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CHAPITRE II

DES TEMPÉRAMENTS ET DE LiSUR INFLUENCE SUR LA PASSION.

Dans son beau Traité de la pathologie cellulaire yWvchovf admet, autour de chacune des unités dont la somme compose le corps humain , un territoire cellulaire, une zone d'action. Il s'en tient là ; mais il est évident, par suite, qu'un groupe de cellules juxtaposées et analogues doit exercer une action collective, fédérativc, représeniant la somme des énergies partielles et rayonnant au loin sur les autres groupes. Tous les tissus doivent donc réagir les uns sur les autres.

Mais chez les animaux supérieurs, un tissu surtout est doué d'une grande puissance d'action, c'est le tissu nerveux, Gbres

(1) Gall, t. VI, p. 8.

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el cellules. A leur tour, aussi, les autres tissus réagissent sur lui ; mais dans Tétat normal ils subissent ordinairement son joug. Aussi, pour le pathologiste, le physiologiste et surtout le psychologiste^ ce tissu qui centralise la force vitale est de beaucoup le plus important à étudier, puisqu'il est dans son noyau principal le siège des phénomènes de conscience, Torgane des fauités. Car la vieille énigme de Tâme se débrouille de plus en plus. Déjà nous pouvons, avec le docteur Luys (1), suivre les sensations, les impressions nutritives et sensitives depuis leur origine, qui est l'incitation d'une ou de plusieurs des innombrables fibrilles nerveuses périphériques jusqu'au réseau des cellules conscientes, multipolaires, toutes reliées entre elles et avec le reste du système nerveux, et formant la couche grise corticale des replis externes du cerveau. Nous voyons ces incitations, modifiées pendant leur trajet par des centres cellulaires secondaires, notamment par un grand récepteur commun intermédiaire (couches optiques), aboutir enfin aux plus petites cellules de la substance grise, cellules analogues aux cellules sensitives de la moelle et probablement le siège de la sensibilité consciente. Puis l'incitation, traversant le réseau cellulaire, arrive enfin aux plus grosses cellules multipolaires, analogues aux cellules motrices de la moelle et siège probable des volitions, pour de là rayonner le long des fibres efférentes vers les muscles, en rencontrant aussi sur leur trajet un récepteur commun spécial (corps striés). Il ne reste plus qu'à subdiviser les cellules corticales. Car il est indispensable qu'il y ait entre les petites cellules de la sensibilité consciente et les grosses cellules dites des volitions, un appareil cellulaire vraiment centralisateur au sein duquel s'opèrent les actes intellectuels. On est porté à attribuer ce rôle aux cellules corticales intermédiaires par leur position et leur volume, et reliant les petites aux grosses cellules.

Pour la psychologie positive, qui tâche de ne jamais perdre de vue les rapports du physique et du moral, de l'agent et de l'acte, le tissu nerveux est donc le tissu par excellence;

(1) Loc. cit.

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et, |)Our connaître le tempérament d'un homme, c'est-à-dire l'énergie de son ressort vital; pour jauger môme sa valeur individuelle, idiosyncrasique, il suffirait de pouvoir mesurer exactement chez lui la puissance nerveuse dans ses divers modes d'action et de réaction, en la combinant avec la notion du volume des centres nerveux.

Un jour, la science, munie de ces indispensables notions, |)ourra rédiger exactement le code des lois vitales et cérébrales ; mais aujourd'hui, l'imperfection de nos connaissances nous oblige à ne faire sur cet important sujet que des inductions hésitantes, basées sur des faits particuliers, sur des caractères grossièrement apparents. Cependant, ces vues ébauchées nous permettent àé}h de répondre tant bien que mal et approximativement à quelques importantes questions que je vais passer en revue.

Y a-t-il des caractères moraux assez tranchés et assez analogues, chez les individus et les races, pour permettre une classification des hommes (je dis des hommes blancs seulement) sur cette seule base?

Depuis Hippocrate jusqu'à nos jours, tous ceux qui ont observé les hommes les ont classés d'après les seules données psychologiques, et, quelles que fussent leurs théories explicatives, presque tous se sont donné la main pour formuler les mêmes conclusions. Faut-il n'y voir que de l'imitation servile, la vieille histoire des moutons de Panurge? Non. Car nous-mêmes, aujourd'hui, n'avons pas besoin de promener longtemps les yeux autour de nous pour reconnaître que, depuis l'origine des sciences anthropologiques, les grands traits moraux de l'homme n'ont guère varié, et, aujourd'hui comme au temps d'Hippocrate, nous voyons quatre types principaux.

