CHAPITRE III
DE l'Émotion.
Si j'avais le bonheur d'être poCte, quelles émouvantes tirades je ferais sur rémotion I le lecteur serait touché, et par conséquent gagné et convaincu. Quand il faut agir sur les hommes, combien l'émotion a plus de force qu'un raisonnement glacé. Voici une conviction solide, inébranlable en apparence, mieux que cela, une passion égoïste comme elles le sont toutes. Vous Vassiégez avec toutes Içs machines de guerre de la logique. Insuccès complet. La forteresse est inexpugnable. Mais soyez assez heureux ou assez habile pour provoquer une émotion, et vous voilà par escalade au cœur de la place.
Au point de vue froidement psychologique, cette toute-puissante fièvre de Témotion peut se définir une impression morale vive avec tout un cortège de phénomènes psychiques et physiques.
Prenons un exemple poétique comme le sujet. Vous voyez au théâtre représenté par d'excellents acteurs un drame émouvant, par exemple l'admirable Othello de Shakspeare. De plus en plus captivé par l'intérêt toujours grandissant de l'action, vous regardez le terrible Maure près d'étoufTer Desdémona. Par une suite d'opérations cérébrales si rapides qu'à peine vous en avez conscience, l'idée de cette jeune femme, belle et
innocente, qai va mourir assassinée, remue toutes les fibres de votre cerveau. Cependant vous n'êtes pas le jouet d'une illusion complète; mais Tidée de cette horrible situation, de sa possibilité, suffit pour éveiller en vous une vive impression de douleur morale. Pourquoi? C'est que vous portez en vous-même le germe des passions, dont le poète vous offre le simulacre. Peut-être avez-vous été aussi mordu, par la jalousie.
It is the grcen-ey'd monster, which doth mock The méat it feeds on (i).
{Othello, acte IV.)
Vous VOUS identifiez avec le personnage fictif d'Othello, et, vous incarnant dans ce type passionné, vous vous voyez égorgeant un être adoré. Vous sentez par anticipation les tenaillements du remords, qui suivra cette exécrable action, et si vous ignorez le dénoûment du drame, vous désirez qu'un obstacle arrête le bras du meurtrier ; tout cela en subissant une impression affective pénible, anxieuse.
Mais la scène change, le meurtre' est consommé. Votre émotion change aussi. Plus de désir. Le mal est irrémédiable. Il [ne vous reste qu'une impression de douleur si vive qu'elle vous arrache des larmes, pendant que votre imagination et votre mémoire vous retracent les péripéties de l'horrible tragédie, à laquelle vous venez d'assister.
La simple lecture d'Othello pourra produire sur vous une émotion pareille, plus vive peut-être, si votre imagination est puissante; car vous vous chargerez vous-même d'arranger les circonstances et les person-
(1) C'est le monstre aux yeux verts qui produit — l'aliment dont il se nourrit.
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nages du drame de la façon la plus propre à vous éniouYcir.
Nombreuses comme les étoiles du ciel sont les émotions, qui peuvent agiter le cœur humain. Qu'est-ce que la honte? une impression de douleur affective causée et nourrie par le souvenir d'une action, d*un fait entraînant avec soi, dans notre opinion, une idée d'infériorité, de démérite.
La pitié n'est aussi qu'une impression pénible, causée par la vue du malheur d'autrui avec retour sur nous-mêmes; car de pareilles souffrances nous attendent peut-être; il s'y joint le désir de soulager celui qui souffre.
Et l'enthousiasme» est-ce autre chose qu'un désir causé par une vive impression morale ? La patrie est envahie, menacée, humiliée : impression de douleur engendrant aussitôt le désir ardent de la délivrer, de la venger, désir si puissant qu'il nous donne la conscience d'ufle exagération de notre pouvoir et nous porte à braver tous les obstacles. La colère, la peur, etc., s'analysent aussi facilement (i).
(1) Le fait suivant^ que j'emprunte aux Mémoires inédits de M. Monnier (du Jura), est un bel exemple d'émotion complète, d'une vive excitation de Timpressionnabilité réagissant sur les facultés intellectuelles en les stimulant dans un sens donné et provoquant simultanément des troubles physiques.
