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TERMINER LA PASSION

Bien souvent la passion conduit Têtre qu'elle maîtrise à la folie, quelquefois à l'extase. Ce sont les seules terminaisons pathologiques dont je veuille m'occuper.

La folie est la sœur pujinée de la passion. L'une et l'autre sont à peu près inconnues chez Tenfant et trèsrares chez le vieillard.

L'une et l'autre sont d'autant plus fréquentes, que le fonctionnement cérébral est plus énergique, que la race est plus civilisée et intelligente. C'est pourquoi les maladies mentales augmentent sans cesse en nombre, c'est pourquoi la folie est beaucoup plus commune dans les villes que dans les campagnes, dans les grandes villes que dans les petites (1).

(1) On peut citer bien d*autres faits à Tappui de Topinion que nous émettons ici. Ainsi la fréquence de Tidiotie et celle de la folie sont généralement en sens inverse.

L'idiotie est plus fréquente dans les campagnes que dans les villes. La folie est plus fréquente dans les professions libérales que dans les professions industrielles, dans ces dernières que dans les professions agricoles. D'après la statistique officielle^ les professions libérales donneraient une proportion de 3,10 aliénés sur 1000^ tandis que les militaires et marins ne donneraient que 1^99, et les commerçants et négociants 0,42 sur 1000.

Aux États-Unis, la population blanche fournissait énormément plus d'aliénés que la population de couleur en esclavage (0,76 : 0,10);

Est-ce une raison pour entonner, après tant de médecins, d'écrivains, de moralistes, un banal chant de douleur, pour gémir sur la décadence universelle, sur raffaiblissement des sentiments religieux, et pour prévoir et prédire dans l'avenir Tabomination de la désolation! C'est tout autrement que les faits doivent s'interpréter. Dans une bataille, il y a d'autant plus de morts que les armées sont plus nombreuses, d'autant plus que la lutte est plus acharnée. Sur une ligne de chemin de fer, les accidents sont d'autant plus nombreux que la circulation est plus rapide et plus active. Un homme paisiblement endormi dans un lit moelleux» dans une maison bien close, court beaucoup moins de dangers que le docteur Livingstone traversant le continent africain sur le dos d'un bœuf, bravant les maladies, le climat et les sauvages. Gela revient à dire que le cerveau s'use en proportion du travail accompli. Mais néanmoins la veille est préférable au sommeil, le mouvement au repos, la suractivité intellectuelle à la torpeur. La folie est très-rare chez les animaux; elle n'est pas commune chez le sauvage ; s'ensuit-il que l'état social de l'Australien stupide soit préférable à la civilisation de plus en plus active de Londres, de Newïork et de Paris? Devant la science, les mvthes religieux et sociaux s'évanouissent un à un, les solutions enfantines des grands problèmes du monde, qui pendant tant de siècles avaient servi d'oreiller soporiQque à l'intelligence humaine , sont répudiées. L'homme a conscience de son ignorance, condition indispensable pour apprendre, et il s'élance avec ardeur à la recherche de la vérité. Qu'un certain nombre, un

mais la différence est beaucoup moins garantie relativement h la populatipn de couleur vivant en liberté (0^76 : 0,71 sur 1000 habitants (Parchappe).

petit nombre d'organisations soient trop faibles pour s'affranchir, lutter et chercher, c'est un malheur, mais un malheur compensé par un plus grand bien, et qui n*autorise pas à préférer la léthargie à la vie, l'état intellectuel d'un fakir somnolent à celui de Newlon et de Guvier.

Que le déchet cérébral, l'usure, soit proportionnel à l'activité du fonctionnement, c'est ce qui ressort du tableau suivant, que j'emprunte au docteur Descuret,. en modifiant seulement l'ordre des nombres (1).

Tableau comparatif indiquant la fréquence de Valiénation mentale

dans divet^ses capitales.

Le Caire

330 000 âOlOOO

Madrid

Saint-Pétersbourg. . .