1° Des hommes à impresslonnabilité paresseuse, à imagination faible, lents à être émus et ne gardant pas longtemps l'impression morale. Chez eux, tous les actes cérébraux ont un cachet de lenteur extrême. Ne leur demandez pas un

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effort intellectuel, violent, énergique, une grande dépense instantanée de force cérébrale. Mais, s'ils agissent lentement, en revanche, ils n'éprouvent guère de lassitude, d'ennui durable, et ils s'écartent difficilement de la route qu'ils se sont tracée ou qu'on leur a tracée; car rien n'a prise sur eux, et leur plus cruelle ennemie c'est l'apathie de leur nature. Leurs affections sont tièdes. Les grands dévouements, les grandes vertus aussi bien que les grands crimes ne sont pas de leur ressort. Mais, si leur intelligence et leur raison sont bien développées, comme nulle secousse ne les vient troubler, elles jouissent d'une invariable rectitude, et les guident sûrement dans la vie.

Très-faciles à vivre, pourvu qu'on ne les attaque pas, ils n'attaqueront personne; sujets aimés des despotes, ils se conforment toujours aux lois de leur pays, aux exigences sociales, et faisant toujours le strict nécessaire, ils évitent les grands revers et manquent souvent les hautes fortunes.

Leur peu d'excitabilité cérébrale, leur manque de ressort les asservit au sommeil, au besoin de repos.

Le trait dominant de leur caractère étant une faible impressiounabilité, leur nom psychologique doit être : les apathiques,

T D'autres hommes nous offrent des traits diamétralement opposés. Delà tête aux pieds, ils sont impressionnables. Tout les émeut, tout les agite, tout les fait jouir ou souffrir. Chez eux, l'action nerveuse est rapide, énergique; mais cette impressionnabilité, qui jamais ne repose, donne à leur caractère une mobilité excessive. Leurs facultés intellectuelles, même quand elles sont bien développées, ne peuvent se fixer longtemps sur le même sujet. Nulle force d'attention. Une impression chasse l'autre, et la succession ininterrompue des émotions rend l'intelligence presque inutile. Leur imaginalion est ardente. Chez eux, les idées- images ont de la couleur et l'intelligence les groupe facilement; mais presque toujours en obéissant au fouet de la passion actuelle et non à la froide raison.

Les hommes dont je parle sont très capables d'un acte vigoureux, pourvu qu'il soit exécuté promptement, aussitôt

20^ PHYSIOGNOMOME PASSIONNELLE.

après l'cxcilalion ; car celle-ci élant de courte durée, il n'y a aucune suite dans les idées.

N'attendez pas des hommes ainsi doués une série d'efforts énergiques dirigés pendant longtemps vers un même objet : une grande découverte, un œuvre importante. C'est de prime saut qu'il leur faut atteindre le but, et ils y arrivent quelquefois.

Malheur à l'État, à l'entreprise importante qui les aura pour guides; mais si leur inlelligeiice est puissante, ils peuvent avoir du succès dans la littérature poétique, dans les arts, surtout dans la musique ; car aussitôt l'émotion poétique perçue, il n'est pas besoin d'un long effort pour la fixer dans une strophe brillante ou un motif mélodieux. La peinture et la sculpture, qui exigent un long travail pour fixer, matérialiser l'impression, seront moins de leur domaine. Ils s'appelleront plus souvent, s'ils sont remarquablement doués, Mozart et Rossini que Michel-Ange et Le Poussin.

Toutes les parties de leur être sont liées par une étroite sympathie que le plus léger désordre, la plus faible excitalion met en jeu.

Dire qu'ils sont rarement calmes, c'est dire que leur jugement est souvent faux.

Chez eux, les besoins nutritifs ont peu d'énergie, mais ils sont avides d'impressions morales. Ils dorment peu et mal. Les plaisirs de la table les touchent moins que ceux de l'amour.

Je les appellerais volontiers : les sensitifs.