Rouget de l'Isle racontait à M. Monnier^ qu'après un dtner chez le maire de Strasbourg, Dietrich, dtner égayé par la présence des deux charmantes demoiselles Dietrich, et où l'on dégusta des vins fins, Dietrich exprima le regret, qu'il n'y eût pas un chant de guerre national au lieu de la Carmagnole et du Ça ira. Puis il engagea le jeune sous -lieutenant à en composer un.
Peu après, Rouget de l'Isle se retire discrètement chez lui, y prend son violon, et, continue M. Monnier d'après Rouget luimême, il trouve dans ses coups d*archet les notes inspirée» et inspiratrices qu'on attendait de lui. « Les paroles, me disait-il, venaient
lis DES ÉLÉMENTS DE LA PASSION.
Ainsi donc la dissection psychologique de Témotion nous y fait trouver d*abord une forte impression affective, c'est la base; puis une série de faits psychiques, c'est-àdire cérébraux, qui sont du domaine de la mémoire, de V imagination et par-dessus tout du désir. Tous ces éléments, nous les retrouverons dans la passion proprement dite ; c*est qu'en réalité l'émotion n'est qu'une passion de courte durée.
La plupart des émotions fortes, pitié, peur, enthousiasme, sont facilement contagieuses. C'est que l'organisation cérébrale, plus ou moins parfaite chez chacun, étant analogue chez tous, il en résulte, chez tous les membres de la famille humaine, blancs ou noirs, jaunes ou rouges, un fond psychique commun. Facultés, besoins physiques et affectifs, désirs, tout cela se ressemble essentiellement avec des différences dans l'énergie. Aussi, que l'impressionnabilité, la plus fondamentale de nos propriétés cérébrales, soit mise en jeu assez fortement chez notre voisin, pour qu'il en résulte une émotion avec son cortège de signes physiques, cette vue seule nous jettera dans un état cérébral analogue. De même qu'une corde en vibrant détermine la vibration d'une corde voisine pouvant donner la même note, ainsi nous rougissons de la honte d'un de nos semblables, nous souffrons de sa douleur, nous nous exaltons de son enthousiasme.
C'est exactement de cette manière que se propagent
avec l'air, Tair avec les paroles. Mon émotion était au comble^ mes cheveux se hérissaient. J'étais ag^ité d'une fièvre ardente, puis une abondante sueur ruisselait de mon corps, puis je m'attendrissais et des larmes me coupaient la voix. > Ainsi fut composée la Marseillaise,
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un grand nombre de maladies nerveuses : hystérie, chorée, catalepsie, extase, épilepsie, manies, monomanies. Nous recommandons .aux lecteurs curieux une brochure publiée par le docteur Gonstans, sur une épidémie d'hystéro-démonopathie , en i86i, à Morzines en Savoie. €ette monographie, très-scientifiquement faite, note tous les détails de la contagion et fait bien comprendre les faits observés jadis à Loudun et en tant d'autres lieux.
Il y a bien d'autres faits analogues dans les annales de la science médicale, par exemple, des fails d'avortement provoqué chez des sages-femmes par le spectacle d'un accouchement, ce qui a aussi été observé chez les animaux; car un bon nombre d*émotions sont identiquement les mêmes chez Thomme et chez ranimai supérieur. C'est toujours Thistoire des cordes vibrant par voisinage, quelque chose d'analogue aux bâillements, que provoque la vue d'une personne qui bâille, aux maux de cœur, que donne la vue d'une indigestion.
Intimement liées à la vie organique, les émotions, ces violents soubresauts du cerveau, réagissent éner- •giquement sur toutes les fonctions.
Tout le monde connaît les principaux signes physi- <iues des émotions fortes. Tous se ramènent physiologiquement à un trouble dans la relation entre les «centres nerveux, où siège 1 émotion morale, et les nerfs périphériques.
