage à tous les degrés.
Le repos est donc la condition essentielle de l’élimination des déchets du travail, parce qu’à l’état de repos, la production de ces déchets se ralentit. Il est la condition essentielle aussi de la réparation des organes, parce que le mouvement d’assimilation en vertu duquel ces organes se réparent est entravé par le mouvement de désassimilation si actif pendant le travail.