Naples

£iOIIl6 .••.•. ....•*

Dresde

Turin

Florence

Milan

Pai'is

Londres

La comparaison, au même point de vue, des nations européennes donne un résultat analogue. Ainsi, d'après Maria Kubio, on compte dans le canton de Genève 1 aliéné sur 446 habitants; en Ecosse, 1 sur 513 ; en Angleterre, i sur 700 ; en Espagne, i sur 1733; en Irlande, 1 sur 21:25, etc. (2).

Quant à l'étroite parenté de la passion et de la folie.

(1) 'Médecine des passions, 1844.

(2) Dans ces statistiques, on parait avoir compté en bloc les idiots et les fous proprement dits.

tous les aliénistes, toutes les statistiques étiologiques des maladies mentales l'attestent à Tenvi.

(( Les informations les plus précises, disait déjà Pinel, fournies par les parents des aliénés de Thospice de Bicotre, ou bien par des personnes qui conservaient avec eux quelque liaison, m'ont convaincu que les sources les plus ordinaires de Taliénation mentale tiennent à quelque chagrin violent contracté par des revers de fortune, ou la perte de quelque objet chéri, non moins qu'à des terreurs religieuses, à un amour contrarié et malheureux j d'oii il est aisé de conclure que les délires non fébriles, loin de tenir à des vices d'organisation du cerveau, dépendent presque toujours de quelque passion forte et véhémente, autant par la nature de l'objet de cette passion que par la sensibilité très-vive de celui qui l'éprouve (i). »

Suivant Parchappe, la folie serait due à des causes morales 63 fois sur 100. Pinel représente par 66/100 l'action des causes morales dans la manie, et par 0,80 cette même action dans la mélancolie (2).

Si, au lieu de considérer les affections dites mentales en bloc, nous nous occupons seulement des monomanies, alors le rôle prédisposant des passions devient tout à fait prépondérant, et Ton peut dire que la monomanie n'est qu'une émotion ou une passion continuée et considérablement exagérée. La simple nomenclature des monomanies prouve à cet égard l'unanime consentement des médecins. Nous y voyons la mono-

il) Pinel, Nosographie philosophique,

(2) A Tours, sur 325 aliénés, 186 cas par causes morales (Charcellay). Sur 81 aliénés, 53 cas pour causes naorales (£squirol). MM. Falret, Morel,'etc., constatent le même fait.

113 aliénés observés par Pinel avaient tous perdu la raison par des causes morales. La proportion diminue en apparence dans les relevés mal faits englobant des épileptiques, des apoplectiques, etc.

7nànte ambitieuse, la nymphomanie et le satyrtasis, Véroiomanie, la démonomanie, la panophobie, la nostalgie, la mélancolie, la folie suicide.

Un autre moyen de faire ressortir la très-proche parenté de la passion et de la folie, c'est de chercher la limite qui les sépare.

Or, jamais frontière ne fût plus difficile à tracer. C'est là recueil, la pierre d'achoppement du juge et du médecin légiste. « Les conceptions, les sentiments, ainsi que les actes des personnes dont la situation mentale est douteuse, se rapprochent tellement, dans beaucoup de circonstances, de Tétat intellectuel normal, qu'il peut devenir très-difficile pour le médecin de dire s'il y a ou s'il n'y a pas folie. Où cesse surtout la passion portée au plus haut degré, et où commence le délire, où encore l'altération de la volonté ; en d'autres mots, quelles sont les limites où la raison cesse et où la folie commence (0?» L'auteur que je viens de citer n'en sait rien, et les longs extraits qu'il emprunte à M. Lélut prouvent seulement que la caractéristique différentielle est nulle et que la raison va se fondant dans la folie par nuances insensibles. « On trouvera, dit M. Lélut, les analogues de la folie et de la raison dans ces passions violentes, exclusives et longtemps continuées, où, comme dans la passion de l'amour, domine un seul sentiment, un seul ordre d'idées, que la raison combat quelquefois, mais en vain, que d'autres fois elle ne cherche pas à repousser, soit qu'elle s'y emploie ou qu'elle soit devenue incapable de juger de leur trop grande extension. Souvent il y a, dans ce cas, une absorption, une concentration morale, qui frappent les

(i) Marc, De la folie considérée dans ses rapports médico-judi' ciaires.

