LOIS
V Le désir est d'autant plus ardent que l'impressionnabilité est plus vive.
2° La volonté est proportionnelle à la rectitude de la raison et en raison inverse de l'impressionnabilité.
(1) Lire Thistoire de Margarita Cognai dans les Mémoires de lord ByroD publiés par Moore, les chroniques italiennes de Stendhal^ le journal de Paul Jove, les chroniques de Burkard, les Mémoires de Benvenuto Cellici, et surtout Taine, Histoire de la littérature ati' glaise (seizième siècle).
Ge qui précède se peut facilement traduire en laa* gage physiologique. Tout homme possède dans sa constitution mentale un fond héréditaire et un fond acquis. En effet, chaque homme naît avec un système nerveux hérité, c'est-à-dire modelé par les innombrablés expériences des ancêtres. Le cerveau de chaque enfant est plein d'aptitudes latentes ; c'est un champ ensemencé. Cellules et fibres sont disposées à vibrer facilement dans tel sens plutôt que dans tel autre. Sur ce fond ancestral se greffent, d'ordinaire, quelques particularités individuelles, fortuites. Dans tous les cas, il y aura, dans Técorce cérébrale, certains districts cellulaires plus richement doués que [les autres ; c'est la raison des aptitudes spéciales, des originalités, des instincts vertueux ou vicieux, sur lesquels Téducation n'a pas plus de prise que la main sur la surface polie d'un miroir. Ces instincts peuvent être tellement dominants, qu'ils ne laissent point de place à la délibération.
La volonté alors cède le pas au désir. Sur les natures moyennes, mieux équilibrées, l'influence du milieu, l'éducation ont un grand pouvoir. Par la répétition soutenue des mêmes actes, on créera des habitudes, des aptitudes nouvelles, on donnera aux cellules conscientes une orientation acquise. A-t-on affaire, au contraire, à des cerveaux où l'hérédité est puissante, on ne réussit point, d'ordinaire, à étouffer les instincts et les désirs ; mais en les favorisant, en faisant vibrer le système nerveux, suivant la tonalité, qui lui est propre, on exagérera, on décuplera sans peine les aptitudes, les qualités et les défauts. En
BÉSIR ET VOLONTÉ. 12a
langage philosophique, on amoindrira de plus en plus la liberté.
Mais, en définitive, désirs et volitions ne sont que des temps et des modes de Faction réflexe consciente. C'est toujours de la sensibilité et de Timpressionnabilité suscitant des phénomènes affectifs et intellectuels, puis des actes. 11 est clair que ces actes seront d'autant plus irréfléchis que le trésor des notions acquises sera plus indigent. Chez Tenfant, chez le sauvage, chez rhomme inculte, la sensation, Fimpression se traduisent instantanément en actes. C'est une action réflexe consciente, dont rien ne vient entraver le cours. Chez l'être muni d'un cerveau perfectionné, il en va différemment. L'instrument conscient est ici plus complexe ; l'incitation sensible ébranle des districts divers de la couche corticale, et ces districts sont riches en empreintes conscientes. Sous le choc reçu, l'expérience du passé se ravive, mille souvenirs, mille notions surgissent, d'autres désirs viennent contrebalancer celui qui a mis en mouvement toute la machine cérébrale. Alors il y a confrontation, en un mot, une volition délibérée au lieu d'un désir. Par suite, l'acte sera moins automatique; il y aura d'abord de l'hésitation, car la conscience évoque des possibilités multiples ; elle serre les freins, afin de pouvoir au besoin changer de route.
Dans l'organisation mentale, dont nous venons de parler, le côté sensitif et impressionnable de l'être conscient s'atténue; les cellules sentantes sont gouvernées par les cellules intelligentes ; il y a rarement de ces impressions violentes, de ces désirs impétueux, qui emportent tout comme un flot irrésistible. M. Luys affirme, qu'il reconnaît sans peine le sexe des cellules sensitives d'une moelle épinière quelconque. Chez la femme, ces cellules auraient généralement des dimen-
sionsplus grandes. Il en est vraisemblablement de même pour les cellules cérébrales spécialement affectées à la sensibilité consciente, à l'impressionnabilité, chez tous les êtres, hommes ou femmes, qui sont très-sensitifs, très-impressionnables, plus instinctifs que réfléchis, en résumé partout où Taction réflexe est simple, et oîi il n'y a pas même l'apparence du libre arbitre.