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DISPARITION DES TISSUS GRAISSEUX

des organes; aussi subissent-ils avec exagération les combustions vitales. Un homme très abondamment pourvu de tissus graisseux dépense plus de chaleur, à travail égal, qu’un homme de même poids doué de tissus plus secs , et chez lequel les muscles dominent. Les combustions semblent se limiter difficilement chez l’homme obèse, et la quantité de chaleur produite dépasse de beaucoup celle qu’utilise le travail. Quand un obèse a perdu sa graisse , on peut dire que le rendement de ses muscles a augmenté : leur contraction est alimentée par des combustions plus modérées, et la dépense de calorique tend à se rapprocher davantage du chiffre de l’équivalent mécanique.

Mais d'autres éléments de fatigue tendent à disparaître chez l’homme qui maigrit, à mesure que diminue chez lui la dépense de calorique: ce sont les produits de désassimilation. Ces produits sont très différents, suivant la nature des combinaisons chimiques, sources de la chaleur produite; ils sont encore très mal connus, mais on ne peut s’empêcher de penser que leur composition est subordonnée à celle des tissus qui leur donnent naissance. On est fondé à croire, par exemple, que les tissus graisseux, composés surtout d’hydrogène et de carbone, devront fournir par leur combustion, par leur combinaison avec l’oxygène, beaucoup d’acide carbonique et d’eau. Cette opinion est confirmée par l’observation des faits, qui nous montre combien les sujets gras s’essoufflent, toutes conditions égales d’ailleurs, plus facilement que les sujets maigres, et combien ils sont plus sujets à transpirer.

Les hommes et les animaux chargés d’embonpoint voient leur respiration devenir plus facile à mesure que l’entraînement les débarrasse de leur surcroît de tissu graisseux. Tous les entraîneurs savent bien que ce bénéfice n’est pas le résultat seulement de la diminution du poids total du corps et du moindre travail qui en résulte, par exemple pour courir. En effet, un cheval bien entraîné, de même qu’un boxeur en parfaite « condition » doivent peser autant qu’avant la préparation. Ils doivent avoir fait des acquisitions en tissu musculaire capables de compenser leurs pertes de tissus adipeux.

Selon nous, cette immunité pour l’essoufflement tient en grande partie à ce que l’absence des réserves hydro-carbonées entraîne la diminution des produits de combustion dont l’hydrogène et le carbone sont la base, et en particulier de l’acide carbonique. Un sujet bien entraîné doit produire, à travail égal, moins d’acide carbonique qu’avant l’entraînement.

l’accoutumance au travail

Dans la préparation des chevaux de course, on attache une grande importance à faire disparaître la graisse , et on sait très bien qu’en diminuant ce tissu on facilite beaucoup la respiration du cheval. Mais les entraîneurs donnent de ce fait une explication de fantaisie : ils prétendent que la graisse « interne » gêne les mouvements du poumon, et qu’en la supprimant on rend le jeu de cet organe plus libre. Cette explication est tout à fait insuffisante. Et d’abord, le poumon est de tous les organes internes le moins sujet à s’infiltrer de tissus graisseux. De plus, l’immunité pour l’essoufflement pendant le travail se produit chez tous les sujets entraînés , même quand ils conservent une certaine quantité de graisse supérieure à celle que portent avec eux les sujets qui n’ont pas encore subi l’entraînement.

En effet, il y a des sujets qui, suivant l’expression des gens de métier, « s’entraînent gras » , c’est-à-dire qui, malgré le travail et malgré la faculté acquise de le supporter, conservent une forte dose de tissus graisseux. Chez ces sujets, une certaine quantité de graisse fait partie constituante de l’organisme, et celui-ci ne peut là perdre qu’à la condition de perdre en même temps une partie de sa résistance. Ce fait est très connu des hommes de cheval, et il est signalé dans l’ouvrage très estimé de Stonehenge sur l’entraînement du cheval de course. Il y a beaucoup de chevaux susceptibles d’acquérir la vitesse et la puissance de souffle sans perdre leur embonpoint aussi complètement que les autres.

Quand on fréquente les réunions d’hommes adonnés à la gymnastique, on voit qu’il en est de l’espèce humaine comme de l’espèce chevaline , et il n’est pas très rare de rencontrer des gymnasiarques très agiles et même des coureurs de profession qui présentent à la fois un embonpoint très appréciable et une respiration très libre et très résistante à l’essoufflement. A côté de ces sujets, on voit tous les jours des hommes qui font peu de volume, ont à peine sous la peau quelques millimètres de tissus graisseux, et s’essoufflent cependant, — n’étant pas entraînés, — incomparablement plus vite que les sujets restés gros et gras après l’entraînement.