yeux mêtne les moins exercés ; il y a une distraction qui n'est pas ordinaire, et jusqu'à de l'incohérence dans les idées, et cet état, qui n'est autre chose que de la mélancolie, c'est-à-dire le premier état de Taliénatiou mentale, passe souvent à un véritable état de manie déclarée ; mais, dans beaucoup de cas, il n'en est heureusement pas ainsi (l). q

Ce qui n'empêche pas ces auteurs, et la plupart de ceux qui ont écrit sur ce sujet, de conclure, contrairement à leurs prémisses, que la raison diffère toujours de la folie, qu'il y a des signes distinctifs bien tranchés, qu'ils les connaissent très-bien; que l'homme est libre, et par conséquent punissable, justement punissable, quand il commet certains actes. Seigneur Jésus, délivrez-nous de la théologie, délivrez-nous de la métaphysique, délivrez-nous des mythes psychologiques, sur lesquels nous sommes échoués depuis si longtemps. Non, l'homme n'est pas libre; non, la raison, dans nombre de cas, ne se peut distinguer de la folie. S'ensuit-il qu'il ne faille pas châtier les criminels? Nullement ; il faut seulement ne plus les châtier au nom de la notion du juste absolu, qui est une fiction métaphysique ; mais nous reviendrons sur ce sujet.

Contentons-nous, pour le présent, d'indiquer autant que possible les caractères de la raison, les caractères de la folie, sans aucune prétention à l'infaillibilité, et en faisant nécessairement abstraction des états transitoires, où toute distinction est radicalement impossible.

Un abîme sépare l'être intelligent, conscient, raisonnable, du maniaque insensé. L'un est le roi de la nature vivante et inanimée ; l'autre est une machine ab-

(1) Lélut, Recherches des analogies de la folie et de la raison {Gaz. méd.f 30 mai 1834, cité par Marc).

jecte, inférieure à là brute ; mais, entre ces deux pôles si dissemblables, on observe toutes les nuances, et c'est par une insensible dégradation de teintes que Ton passe de la lumière à Tobscurité, de la raison à la folie. La passion est une de ces teintes intermédiaires ; c'est le crépuscule, pourtant ce n'est pas la folie (i).

Si nous voulons comparer aux passions ces troubles fonctionnels du cerveau appelés maladies mentales, nous devons commencer par éliminer la manie proprement dite. La manie peut bien terminer quelquefois la passion, mais elle n'a presque plus rien de commun avec elle et encore moins avec la froide raison. La raison, c/est le jour; la manie, c'est la nuit. Mais entre les passions et les manies partielles, les monomanies, le parallèle devient possible, car il n'y a plus que des différences de degrés. Quelles sont donc les analogies et les différences?

Aberration de la sensibilité, délire des sensations, suivant l'expression du docteur Michéa, délire aussi de l'impressionnabilité, de la raison, par suite abolition de la volonté raisonnée, voilà les signes principaux de la folie confirmée. Cherchons-les dans la passion.

L'hallucination est rare dans la passion, tellement, que le plus souvent elle peut être considérée comme un signe prodromique de vésanie. Dans les cas de passion simple où elle se montre, sans être suivie de folie, elle n'est qu'accidentelle et de courte durée. Symptôme

(l) « Qu*e8t-ce que la folie? qu'est-ce que la raison? Ce sont là des questions auxquelles je me garderai bien de répondre... Pour discerner la folie, nous ne la comparerons pas à la raison, être métaphysique et abstrait...

(( Il est certain que le dernier terme d'une passion et le premier terme d'une monomanie, qu'elle a directement engendrée, ne sont pas faciles à distinguer. » (J.-P. Falret^ Des maladies mentales.

f88 COMMENT LA PASSION SE TERMINE.

d*ane turgescence, d'une érection cérébrale produite par une émotion forte, elle disparut avec la modification cérébrale et fonctionnelle qui Ta causée.

Jeanne Darc, si célèbre par ses hallucinations, ne donna jamais de vrai signe de folie. Christophe Colomb, en proie à une hallucination hypnagogique, entendit une voix plaintive lui déclarer que Dieu lui avait donné les clefs de l'Océan (i).

