DE LA VIE
t II faudrait, disait le grand Linné, définir la vie avant de raisonner sur Pâme, mais c*est ce que j*cstime impos^ 8ihle. » Les frontières de l'impossible n*ontjamais été filées; et qui oserait aujourd'hui jeter à la science le veto par lequel Jéhovah enchaîne les flots, le t Tu n*iras pas plus loin n de la Bible?
La vie au sein d*un élément isolé ou d*un être organisé monocellulaire se peut définir un double mouvecneutd'^^&v*
ISTOPBNBÀU, V
2 DE LA VjK ET DES ntSOlM^,
milation et dedésassimilation, dont les lois de Tendosmose et de Texosmose régissent les conditions principales.
Au lieu d'une cellule simple, isolée, supposons un groupe de cellules semblables eulre elles et juxlaposées, nous aurons un de ces êtres polycellulaires rudimentaires qui occupent les plus humbles échelons des règnes organisés. Telles sont les paramécies; telles sont encore les opalines des inlesiins de la grenouille (lui sont constituées par un groupe de cellules toutes semblables entre elles, renfermées dans une membrane munie de cils vibratiles à Taide desquels se meut Tanimal. Ici le lien fédératif est encore très-faible. Chaque cellule emprunte au milieu ambiant les matériaux qui lui conviennent, et restitue à ce même milieu ce qui lui est devenu inutile ou nuisible. Tout au plus y a-t-il un liquide intercellulaire tenant momentanément en dissolution les matériaux alimentaires ou excrémentaires des cellules.
C'est une pure affaire d'endosmose et d'exosmose, un double courant d'échanges matériels à travers la paroi cellulaire, courant soumis exactement comme dans un appareil de physique aux conséquences de la variation des densités.
Rien donc de mystérieux dans ce mouvement nutritif qui est l'acte vital par excellence. Dutrochet et Graham ont provoqué et étudié cent fois dans leurs appareils de physique des faits analogues; et la seule grande différence entre les phénomènes endosmotiques qu'étudie la physique et les actes nutritifs intimes se réduit à des modifications dans la composition chimique des corps en présence.
Le liquide expulsé par la cellule ou la fibre élémentaire diffère chimiquement de celui qu'elle absorbe : ainsi les éléments des tissus propres aux êtres organisés complexes, et dont nous dirons plus loin quelques mots, par exemple la fibre musculaire, organe du mouvement, la cellule cérébrale, organe de la pensée, transforment les matériaux nutritifs, fibrine, albumine ou plasmine que leur apporte le torrent sanguin, en d'autres produits albuminoîdes dénommés créatine, créatinine et dus à une oxydation, à une combustion imparfaites.
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Quelle simplicité au fond de ce que Ton a si longtemps appelé riusondable mystère de la vie! C'est un double mouvement d'assimilation et de désassimilation au sein d'un élément anaiomique microscopique, que cet élément soit un globule sans paroi apparente, conmie il arrive souvent chez les animaux complexes, ou une simple cavité close, fibre ou cellule, ce qui est presque la règle chez les végétaux.
Le mystérieux n'est que l'inconnu du présent, destiné le plus souvent à être connu dans l'avenir. Mais arrivons à l'examen rapide de la vie chez les êtres supérieurs.
Chez l'être complexe, surtout chez l'animal supérieur et chez l'homme, dont nous devons seulement nous occuper, les phénomènes intimes de la vie sont identiquement les mêmes ( 1 ), mais ils ont besoin pour s'effectuer d'appareils organiques spéciaux; la fédération est plus étroite, il y a même des tendances monarchiques, et les éléments, doués de formes variées, se groupent pour constituer des tissus, des appareils, des organes qui tous dépendent les uns des autres, qui tous possèdent les grandes propriétés vitales sans lesquelles la vie ne peut exister, mais en outre sont spécialement chargés de telle ou telle fonction particulière utile à la communauté.
Ainsi, pour que chacun des éléments nombreux dont l'ensemble constitue l'animal supérieur ou l'homme soit en rapport assez intime avec le monde extérieur où il doit puiser les matériaux indispensables à son existence, le liquide intercellulaire ne suffît plus, et il est besoin d'un système compliqué de canaux, de vaisseaux ramifiés reliant ensemble toutes les parties de l'animal, et dont le rôle est de contenir et de faire rapidement circuler un liquide énergiquement appelé par Bordeu de la chair coulante, le sang. Ce précieux liquide est, selon l'heureuse idée de Cl. Bernard, un vrai milieu, un milieu physiologique pour les éléments. Il est pour eux ce
(1) Avec cette différence, selon M. Ch. Robin, que les cléments, au lieu de se reproduire par segmentation ou bourgeonnement, se multiplient par genèse spontanée dans le blastème intermédiaire aux éléments.
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qu*est pour certains êtres organisés rudimentaircs Teau dans laquelle ils naissent, vivent et meurent. Sa fonction est d'apporter, soit aux éléments eux-mêmes^ soit à leur liquide inlercelluiaire, les aliments de la vie, et de reprendre en même temps les résidus inutiles ou nuisibles que des organes glandulaires spéciaux se chargent d'éliminer hoi^ des frontières de la république.
