ÉTUDE ANALYTIQUE DES BESOINS
natare. De même que dans le spectre solaire les coaleurs fondamentales passent de l'une à l'autre par nuances tellement insensibles, qu'il est itnpossible de tracer exactement la ligne de démarcation entre le rouge et l'orangé, l'orangé et le jaone« le jaune et le vert, etc.; de même dans le monde, même dans le monde des êtres concrets, complets, chaque fait se rapproche du fait voisin, qui cependant en diiïère. D'où la difficulté des classi&cations, même en histoire naturelle, et à plus forte raison quand il s'agit de classer des faits, des actes aussi peu tranchés que les faits cérébraux. Forcément alors nos grossières divisions font abstraaion des nuances qui seules cependant reflètent la vérité.
Ainsi j'ai défîni le besoin une tendance organique sentie, un acte physiologique dont on a conscience ; mais si nous cherchons ces deux éléments dans chacun des besoins Ggurant dans ma classification, nous ne les y trouverons pas toujours avec une égaie évidence, ce qui tient en partie au vague de certains faits cérébraux, en partie à l'imperfection des connaissances physiologiques.
Ainsi le besoin de respiration (j'omets comme exceptionnel le besoin de circulation) existe évidemment comme tendance physiologique, mais sa forme cérébrale est à peine prononcée, ce n'est guère qu'un malaise général ; c'est qu'en effet les deux grandes fonctions circulatoire et respiratoire sont presque indépendantes de la volonté et intimement liées à la vie nutritive, végétative.
Au contraire, dans le besoin de digestion, les deux éléments sont bien évidents, bien tranchés. L'animal supérieur et l'honmie doivent, sous peine de mort, s'assimiler périodiquement de nouveaux matériaux, et ici le contre coup cérébral, le désir, est nettement accentué : c'est la faim ou la soif. Faits cérébraux indispensables à la conservation des êtres organisés complexes, surtout du vertébré supérieur, qui doit chercher, conquérir ses aliments en consacrant à cette besogne toutes ses forces physiques et intellectuelles. Combien mieux doués sous ce rapport les végétaux el cetVm^vxkvoi^v^T.
inférieure, qui s'assimilent directement-, presque par irabibi* lion, les éléments du milieu ambiant.
Parmi les besoins sensitifs, le besoin voluptueux est aussi complet, aussi facilement analysable que le besoin digestif. Les autres besoins sensitifs, besoins de sensations gustatives, auditives, visuelles, etc. , sont, chez la plupart des hommes, peu énergiques ; chez quelques-uns cependant, comme nous le verrons plus loin, ils ont vraiment le caractère exigeant du besoin, mais alors même la tendance orpianique est faible ou difficilement démontrable. Ainsi la physiologie nous explique bien comment l'œil voit, comment l'oreille entend, mais elle ne nous apprend pas que les nerfe de ces sens spéciaux doivent nécessairement, et à peine de dommage pour l'individu, vibrer sous l'influence des ondes lumineuses ou auditives; cependant le fait bien connu de la cécité chez les animaux des cavernes prouve suffisamment que le défaut prolongé d'action de l'œil a pour conséquence l'atrophie du nerf op* tique, et certains faits pathologiques, sur lesquels je reviendrai, semblent établir que chez l'homme l'inaction prolongée de l'œil entraîne parfois le trouble ou la perte des facultés intellectuelles.
Tout organe normalement constitué doit agir^ et toute action organique est nécessairement liée à un mouvement matérieL Cette grande loi physiologique seule nous autorise à conclure que les besoins cérébraux moraux et intellectuels sont nécessairement liés à une tendance organique que la science n'a pas encore précisée (1) ; mais le fait de conscience, le désir, est bien net, bien déterminé. Tout homme complet a besoin d'éprouver des affections, des émotions morales, comme il a besoin de combiner des idées. Tous ces actes répon-
(1) On sait pour quelle proportion considérable entre le phosphore dans la composition chimique du tissu nerveux; or, diverses observations tendent à prouver que toute surexcitation cérébrale normale ou pathologique coïncide avec l'apparition plus abondante de phosphates alcalins dans l'urine.
(Beale, Dépôts urinaires et urines,)