Par suite de cette émotion, ou bien une excitation anormale est transmise au réseau nerveux, d'oii résultent diverses contractions musculaires, par exemple
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des battements violents du cœur ou des troubles dans diverses sécrétions qui s'exagèrent; ou bien Témotion a pour résultat physiologique de suspendre plus ou moins complètement la relation entre le système nerveux périphérique et les centres nerveux, ce qui équivaut à une section des rameaux nerveux et provoque des troubles fonctionnels, analogues à ceux qu'étudie le physiologiste vivisecteur. « Supposons que l'encéphale soit fatigué par le tray^ail intellectuel, par des préoccupations incessantes, des passions... (ajoutons des émotions) ; supposons que l'innervation de la moelle s'use par les abus sexuels ; dans ces divers cas, les centres cérébro - rachidiens s'épuisent dans leur action, au point de subir une sorte de paralysie ; ils se trouvent pour ainsi dire séparés des nerfs périphériques, qui, dès lors, sont privés de leurs foyers de nutrition ; ces nerfs, ainsi isolés de leurs sources, se dégradent, sinon dans leur texture, au moins dans leurs fonctions. Que cette dégradation vienne à atteindre les nerfs sympathiques et pneumogastriques, toutes les grandes fonctions de la vie vont se modifier : le cœur et le poumon cessent d'agir selon le rhythme normal ; la circulation éprouve des stases dans les glandes vasculaires, et la formation des globules devient défectueuse, etc. (i). »
Les signes physiques, grossièrement apparents, des émotions fortes se déroulent généralement dans l'ordre suivant :
Le cerveau ébranlé par une violente secousse morale ne vit plus que pour elle. 11 y a concentration de l'activité nerveuse sur un point, d'où interruption plus ou moins complète des relations entre les centres nerveux et les autres organes. Les muscles volontaires,
(1) G. Sée, Du sang et des anémies^ 1866,
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oubliés par Taxe céphalo-rachidien, sont débilités, quelquefois complètement frappés dlmpuissance. Les jambes fléchissent ; un athlète est alors plus faible qu'un enfant. Les organes des sens spéciaux deviennent à peu près inutiles. L'oreille n'entend plus; les yeux ne voient plus, etc. On peut alors subir une blessure grave, une mutilation sans presque rien sentir.
Les fonctions organiques n'échappent point au trouble général. Le cœur, dont l'appareil nerveux est mixte, mi-partie volontaire et organique, dont les libres musculaires sont striées, est troublé le premier. Parfois ses battements se précipitent un instant ; mais bientôt ils se ralentissent et souvent se suspendent, d'où la pâleur de la face et parfois la syncope. La respiration partage naturellement le sort de la circulation. Les sécrétions sont troublées ; le travail de la digestion s^arrête. Gomme les autres muscles, les sphincters paralysés se relâchent, ils perdent même leur tonicité.
Naturellement les fonctions intellectuelles proprement dites sont à peu près suspendues, qu'il y ait ou non syncope. 'Impossible de s'occuper de ce qui est étranger à l'impression morale actuelle. Mais cette période de dépression est de courte durée . Le flot de la vie, momentanément suspendu ou ralenti, se précipite avec violence ; une énergique réaction se produit.
A la concentration de l'activité nerveuse succède une large expansion. Le système musculaire redevient actif et quelquefois même acquiert une étonnante puissance. Les sens se réveillent ; mais l'attention, toujours captivée par une idée unique, ne permet pas à l'être ému de percevoir ce qui n'a point trait à l'émotion ; aussi les facultés intellectuelles ne peuvent fonctionner énergiquement que dans le sens de l'impression mo-
raie. Pour la même raison, on est encore peu ou point sensible à la douleur sensùive.
De faibles qu'ils étaient, les battements du cœur deviennent violents, rapides, tumultueux. Le cerveau se congestionne, la face est vultueuse, la respiration rapide, haletante. Les sécrétions se font avec une activité anormale. Souvent les larmes coulent abondamment; souvent un flot biliaire s'épanche dans Tintestin. Tout l'appareil glandulaire gastro-intestinal est probablement affecté; car il y a souvent des vomissements, etc. Chez la nourrice, la sécrétion lactée, que l'émotion commence généralement par suspendre, ne se rétablit pas toujours.
Parfois les reins excrètent une énorme quantité d'urine aqueuse, incolore. Si la bile est sécrétée en trop grande abondance pour être rapidement expulsée, elle est résorbée et il y a ictère. En général, sueur abondante.
