MODIFICATIONS DES FACULTÉS PSYCHIQUES
Et pourtant il est incontestable que certaines facultés de l’arne entrent en jeu dans l’exercice du corps, pour exciter la cc-ntraction des muscles et pour coordonner les mouvements; il est incontestable aussi que ces facultés se perfectionnent et se développent par l’exercice physique.
Les facultés qui président à la coordination des mouvements se développent par l’exécution des exercices difficiles, et leur per fectionnement dote le sujet de la qualité qu’on appelle l'adresse.
La faculté qui ordonne au muscle d’agir et lui fournit l’excitation indispensable à son entrée en contraction s’appelle la Volonté; elle se développe aussi et se perfectionne par l’usage répété qu’on en fait. Elle manifeste sa supériorité acquise, dans la sphère du mouvement, par une plus grande persistance de l’effort, par une plus grande ténacité dans l’acte musculaire. Le sujet qui, chaque jour, au mépris des souffrances diverses de la fatigue, soutient des efforts musculaires énergiques et prolongés , acquiert une aptitude plus grande à vouloir, et de cette aptitude résultent certaines modifications très frappantes dans ses dispositions morales. L’accoutumance au travail donne à l’homme une plus grande énergie de la volonté considérée comme force motrice , et de cette modification d’ordre moral autant que d’ordre matériel résulte une forme particulière de courage, qu’on pourrait appeler le Courage Physique.
Le courage physique augmente manifestement chez l’homme par la pratique des exercices musculaires. C’est presque exclusivement chez les hommes livrés à des travaux pénibles ou adonnés à des exercices violents qu'on observe des traits d’audace ou des actes d’énergie. — Si l’on voit, dans une rue, un passant se jeter à la tête d’un cheval emporté ou chercher à arrêter un malfaiteur dangereux, on peut parier presque à coup sûr que cet homme est un ouvrier habitué à de durs travaux ou un sportsman rompu aux exercices physiques. — La pratique des travaux musculaires et l’hahitude des exercices du corps disposent l’homme à hraver le danger matériel sous toutes ses formes,
La preuve la plus remarquable du développement du courage physique par le fait de l’accoutumance au travail nous est fournie par le spectacle , assez fréquent en Angleterre , des combats de boxe. La préparation des boxeurs est, de toutes les formes de l’entraînement, celle qui exige l’accoutumance la plus complète du corps à l’activité musculaire poussée aux limites extrêmes. Mais en même temps qu’il acquiert la résistance à la fatigue et
l’accoutumance au travail
l’augmentation de force, résultats ordinaires de l’accoutumance au travail, le boxeur gagne aussi une énergie de volonté, une ténacité dans la lutte qui passent toute croyance.
« Dans une lutte restée célèbre entre les boxeurs Maffey et « Macarthey, qui dura quatre heures quarante-cinq minutes, l’un « d’eux tomba étourdi cent quatre-vingt-seize fois avant de con- « sentir à s’avouer vaincu (1). » — Dans un autre combat,l’un des champions reçut dès la première passe un coup de poing qui lui brisa le bras gauche. Il fit soutenir par une écharpe son membre fracturé, et soutint l’assaut pendant cinq quarts d’heure encore, jusqu’au moment où un dernier coup le laissant plusieurs minutes sans connaissance le força à s’avouer vaincu.
Cette incroyable force de volonté qui le fait rester ferme devant des coups si terribles, le boxeur ne la puise pas dans la colère. C’est un axiome de pugilat qu ’ « un boxeur qui ne sourit plus est un boxeur vaincu (2)». Quand le rictus de la rage vient remplacer le sourire sur les lèvres d’un des champions, les parieurs expérimentés l’abandonnent et son adversaire devient le favori. C’est l’entraînement seul, c’est-à-dire l’accoutumance aux efforts musculaires violents et prolongés qui donne une si surprenante énergie à ces hommes que Royer-Collard déclarait « si différents des autres hommes ».
(1) Royer-Gollaud, loc. cit.
(2) Leboucueb Manuel de boxe,