CHAPITRE IV
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u On est noble et méritant ou l'on est ignoble et dangereux, de même que l'on est beau ou laid. L'éducation, l'exemple, le précepte, servent au plus de moyens adjuvants... Le problème de la répression est tout entier dans l'utile.
(Daily, Remarques sur les aliénés et les criminels au point de vue de la responsabilité.
dans Ann. méd.-psych., 1864.)
Il ne nous reste plus qu'à relier en faisceau la série d'études isolées contenues dans ce volume, et à formuler quelques propositions générales.
A ces mots dépourvus de sens précis, à ces notions vagues : la vie, l'émotion, la passion, etc., nous avons substitué par le mode analytique quelques idées bien claires, bornées sans doute, car la science, tout en grandissant chaque jour, est loin d'être faite, suffisantes cependant pour éclairer quelque peu la vie cérébrale de l'homme.
Nous avons vu que l'homme, envisagé sainement et non à travers les verres colorés de la métaphysique, n'est, au même titre que tous les êtres organisés, qu'un agrégat d'éléments histologiques, fibres ou cellules, formant une république vivante, fédérative, régie, surtout en ce qui concerne la vie de relation, par un pouvoir uniteur et intelligent, le système nerveux. Nous
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avons vu, que ce tout organique se renouvelle incessamment (dans ses matériaux entraînés par le rapide courant du mouvement vital.
Chacun des actes, chacun des désirs, chacune des pensées de ce mammifère bimane, l'homme, le premier des êtres organisés dans le petit monde terrestre, correspond à une modification organique, à une usure des matériaux constituant l'être, usure incessamment, mais de plus en plus mal réparée par la nutrition, de la naissance à la mort.
Nous avons vu que de cette structure et du besoin de vivre commun à tous les éléments anatomiques, à tous les organes résultaient des impulsions senties, des besoins, se nuançant diversement suivant la fonction à laquelle ils correspondent, d'où leur classification naturelle en nutritifs, sensitifs, cérébraux; trépied autour duquel se peuvent grouper de même les impressions, les désirs, les émotions, les passions.
Les besoins, ces contre-coups sentis de la vie organique, se déroulant spontanément ou stimulée par le monde extérieur, sont d'autant plus puissants, énergiques, qu'ils sont plus intimement liés à la nutrition. Là, comme il arrive parfois dans la société, les plus forts ne sont pas les plus nobles, et souvent Testomac dicte des lois au cerveau.
Mais ce despotisme de la nutrition est plus ou moins brutal suivant les races, suivant les individus; et l'examen de tout le règne animal, de tout le genre humain, du même individu aux différentes saisons de sa vie, permet d'affirmer que le despotisme nutritif s'atténue en raison du volume et de la puissance des centres nerveux.
Si l'on examine de plus près les actes cérébraux chez l'homme, on les peut diviser en faits passifs rangés sous
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les étiquettes sensibilité et impressionnabilité, et en faits actifs suscités par eux et que nous rapportons à quelques facultés : la mémoire, l'imagination, l'entendement, la volonté.
Chez l'homme, tous ces faits cérébraux, actifs et passifs, ont besoin de se produire. Comme Télément histologique a besoin d'être le siège du double courant nutritif, comme les glandes ont besoin de sécréter, la fibre musculaire besoin de se contracter, ainsi la cellule cérébrale a besoin de sentir et de penser, et parfois chez l'homme bien doué les besoins cérébraux acquièrent une influence dominante.
Si même on se borne à n'envisager que les besoins affectifs proprement dits, besoin d'aimer, de haïr, etc., on les voit très-énergiques chez tous les individus ou à peu près des races supérieures, et c'est dans leur sol fécond que germent la plupart des passions.
La passion n'est, en effet, qu'un désir énergique et durable greffé sur une impression forte, quelle qu'en soit la nature.
Les besoins affectifs dont nous venons de parler trouvent assez généralement leur pâture, si l'on considère la totalité du genre humain, dans les créations religieuses.
Ces créations, que l'on peut considérer comme l'homme moral extérioré, se simplifient et s'épurent comme leur créateur, d'autant moins grossières, d'autant plus rationnelles, intellectuelles que l'être est plus noble et plus intelligent. Enfin, alors que l'individu a fait un triage exact des faits subjectifs et des faits objectifs ; alors qu'il a appris à ne plus extériorer, en leur donnant un corps, ses passions, ses émotions, ses conceptions ; alors qu'il se borne seulement à scruter l'immense inconnu qui l'environne,
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les faits religieux s'évanouissent dans la science (i).
Mais ce n'est point d'emblée et dès Taube de sa vie, que l'homme est pourvu ainsi de tous ses besoins, de toutes ses facultés^ de toutes ses tendances, et, de la naissance à Tâge adulte, on peut noter une sériation graduée. L'homme, d'abord être purement végétatif, parcourt successivement les phases nutritive, sensitive, pour s'épanouir enfin dans les phases affective et intellectuelle.
Ces étapes, par lesquelles passe tout homme, le genre humain, le groupe social paraissent aussi les parcourir.
Dans les premiers âges d'une race, et probablement de l'humanité, l'homme séjourne un long temps dans la phase nutritive, puis peu à peu il arrive à la phase sensitive, pour aboutir enfin aux glorieuses phases affective et intellectuelle.
L'Australien et Newton, voilà les deux extrêmes entre lesquels la tourbe humaine s'échelonne individuellement et socialement.
Ces grandes données posées, si l'on aborde l'étude des passions proprement dites, on voit d'abord que les
(1) Un écrivain, coupable d'avoir commis un acte de virile indépendance et écrit un beau livre^ double crime pour lequel il fut durement frappé, a dit : « Par suite d'une illusion d'optique intellectuelle, provenant de la faculté de l'idéal, contre laquelle il a tant de peine à se tenir en garde, l'homme a transporté hors de lui, dans un être créé par lui à son image, et dont il fait Tobjet de son culte et de son adoration, sa nature propre et les facultés qui lui sont essentielles, non plus restreintes et contenues dans les bornes de la réalité et du possible, mais élevées jusqu'à la notion du parfait, de l'absolu, c'est-à-dire grandes et exagérées jusqu'à l'impossible jusqu'à l'absurde. » {De la morale de l'Église et de la morale naturelle, par M. E. Boutte ville.) ^