Dans la passion, aussi bien que dans la monomanie confirmée, l'impressionnabilité est modifiée, mais un peu différemment. Simplement exagérée dans la première, elle est pervertie dans la seconde. Le passionné souffre et jouit à Toccasion d*actes, de faits, qui laisseraient parfaitement froid l'homme raisonnable, ou ne lui causeraient que fort peu de peine ou de plaisir. Mais enfin ces impressions ont chez lui ordinairement une cause bien palpable. Pas n'est besoin de cause externe pour faire rire le fou ou pour exciter ses glandes lacrymales. C'est bien souvent sans savoir pourquoi, sans même se demander pourquoi, qu'il est triste ou gai, paisible ou furieux.

J'avoue qu'il y a dans l'état de la raison une bien grande analogie chez l'un et l'autre. Tous deux perçoivent mal les rapports; cependant, là encore, il y a une différence de degré ; si les conceptions du passionné sont souvent fausses, celles de l'aliéné monomaniaque sont parfois monstrueuses, vraiment délirantes. L'un voit mal, l'autre est aveugle.

Du côté de la volonté, cette sœur de la raison, la difï'érence est encore plus tranchée. Là peut-être se trouverait le critérium, s'il pouvait y en avoir. Dans la

(i) lettera rarissima di Cristoforo Colombo , riprodotta e illustrata dal cavalière Âb. Morelli. Bassano, MDCCX.

passion, il y a désir, impulsion spontanée, qu'il est impossible d'étouffer en tant que phénomène cérébral, mais de là à l'obéissance docile il y a loin encore ; car unyivace essaim d'autres désirs, puissants aussi, luttent plus ou moins heureusement contre le désir passionné. Aussi la lutte est constante pour beaucoup de passions, que le passionné juge coupables, et si, dans un moment d'ezacerbation, le torrent du désir entraîne à des actes que la raison réprouve, l'arrêt porté par cette dernière n'en est pas moins présent à la pensée, pas moins in- <;ontesté :

Video mellora, proboque, détériora sequor,

a dit le poëte dans un vers immortel, parce qu'il est profondément vrai. Aussi bien souvent, après le triomphe de la passion, après le premier enivrement de la possession, naissent le regret et la honte, et la dent du remords se charge de punir l'homme coupable d'avoir transgressé ce que son éducation, son organisation lui font considérer comme une loi morale.

Ni le charme d'une prière, ni la vertu purifiante

D'une pénitence, ni les regards jetés sur le monde^ui le jeûne

Ni l'agonie^ ni plus puissantes encore

Les tortures innées de ce profond désespoir,

Qui est le remords sans la crainte de l'enfer,

Mais qui se suffit à iui-môme,

Et ferait du ciel un enfer, rien ne peut exorciser

Hors de l'esprit sans frein, le vif sentiment

De ses propres péchés, de ses torts, de ses souffrances^ de sa

[vengeance Sur lui-même ; nulle angoisse future

N'équivaut au châtiment de qui se condamne,

C'est de sa propre conscience qu'il relève (1).

(1) Norcharm in prayer — norpurifying form

Of pénitence — nor outward look — nor fast —

Dans la monomanie, on observe bien rarement une semblable lutte, je dis dans la monomanie bien complète. C'est ordinairement sans hésitation, sans remords, que le vrai monomaniaque commet les actes souvent monstrueux, auxquels le pousse sa vésanie.

Il y a cependant bien des exceptions, bien des cas transitoires. Nombre de monomaniaques suicides luttent contre leur idée fixe. On a vu des monomaniaques homicides réclamer eux-mêmes des liens, des gardiens, mie maison d'aliénés (i). Mais notre observation subsiste dans sa généralité. Abstraction faite des cas intermédiaires, on peut dire, que, dans la passion, la volonté raisonnée (2) est malade, mais qu'elle est morte dans la monomanie.

La folie est un écueil sur lequel la passion fait souvent naufrage. Cela est vrai pour toutes- les passions,

Nor agony — nor, greater than ail thèse,

The innate tortures of that deep despalr,

Which is remorse '\^ithout the fear of hell,

But ail in ail suffi cient to itself

Would make a hell of heaven — can exorcise

Fromoutthe unbounded spirit, the quick sensé

Of its own sins, wrongs, sufTerance, and revenge

Upon itself; there is no future pang

Can deal that justice on the self coudemned,

He deals on his own soul.

