RACES VIVES ET RACES LENTES
la contraction se produit sept millièmes de seconde après l’excitation. La difTérence est encore plus frappante chez le colimaçon, dont le muscle ne se contracte que trois dixièmes de seconde après avoir subi le choc électrique.
Quand on a fréquenté les gymnases et qu’on a observé beaucoup d’hommes faisant de l’exercice, on est frappé de voir quelle différence d’excitabilité présente le muscle, suivant les divers sujets. Chez certains sujets, la rapidité dans les mouvements est pour ainsi dire naturelle, et les exercices de vitesse n’exigent pas un très grand effort; leur fibre musculaire est très excitable. Chez d’autres, au contraire, le muscle, quoique énergique, obéit avec une certaine lenteur à l’ordre de la volonté. Une grande dépense d’influx nerveux est nécessaire pour obtenir un mouvement instantané. Ces différences tiennent souvent à la race, et au premier coup d’œil elles se traduisent à l’extérieur. La vivacité d’allure des Méridionaux contraste avec l’attitude calme des hommes du Nord. Les premiers ont les fibres motrices plus excitables que les autres. Il est curieux de voir ces différences se manifester dans les exercices physiques, et de constater la différence d’aptitudes qui en résulte pour telle ou telle forme du travail. Jamais les Anglais ou les Allemands n’ont pu rivaliser en escrime avec les Français et les Italiens. La boxe anglaise demande surtout la force massive et la résistance ; la boxe française exige, au contraire, de l’agilité et de l’à-propos dans les coups, c’est-à-dire beaucoup de soudaineté de l’attaque et de vitesse dans la riposte.
Un journal de sport nautique mettait récemment en regard les diverses méthodes du rameur appartenant à diverses régions. Nous étions frappé de voir que, dans un concours de régates, les Français donnaient par minute 40 coups d’aviron, et les Hollandais 25 seulement.
La vitesse est donc une qualité du travail qui dépend de deux éléments : l’excitabilité du muscle et la force d’excitation qu’il reçoit.
Les ingénieurs qui passent de la mécanique rationnelle à la mécanique appliquée savent tous quel écart existe entre la théorie et la pratique. Il faut compter, par exemple, dans une construction, avec la différence d’élasticité des divers matériaux employés, avec leur impressionnabilité plus ou moins grande aux influences hygrométriques ou thermométriques. En un mot, les corps ont chacun, outre leur masse, une individualité physique propre qui modifie les conditions dans lesquelles ils reçoivent l’influence des forces.
LES EXERCICES DE VITESSE
De même, chez les êtres vivants, il faut tenir compte des variations de l’excitabilité musculaire, si l’on veut évaluer exactement la somme de force dépensée dans un mouvement. Moins le muscle est excitable, et plus grande doit être la dépense de force nerveuse qui a pour but de hâter son entrée en action. Cette dépense de force n’est pas appréciable par le dynamomètre ; elle s évalue par une autre mesure, par le temps nécessaire à mettre en jeu la contractilité musculaire. Cette dépense n’est pas, en réalité , subie par le muscle , mais plutôt par l’agent qui l’excite , agent très mal connu et que nous appellerons, faute d’un mot plus exact, du nom d'influx nerveux.
De i intervention très active du système nerveux dans l’exercice de vitesse dérivent certains résultats hygiéniques d’une grande importance.
A la suite d’un exercice nécessitant la répétition fréquente des mouvements, la fatigue ressentie est plus pénible que celle qui résulte d’un travail plus intense mais exécuté à l’aide de mouvements lents. La fatigue qui suit un exercice de vitesse ne ressemble pas à celle qu’on éprouve après un exercice de force. Sous l’influence d’une contraction musculaire intense mais lente et prolongée, la fatigue est surtout ressentie par le muscle. Les membres sont las, ils sont aussi congestionnés; le sang y afflue et les gonfle. C’est que la fibre musculaire a été l’agent essentiel et le facteur à peu près unique du travail. Après des mouvements représentant une petite dépense de force, mais exécutés avec une très grande vitesse , on éprouve une fatigue qui rappelle la sensation d’un ébranlement nerveux d’ordre moral.
Au lieu de cette lassitude qui invite franchement au repos , et qui constitue un véritable bien-être après une grande somme de travail tranquillement exécuté, on ressent, après l’exercice de vitesse, une sorte d’épuisement accompagné d’excitabilité nerveuse : on éprouve une impression d’énervement, caractérisée soit par de l’accablement, soit au contraire par de l’excitation, ou bien par un état d’impressionnabilité. L’expression de « fatigue nerveuse » donne bien l’idée de ce genre de malaise que se rappelleront aisément ceux auxquels il est arrivé de prolonger outre mesure un exercice de vitesse. On peut dire d’une manière générale que la fatigue laissée par les exercices de vitesse n’est pas réparatrice. Elle invite moins franchement au sommeil et excite moins l’appétit que celle qui résulte d’une lente dépense de force.
La grande dépense d’influx nerveux que nécessitent les exer-