‹ Physiologie des passions (volume 2)Chapitre 14 sur 40 · DÉFINITION DE LA PASSION · texte numérisé non relu

DÉFINITION DE LA PASSION

Nous n*en finirions pas si nous prenions à tâche de repro» duire ici toutes les définitions que les philosophes, les théologiens, les moralistes, les médecins^ ont à Tenvi les uns des autres données de la passion. Parmi les plus raisonnables, qui sont en petit nombre, je citerai celle du docteur Descuret, qui nomme les passions des besoins déréglés: celle de Bergier, qui dit : « Nous appelons passions les inclinations ou les penchants de la nature poussés à l'excès, parce que rhomme est purement passif lorsqu'il les éprouve. » La définition qu'en donne Broussais dans son beau livre De Virritation et de la folie, est bien plus complète : « On trouve, dit-il, dans les passions un besoin instinctif qui sollicite l'in- tellect et un travail perpétuel de ce dernier, qui calcule tous les moyens de le satisfaire. »

Le besoin, c'est-à-dire l'impulsion organique sentie qui constitue la base de la passion, peut toujours se rapporter aux trois grands groupes de besoins nutritifs, sensilifs^ cérébraux que nous avons étudiés ; mais pour mériter le nom de passion il faut qu'il soit exalté ou modifié, soit par une organisation spéciale, par ce que les médecins ont barbarement appelé une idiosyncrasie, ou bien par l'éducation, Thabitude, etc. C'est h ces formes anormales de besoins exagérés et devenus le pivot de l'existence qu'il faut réserver le nom de passion.

Pour Descartes, la passion n'est au fond et dans sa cause la plus prochaine que l'agitalJon dont les esprits meuvent la petite glande qui est au milieu du cerveau (glande pinéale). Par respect pour les mânes du grand .douteur, nous ne nous occuperons pas davantage de la glande pinéale, des esprits et de leurs écarts pernicieux.

Revenons à une définition moins romantique Nous avons vu que l'homme est doué d'impressionnabililé, l'un des modes les plus importants de la conscience, que celte impressionnabilité sert à lui faire sentir ses besoins, lesquels ne sont que les voix entendues des organes demandant à vivre, que ces besoins formulés dans la conscience deviennent des désirs. Cette série de phénomènes constitue te \eu t^\Kv«c ^ w^\\&:^

de la vie psychologique ; mais que par Teffet de rorgaoisatioa 00 de rhabitude, an besoin prime tous les autres, prenne une forme nouvelle et engendre un désir énergique et durable comme lui, il est devenu passion.

Passion, c'est-à-^ire désir violent et durable^ dominof^t en roi tout Vêtre cérébral.

Ce que nous avons dit dans les chapitres précédents nous dispense de donner ici les différences qui distinguent la pas-» sion des impressions, des désirs simples, des émotions, faits cérébraux avec lesquels on Ta jusqu'Ici presque toujours confondue^ à ce point que dans un livre tout moderne un auteur estimé nous a donné une liste en trois colonnes des passions principales, liste qu*il dit avoir empruntée à Platon, Aristote, Cicéron, Descartes, Hobbes, etc., et où Ton trouve l'admiration, Tangoisse, l'allégresse, Taudace, le deuil, la discorde, l'estime, la faveur, la bonté, l'irrésolution, les lamen-* talions, les pleurs, la sécurité, le saisissement, etc. (1), une mosaïque disparate.

La base de la passion c'est le désir, et les caractéristiques du désir passionné sont la violence et la durée.

De la définition précédente, il résulte qu'un dénombrement complet des passions est impossible. Tout désir peut grandir jusqu'à la passion, et qui pourrait compter les désirs de l'homme 7 Cela fût-il possible aujourd'hui pour nous Gaucasiques, que dans cent ans il faudrait changer toute la liste, et qu'aujourd'hui même il faudrait un dénombrement spécial pour chaque race, même pour chaque peuple. Mais si nous ne pouvons cataloguer les passions, nous pouvons facilement les classer, et cette classification sera simplement la reproduction de celle des besoins, des impressions, des émotions, éléments primordiaux de la passion. Nous pouvons donc grouper sous trois chefs toutes les passions humaines, et Ici

(i) lÀXvX, Physiologie de la pensée.

PASSIONS ffUTRITITES. 87

nous sommes certains d'être d'accord avec le passé et l'avenir et de tracer un cadre applicable à toutes les races d'hommes sous tontes les latitudes.

L'homme a des passions nutritives, des passions sensitives et des passions cérébrales.

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