3° La troisième classe se compose d'hommes doués d'une impressionnabilité moins développée que chez les précédents, mais vive encore. L'imagination est généralement ardente et le caractère plus vigoureux, mais inconstant.

L'acte suit rapidement l'ordre de la volonté, la volition des psychologues.

Tous les actes vitaux s'exécutant facilement, il en résulte une grande propension à la gaieté, expression d'un bienêtre permanent. Il y a bien rarement de ces tristesses sans cause apparente, échos d'une nutrition pénible, qui sont si communes chez les sensitifs.

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Les besoins nutritifs sont forts et tyrauniques, d'où une grande propension aux plaisirs de Tamour et de la table.

Les hommes de ce type, étant excitables et ayant conscience de leur vigueur, sont généralement courageux, souvent batailleurs, actifs, entreprenants dans la jeunesse. J'en ferais volontiers des soldats.

Ils dorment comme ils mangent, comme ils boivent, beaucoup et facilement.

Leur vie morale est moins active que celle des précédents ; mais ils ont plus de persévérance, quoique ce soit rarement chez eux la qualité dominante. Us sont violents, irascibles, contents d'eux-mêmes; par conséquent fort enclins k Tamourpropre.

En résumé, mettez une sourdine à Timpressionnabilité morale, presque maladive du sensitif, donnez plus de force à ses besoins nutritifs ; accentuez son caractère plus énergiquement, et vous aurez Tempreinte morale que je décris.

Nous appellerons ces hommes : les actifs,

/i° Le trait dominant dans la physionomie morale queje vais crayonner, c'est une impressionnabilité lente à s'émouvoir, lente aussi à varier, tenace et conservant longtemps Timpulsion donnée. Ici, c'est l'impressionnabilité morale qui prime ordinairement, mais une impressionnabilité peu modifiable; aussi les passions sont-elles très-énergiques, profondes et durables. L'imagination est forte.

Si vous réussissez à passionner les hommes de ce typepour une entreprise quelconque, la vivacité de leur impressionnabilité, leur défaut de mobilité et Ténergie de leurs désirs les rendront capables d'efforts longs, difficiles; ils se roidissent volontiers contre les obstacles.

Quoique chez eux les besoins nutritifs ne manquent pas d'énergie, ils cèdent généralement la place aux besoins moraux. £n général, l'homme ainsi organisé est porté à la mélancolie ; c'est sous une teinte sombre qu'il regarde le monde, et cette nuance de tristesse se remarque dans toutes ses passions. Il est très-accessible à l'amour passionné, à l'ambition, à la vengeance, au fanatisme religieux uu politique. Sonima-

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ginalion puissante exagère la grandeur des obstacIeSi mais la solidité du caractère prévient le découragement.

Généralement dominés par une idée fixe, les hommes ainsi constitués sont peu aimables. Distraits, préoccupés, ils manquent souvent dans la vie des occasions favorables, mais ils peuvent accumuler lentement une grande somme d'énergie et faire, à un moment donné, un puissant effort. Aussi sontils propres aux grandes fautes ou aux grandes actions, si leur cerveau a de la puissance.

Ils parlent peu, s'endorment difficilement^ se réveillent avec la même lenteur.

Ce sont par excellence : les passionnés,

Y a-t-il des groupes de signes physiques appréciables correspondant à chacun des types moraux précédemment décrits?

Cette question serait oiseuse, si la relation nécessaire entre le physique et le moral était reconnue et avouée par tout le monde. L*homme est un, en dépit de préjugés millénaires, mais qui meurent visiblement, et Ton peut formuler la loi suivante :

A toute empreinte morale tranchée correspond une empreinte physique aussi tranchée.

Aussi, de même que nous avons pu décrire quatre types moraux bien caractérisés j nous décrirons de même autant de types physiques incontestables, et que tous les médecins ont admis dans la suite des siècles, jusqu'à notre époque , qui, justement amoureuse de la rigueur scientifique, les néglige provisoirement, en attendant que leur caractéristique anatomique et physiologique soit déterminée.

Enumérons brièvement les signes physiques grossièrement apparents de chacun de ces types :

1° Chairs molles, tissu cellulo-graisseux développé, lâche. Traits du visage grossièrement modelés, ainsi que les extrémités. Système lymphatique riche et s'engorgeanl facilement.

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