PERFECTIONNEMENT DES FONCTIONS D’INNEHVATION
cérébrale pour actionner le muscle , chaque fois que la volonté commande , doit influencer la nutrition de cette portion du cerveau, aussi bien que la contraction influence la nutrition du muscle.
Les modifications de la cellule cérébrale motrice, sous l’influence du travail musculaire , n’ont pas encore été constatées de visu, et l’observation n’a pas encore donné une confirmation directe à ces vues de l’esprit, qui semblent légitimes quand on raisonne par analogie. Pourtant une observation, au moins, a été recueillie, qui peut servir de preuve indirecte à cette hypothèse. C’est l’observation citée par le docteur Luys dans son livre sur le Cerveau et prouvant qu’à la suite de la perte de la fonction d’un membre, certaines parties de la substance grise du cerveau subissaient une atrophie, due au défaut d’action des cellules motrices. Si le défaut d’action peut atrophier les cellules qui président à certains mouvements, on ne peut se refuser à admettre que leur mise en activité fréquente doit tendre à leur donner du développement.
11 est donc probable que certaines portions du cerveau qui président au mouvement volontaire se développent par l’exercice musculaire, comme certaines autres parties de cet organe, chargées d’exécuter les opérations de l’esprit, se développent par le travail intellectuel. Certaines portions du système nerveux font partie des organes du mouvement, et nous ne pouvons croire que la loi toujours vérifiée ; la fonction fait V organe, ne soit pas vraie pour les éléments nerveux aussi bien que pour les autres éléments associés au travail.
Les modifications matérielles subies par le cerveau, sous l’influence du travail, s’étendent, selon toute probabilité, à la moelle épinière et aux nerfs moteurs.
Le nerf moteur conduit au muscle l’ordre de la volonté, mais nous avons vu (1) que les excitations qui traversent le cordon nerveux s’amplifient en passant à travers ses fibres, ainsi que l’a établi Pfluger en formulant sa loi de V avalanche. Le nerf est un appareil de renforcement, en même temps qu’un organe conducteur. Il y a tout lieu de croire qu'une modification moléculaire encore inconnue augmente son pouvoir amplifiant et permet ainsi à un effort de volonté plus modéré de faire contracter le muscle avec une énergie plus grande. En tout cas, l’homme habitué à mouvoir scs muscles semble en obtenir, sans effort, un travail
(1) !»• partie, chapitre I.
l’accoutumance au travail
beaucoup plus considérable, et cela sans que l’augmentation des fibres musculaires soit suffisante pour expliquer la facilité plus grande avec laquelle elles se contractent. Le nerf semble transformer une excitation modérée qui le traverse en une excitation énergique, et l’homme habitué au travail exécute, sans effort de la volonté, des mouvements qui lui coûtaient auparavant une tension volontaire excessive.
Quant à la moelle épinière, elle acquiert, par le fait du travail, des aptitudes qui ne pourraient se comprendre sans une modifîcation organique concomitante; elle garde la mémoire des mouvements souvent répétés, et l’on peut voir, chez un animal privé du cerveau, s’exécuter automatiquement des actes musculaires compliqués, tels que la marche, dans lesquels la volonté consciente n’intervient plus. La mémoire de la moelle épinière est d’un grand secours dans l’exécution de certains mouvements demandant une coordination rapide. La faculté d’automatisme acquise par l’exercice de tous les jours nous vient en aide à chaque instant dans l’exécution des mouvements difficiles et rapides. En escrime, par exemple, bien des parades souvent exécutées sont devenues automatiques et se font avec une telle vitesse, que nous n’aurions pas le temps d’en coordonner successivement tous les mouvements. Comment la moelle épinière aurait-elle la faculté de reproduire automatiquement, et sans l’aide consciente du cerveau, un mouvement très compliqué, si l’exécution répétée de ce mouvement n’avait imprimé dans les tissus nerveux qui le provoquent des modifications persistantes ?
Trouvera-t-on étrange d’entendre parler d’un mouvement qui laisse son empreinte matérielle dans le tissu nerveux? Mais n’aurait-on pas trouvé étrange, il y a vingt ans, d’entendre dire que la parole articulée à haute voix pût laisser sur une feuille métallique une empreinte capable de la reproduire? Et pourtant le phonographe nous a prouvé que ce phénomène n’était pas une chimère de l’esprit.
Ainsi il est difficile de prouver par des arguments directs que le système nerveux participe aux changements organiques du corps humain, quand celui-ci s’est transformé par le travail. Il sera, sans doute, plus difficile encore de démontrer scientifiquement que les facultés psychiques subissent l’influence de 1 exercice musculaire, et se modifient, par le fait même du travail, dans un sens favorable à l’exécution d’un exercice journellement pratique.