CHAPITRE IV
DES PASSIONS GÉRéBRALES.
Chez rhomme, toute la vie de conscience a le cer* veau pour organe et pour théâtre. Donc, à proprement parler toutes les passions sont cérébrales. Mais, dans les passions inférieures, les passions nutritives, par exemple, le cerveau joue un rôle fort simple ; il sent le besoin et le formule par un désir plus ou moins impérieux. Sans doute, dans les passions sensitives, les phénomènes psychiques sont plus complexes ; au désir se joint un certain travail de Fimagination, une représentation anticipée de Timpression sensitive désirée, même une certaine combinaison d'idées; mais c'est surtout dans les passions, que nous proposons d'appeler cérébrales, que le travail du cerveau est considérable ; là, toute la vie de conscience est surexcitée ; il y a, à la fois, des impressions, des désirs, des créations d'images, des idées, des raisonnements.
Pas de passion cérébrale où l'on ne puisse démêler tous ces éléments psychiques; mais leur proportion est loin d'être toujours la même. Dans certaines passions cérébrales, ce sont l'impressionnabilité et l'imagination, qui agissent surtout; dans certaines autres passions, la scène psychique est occupée principalement par l'intelligence et la raison. Sous ce rapport même, les passions cérébrales se peuvent ranger en série. Dans l'amour, la haine, la jalousie, les passions mystiques, c'est surtout à des plaisirs à la fois sensitifs
et affectifs, que Ton aspire. Aussi donnerons-nous à ces passions le nom générique de passions affectives.
S'agit-il de patriotisme ou d'aspiration passionnée à une réforme religieuse ou sociale, alors le désir s^élargit et s'élève. Ce n'est plus de jouissances individuelles, dont on a soif; l'égoïsme cède le pus à l'altruisme. On vise au salut, au bonheur, à l'amélioration d'un groupe humain, d'une collectivité. Les passions de ce genre méritent donc le nom de sociales.
Enfin, dans nn troisième groupe de passions plus nobles encore, Vëttt humain se détache, dans une plus large mesure, des plaisirs sensitifs et même affectifs; c'est danâ le jeu des plus hautes facultés cérébrales, qu'il cherche et trouve le bonheur. Ce qu'il poursuit alors, c'est le savoir^ c'est la vérité. Or, comme les facultés intellectuelles élevées sont, de toutes, les plus rares et les plus précieuses, comme, par essence, la science et la vérité profitent à l'humanité entière, comme sans elles, il ne peut y avoir de grand et durable progrès social, l'homme, qui leur consacre sa vie, sans arrière* pensée et sans calcul, celui pour qui la recherche du vrai est un but et non un moyen, celui-là représente le plus élevé des types humains.
Nous allons passer en revue et esquisser ces trois groupes de passions cérébrales.