Deux autres grands systèmes organiques sont les serviteurs de la circulation : ce sont le système digestif, qui, après avoir élaboré les futurs matériaux de l'absorption, les aliments, les livre au système circulatoire véhiculaire , et le système respiratoire, dont la fonction est de favoriser l'entrée de l'oxygène vivifiant dans le sang où les globules le boivent, l'emmagasinent et le charrient jusqu'aux tissus. £n même temps, et par un mécanisme analogue, ce système sert d^ëmonctoire gazeux, et il élimine les gaz impropres à la nutrition.
On sait que la peau agit aussi à la manière de la muqueuse pulmonaire, qui n'en est, à vrai dire, qu'un diverticule.
Dans tout cela il n'y a encore que des actes physiques ou chimiques, et rien pour la vie de conscience. Mais, pour former ces grands appareils, la cellule élémentaire a subi bien des métamorphoses; elle s'est modifiée en tissus multiples, musculaire, fibreux, glandulaire, etc., dont les éléments conservent bien encore une vie individuelle, mais entre lesquels il y a aussi une intime solidarité. Car, outre les grands systèmes dont j'ai parlé, il en est un autre exerçant spécialement un pouvoir uniteur, modérateur et régulateur des actes nombreux de la vie : c'est le système nerveux, constitué par un tissu spécial, le tissu nerveux. Ici il n'y a plus seulement comme dans les systèmes circulatoire, digestif et respiratoire» de grossiers échanges, de purs transports de matériaux; la fonction du système nerveux est surtout dynamique et gouvernementale. Il est, en outre, le théâtre et l'organe de la vie psychologique; c'est à lui seul que la méthode scientifique nous oblige à rapporter tout ce que les psychologues et
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les métaphysiciens ont attribué à une entiié abstraite, Fâine. Les principales propriétés du tissu nerveux sont, en dehors de son influence indirecte sur la vie nutritive, la motilité^ ou propriété de transmettre aux muscles des excitations, puis la sensiôilitéj V impremonnabilité et la pensée^ dont nous aurons spécialement à nous occuper.
Avec un système nerveux complet, Têtrc organisé est pourvu de la vie de conscience. Il sent dans une certaine mesure les actes organiques qui s'accomplissent en lui, et il peut intervenir volontairement, soit pour gêner, soit pour favoriser certains d'entre eux.
Sans le système nerveux, l'être organisé n'a que des fonctions s'exerçant fatalement et insciemmcnt sous l'influence des grandes lois de la matière; avec un système nerveux complet, il a des besoins ^ c'est-à-dire la conscience de certaines tendances organiques nécessaires ; il entend le cri des organes demandant à vivre, et voici la définition du besoin : C*est une tendance organique sentie qui, psycbiqacment, cérébralement,chez l'homme, se formule en d'inéluctables impulsions, en désirs dont la conséquence est une impression de plaisir ou une impression de douleur, suivant que révolution organique nécessaire h la vie est facilitée ou entravée.
De celte définition résulte que le dénombrement des besoins doit être calqué sur celui des fonctions ; mais comme pour nous le besoin se compose de deux éléments, la tendance organique et son écho dans les contres nerveux sous forme de désir, il y aura besoin là seulement où la conscience et la volonté pourrout intervenir.
Si nous avions conscience de tous les actes vitaux qui s'accomplissent dans notre organisme^ si nous pouvions à volonté en modifier le cours, il y aurait autant de besoins que d'organes, que de tissus, que d'éléments, puisque le mouvement, l'action incessante, sont les conditions d'existence de la matière organisée ; mais un grand nombre de ces actes sont en dehors de la vie de conscience, et nous ignorons les actes vitaux les plus intimes. De même qu'avant l'apparition des centres nerveux, les actes vitaux pnmvXits, c^\V\i\a\t^^
s'accoropiisHent insciemment, ainsi cliez Tôtre complet mani de Tarbre nerveux, ces phénomènes essentiels, quoiqu'ils soient la base de l'être, ont lieu sans éveiller de perception centrale. Les éléments absorbent, sécrètent, se multiplient, vieillissent et meurent; les hémisphères cérébraux n'en savent rien, et irîressainment des milliers d'actes viiaux de valeur primordiale échappent à lenr contrôle. Bien-être, mal être, force, faiblisse, voilà les seuls contre-coups céré- ; braiix des actes intimes de la nutrition.
Mais ie jeu des appareils spéciaux secondaires, existant chez riioinme et l'animal complet, est en rapport beaucoup plus j étroit avec les r enires nerveux, et il y a autant de besoins et quelquefois de groupes de besoirjs que do grandes fonctions physiologiques. De plus, chaque organe, chaque tissu spécial devani nécessairenient vivre conformément à son organisation, il en résulte une série de besoins secondaires bien distincts, mais moins tyranniques que les besoins liés à la nutrition.
On peut donc diviser les besoins en trois classes :
Îde circulation, de digestion, de respiration, i Besoin voluptueux.
2» Besoins sensilifs | Besoin d'exeroer les sens n
( spéciaux.
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