Si la graisse ne gênait que par son volume, il n’en serait pas ainsi ; mais elle gêne surtout par la facilité avec laquelle elle cède au mouvement de désassimilation, ou, en d’autres termes, par la facilité avec laquelle elle brûle pendant le travial. Or, toute giaisse ne brûle pas avec la même facilité. Chez certains tempéraments, la graisse fait partie intégrante de la structure des organes : elle est

(JIÎAISSK Dt; RÉSERVE ET GRAISSE DE CONSTITUTION

un tissu constitutionnel , elle a pour ainsi dire droit de cité au milieu des éléments anatomiques qu’elle accompagne. Chez certains autres, au contraire, la maigreur est l’attribut dominant du tempérament, et toute la graisse qu’on y trouve est un élément surajouté, ne faisant partie de la constitution qu’à titre provisoire, et destiné, par conséquent, à disparaître avec la plus grande facilité. Chez les uns, la graisse est un tissu « de constitution »; chez les autres, elle n’est qu’une réserve^ une provision destinée à être consommée à la première demande de l’organisme.

Il est donc contraire aux faits d’observation de parler de « graisse interne » qui disparaît et de « graisse externe » qui persiste. La graisse se distribue également sur tout l’organisme; et si une cause, telle que le travailla fait diminuer, ce sont les parties qui travaillent le plus qui maigrissent les premières.

Quand on observe des hommes obèses faisant de l’escrime pour maigrir, on voit que chez eux la graisse interne est loin de diminuer la première ; l’abdomen est la région qui garde avec le plus de ténacité sa provision graisseuse. Rien de plus disgracieux que la forme du corps à cette période ingrate pendant laquelle l’obèse diminue des bras, des pectoraux et des jambes et n’a encore rien perdu de son ventre. Les régions que l’escrime a fait travailler ont perdu leur embonpoint; les bras et les jambes paraissent grêles, et la poitrine, qui s’est desséchée sous l’influence du travail des muscles pectoraux, paraît serrée et rentrée par comparaison avec l’abdomen resté aussi volumineux qu’au début de l’exercice. Ce n’est qu’en persistant quelques semaines encore dans son exercice que l’obèse obtient, — ce qu’il ambitionnait avant tout, — de perdre son ventre. Or, la respiration est devenue facile et l’essoufllement a diminué longtemps avant la disparition de ces masses graisseuses de l’abdomen, dont la persistance doit singulièrement gêner le mouvement du poumon quand il se dilate dans le sens vertical.

La diminution de l’essoufflement, chez l’homme ou chez le cheval qu’on entraîne , tient bien moins à la liberté plus grande du poumon par diminution de la graisse qui l’avoisine, qu’à la moindre production de l’acide carbonique par suite de la disparition des provisions des tissus combustibles qui donnaient naissance à une trop grande quantité de ce gaz.

Les sujets habitués au travail de vitesse acquièrent très vite la faculté de ne pas s’essouffler, parce que le travail de vitesse est celui qui faille plus promptement disparaître les tissus graisseux.

F. Lagrange.

l’accoutumance au travail

La combustion des tissus graisseux par le fait même du travail explique d’une manière satisfaisante pourquoi la pratique de l’exercice musculaire diminue la tendance de l’homme à s’essouffler. L’homme entraîné n’a plus dans son organisme les éléments capables de produire cette surabondance d’acide carbonique cause de la gêne respiratoire excessive qu’il éprouvait avant de s’habituer à l’exercice. La disparition de ces tissus riches en hydrogène explique aussi la moindre tendance de l’homme entraîné à transpirer. La sueur est composée en majeure partio d’eau, et l’oxydation d’un élément riche en hydrogène devait tendre à donner naissance à un excès de sécrétion aqueuse.

L’essoufflement n’est pas la seule forme de la fatigue, de même que les graisses ne sont pas les seuls tissus de réserve. Il se produit, par le travail, des déchets de combustion azotés qui ne peuvent dériver des tissus hydrocarbonés. Il y a parmi les tissus de réserve des éléments albuminoïdes, et c’est d’eux que dérivent les substances azotées excrétées par l’urine et qu’on voit diminuer quand l’organisme a été soumis depuis longtemps à la pratique assidue de l’exercice musculaire.

Ces tissus ont, dans la production de la Courbature, le même rôle qui appartient à la graisse dans la production de l’essoufflement. Le tissu graisseux, en se brûlant, donne naissance à de l’acide carbonique et autres produits riches en carbone et en hydrogène; les tissus azotés produisent, en subissant les combustions, toute une série de composés riches en azote, dont l’acide urique et les diverses substances extractives sont les types. Selon nous , — et nous espérons l’avoir démontré par des arguments suffisamment probants (1), — les déchets azotés de combustion qui se forment pendant le travail et séjournent dans le sang à sa suite sont la cause des malaises généraux, fébriles ou non fébriles, qui constituent la fatigue consécutive ou Courbature.

Chez l’homme accoutumé au travail, les malaises consécutifs de l’exercice ne se produisent pas. C’est là un des résultats les plus frappants de l’entraînement, et ce résultat serait tout à fait inexplicable si on n’admettait pas que l’exercice journalier fait disparaître du corps l’élément organique auquel sont dus les phénomènes de la fatigue consécutive. Cet élément, selon nous, c’est la réserve azotée que renferment les muscles. Nous pensons

(1) Voir pages 118 et suivantes.

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