(Byron, Manfred^ acte II, se. i.)

(i) Histoire de Glenaded; dans Gratiolet {Anatotnie comparée du système nerveux^ etc.). Nombreux cas de monomanies homicides avec résistance volontaire produits par le fait de la fille Cornier, dans Marc [lac* cit,). Un fait cité par l'auteur {Uniofi médicale^ J865).

(2j Désir délibéré.

mais n'est pas vrai au même degré pour elles toutes. Sous ce rapport encore les passions se rangent en série graduée. Gomme nous l'avons déjà fait remarquer, les grandes pourvoyeuses des asiles d'aliénés sont d'abord les passions affectives proprement dites, l'amour, la jalousie, etc., puis les passions religieuses, qui leur tiennent de si près. Notons en passant, avec Maudsley (i), que souvent la passion religieuse, plus ou moins monomaniaque, éclate soit chez des épileptiques, soit chez des gens qui comptent des épileptiques parmi leurs ascendants. Dans ce cas, la théomanie n'est que de Tépilepsie transformée. Tel fut le cas de quelques célèbres réformateurs religieux, par exemple, de Mahomet.

Les passions sociales viennent en troisième lieu. Nous avons vu que Saint-Simon a été halluciné à un moment de sa vie. Plusieurs de ses disciples ont été sûrement atteints d'aliénation mentale. Enfin, quiconque a quelque peu pratiqué certains groupes ultrarévolutionnaires de nos grandes villes y a rencontré plus d'une fois des demi-aliénés.

Les passions intellectuelles sont sûrement celles qui payent le moindre tribut à la folie, et cela est naturel, puisqu'elles supposent d'ordinaire une faible impressionnabilité affective et une haute raison. Néanmoins elles y aboutissent parfois ; car toute suractivité cérébrale peut détruire cet équilibre mental si instable et si mal défini, que nous appelons raison. Il en est des exemples fameux, entre autres celui de Descartes : « En 1619 (dans sa jeunesse), étant en quartier d'hiver sur les frontières de la Bavière, dans un lieu très-écarté, il y passa plusieurs mois dans une solitude profonde, uniquement occupé à méditer. Il cherchait alors les

(l) Crime et Folie, p. 230 et passim.

moyens de créer une science nouvelle. Sa tête, fatiguée sans doute par la solitude ou le travail, s'échauffa tellement, qu'il crut avoir des songes mystérieux. Il crut voir des fantômes ; il entendit une voix qui l'appelait à la recherche de la vérité. Il ne douta point, dit Thistorien de sa vie, que ces songes ne vinssent du ciel et il s'y mêla un sentiment de religion (i). »

A la suite d'efforts intellectuels violents et soutenus, Aug. Comte eut aussi, jeune encore, un accès de folie. Plus tard, sur la fin de sa carrière, sa raison se dérangea de nouveau. Ce fut alors qu'il fut pris d'une passion érotomaniaque pour Clotilde de Vaux, qu'il eut aussi des accès de monomanie religieuse, rédigea des brefs, se considéra coifime le pape de sa nouvelle doctrine, proclama que le sentiment doit toujours guider Tintelligence, etc. {•2).

11 est curieux de voir cette haute intelligence sombrer, en laissant le champ libre à une explosion de sentimentalité et de religiosité maladives. Le philosophe corrobora ainsi par son propre exemple une loi formulée par lui-même et suivant laquelle le retour à la théologie est l'effet et le symptôme de la décadence intellectuelle (3) .

De même la vaste intelligence de Newton s'abîma, à la fin de sa vie, dans l'aberration religieuse.

Vouloir que le sentiment conduise l'intelligence, c'est prétendre réaliser certaine fable de Lafontaine, dans laquelle la queue du serpent s'insurge contre la tête et entreprend de lui servir de guide.

(1) Thomas, Notes sur l'éloge de Descartes,

(2) E. Littré, Auguste Comte et la Philosophie positive.

(3) E. Littré, loc, cit.t p. 174, et Des symptômes intellectuels de la folie, par Eug. Sémerie. Paris, 1875, 2« édit.

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