Que faut-il penser des qualités venimeuses, spéciales, dont rémotion doterait parfois certaines humeurs ? Il paraît certain qu'après une émotion forte le lait des nourrices devient souvent impropre à entretenir la vie de Tenfant. On a dit, d'après quelques faits, que la morsure d'un homme en colère donnait à la blessure une gravité particulière. Dans un cas, la rage aurait été inoculée à un homme par la morsure d'un chien furieux, mais nullement enragé (discussion sur la rage. Académie de médecine, i863). On regarde comme démontré que le venin de la vipère est plus dangereux, quand l'animal est irrité. Dans ces cas, l'émotion agirait en viciant l'humeur sécrétée ou en exagérant ses principes actifs. Gomment? Pour répondre à cette question, il faut attendre que le chimiste et le micrographe soient assez habiles pour déterminer les caractères des
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virus, dont nous ne connaissons encore que l'action pathologique.
Quoi qu'il en soit, au bout d'un temps ordinairement assez court, l'excitation organique désordonnée, produite par l'émotion, tombe, laissant après elle la fatigue , Faffaissement , qui succèdent toujours à une dépense exagérée.
Tout finit là pour les organismes jeunes, vigoureux; mais chez les gens débiles, malades ou âgés, les suites d'une émotion forte sont souvent terribles. Les organes préalablement malades supportent plus mal leur part du désordre général et restent souvent enflammés, congestionnés, etc.
Si la période dépressive est trop violente, elle peut tuer par suspension de l'action nerveuse centrale, probablement par cessation des battements du cœur.
Chez certaines organisations, la réaction peut occasionner ou une apoplexie ou une rupture d'anévrysme, ou un accès de goutte, de fièvre, diverses névroses, etc.
Naturellement les suites pathologiques de l'émotion sont diverses, suivant les tempéraments. Elles frapperont le cerveau et les organes de la circulation et de la respiration chez le sanguin, le système hépatique du bilieux, le fonctionnement nerveux dynamique du nerveux.
La période de réaction est variable aussi, suivant l'organisation. Elle est plus rapide, plus violente, plus explosive chez le sanguin et le nerveux, plus tardive chez le bilieux, plus rare et plus faible chez le lymphatique.
Je viens d'indiquer très-imparfaitement les principaux effets des impressions morales fortes sur l'organisme. L'étude inverse serait tout aussi intéressante ; car les états organiques ^engendrent ou provoquent
une foule d'impressions, de désirs, d'émotions; autant de preuves établissant « l'étroicte couture du corps et de Tesprit » . La paralysie générale donne la monomanie orgueilleuse, le délire des grandeurs. Avant l'attaque, répileptique éprouve souvent, sans autre cause, rémotion de la peur (Moreau, de Tours). Presque toujours les affections hépatiques s'accompagnent de tristesse, de mélancolie. Il en est de même pour la plupart des affections gastriques. Certaines congestions des organes génito-urinaires provoquent Téclosion d'amoureux désirs.
Avec quelle docilité le prétendu moi psychique obéit à rinfluence tyrannique des maladies, de certains médicaments ou aliments I Combien l'homme affamé diffère du même homme qui a bien dîné ! Quelques grammes de café nous donnent, en stimulant le mouvement vital, un sentiment de bien-être, une opinion exagérée de nos forces. Notre pauvre cerveau engendre subitement toute une moisson de désirs. L'opium nous transporte dans un paradis fait selon nos goûts ; les tristes solanées nous épouvantent souvent par de lugubres visions. Une congestion cérébrale engourdit pour un temps, quelquefois fausse pour toujours le plus vaste génie. Que les métaphysiciens expliquent, s'ils le peuvent, cette union scandaleuse des substances matérielle et immatérielle. Il y a certainement là au moins une mésalliance.
Essayons, à l'aide des récentes données de la physiologie et de l'anatomie cérébrales, d'expliquer le mécanisme et les effets de l'émotion.
En dernière analyse, l'émotion est une excitation
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cérébrale Tiolente, mais ne portant yraisemblablement que sur certains groupes de cellules conscientes. Cette excitation est très-forte; c'est dire qu'elle nécessite un afflux sanguin considérable, dans les districts cellulaires mis en jeu. Si l'excitation n'est pas trop violente, les battements du cœur sont d'abord plus ou moins excités; dans presque tous les cas, primitivement ou secondairement, les mouvements se ralentissent ou même s'arrêtent, quand l'ébranlement transmis au nerf vague dépasse les limites physiologiques. Toujours les contractions des vaisseaux capillaires périphériques produisent cette anémie de tous les organes, le cerveau excepté, qui accompagne fatalement tout fonctionnement cérébral, même faible, ainsi que l'ont établi les belles expériences du professeur Mosso (1).
Mais, dans Témotion, la suractivité cellulaire du cerveau est bornée à un seul mode, c'est-à-dire à un seul groupe de cellules cérébrales; il en résulte que les autres districts cellulaires de l'écorce du cerveau sont plus ou moins paralysés ; aussi la vivacité des souvenirs, des images, des idées ne s'exerce que dans un sens donné et au détriment de la majeure partie de l'organe pensant. Par compensation, cette surexcitation localisée laissera des traces profondes, qui revivront facilement, disparaîtront lentement et serviront longtemps de centre, auteur duquel se grouperont tous les phénomènes psychiques.
L'être très-émotif sera donc à la fois facile à passionner et très-peu maître de lui, très-peu libre. Chez lui, l'appareil nerveux intelligent sera le très-humble serviteur de l'appareil sensitif et impressionnable. On commettra souvent des actes analogues à celui-ci rail) Biologie^ livre VI, chap. x.
conté par Alfieri dans ses Mémoires : « Elle (son domestique) entra pour arranger mes cheveux, comme à son ordinaire, avant de m*aller coucher ; en me serrant une boucle avec son fer, il me tira un cheveu assez fortement ; sans dire un seul mot, je me lève, plus prompt que la foudre, je prends un chandelier et le lui jette à la ligure. »
L'action d'Alfieri est une action réflexe, analogue à celle de la grenouille décapitée, qui retire la patte, quand on y laisse tomber une goutte d'acide. La seule différence est que, chez le poète italien, l'action réflexe était consciente, tandis qu'elle est inconsciente chez la grenouille sans tête.
Gomme il est naturel, Taptitude à Témotion décroît, à mesure que Têtre humain se perfectionne, devient plus réfléchi, plus intelligent, à mesure quUl prévoit et compare davantage, à mesure que s'enrichit la réserve des notions inscrite^ dans les cellules cérébrales. Parfois môme, on tombe dans l'excès contraire, la balance est renversée. Dans ce nouvel état, Thomme n'est plus guère susceptible d'émotion, c'est-à-dire que, chez lui, les cellules conscientes, chargées de sentir, d'emmagasiner et de revivifier au besoin les images, ont perdu la primauté, qu'elles exercent chez Tenfant, le sauvage, l'homme inculte, la plupart des femmes. Alors les sensations et impressions sont débiles, les souvenirs ternes, les images effacées ; par suite, l'être est devenu incapable de ces impulsions soudaines et irrésistibles, qui poussent aux crimes violents et aussi aux actions les plus généreuses. Qu'une intelligence très-développée coexiste avec cet appauvrissement émotif, et nous aurons le type de ces penseurs, de ces savants étiolés et égoïstes, absolument incapables de toute action forte, dans leur genre, aussi incomplets que
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Tenfant se dépitant pour un jouet cassé, ou que tel chef Néo-Zélandais pleurant, parce (pie des matelots avaient jeté de la farine sur son manteau.
Nous rencontrons ici un antagonisme mental, dont le pédagogue et le législateur devront tenir grand compte. De données statistiques , desquelles nous aurons à reparler, il résulte qu'en France l'éducation diminue bien les crimes contre les personnes, mais ceux-là seulement ; car le vol sans violence, la fraude, les abus de confiance , et tous les délits des faibles sans moralité sont plus fréquents chez les gens soidisant bien élevés. Si tel devait être le résultat dernier de l'éducation, de l'instruction vulgarisées, ce serait à désespérer du progrès et à s'enfuir chez les sauvages. Notre conviction est que les choses peuvent et doivent aller tout différemment et [nous reviendrons plus tard sur cette importante question.