‹ Physiologie des passionsChapitre 42 sur 43 · COUP D OEIL D ENSEMBLE · texte numérisé non relu

COUP D OEIL D ENSEMBLE

germes des désirs passionnés se groupent suivant une série analogue à celle des besoins, et qu'à chaque groupe de tendances organiques correspond un groupe d'impressions de peine ou de plaisir.

On trouve donc, chez l'homme complet, des impressions nutritives, sensitives, affectives et intellectuelles.

Le pouvoir despotique des premières change, comme la Circé de la Fable, Thomme en bête. La prépondérance des secondes crée des amants de Tart. Les dernières, quand elles sont élevées, resserrent, épurent les liens de la famille et de la société, ou bien, par une impulsion suprême, lancent l'individu à la recherche passionnée des grandes vérités scientifiques.

Des impressions jaillissent naturellement et nécessairement les désirs, aussi avons-nous d'emblée à nous demander si le désir diffère essentiellement de la volonté.

Une étude scrupuleuse, une analyse complète, nous montrent bientôt qu'entre le désir et la volonté il n'y a pas plus de différence qu'entre une impression sensitive et une impression intellectuelle, que c'est affaire de nuance, que, parmi les tendances senties, les unes sont irraisonnées, d'autres délibérées, que les premières sont les désirs proprement dits, que les autres se rapportent à la volonté.

Du môme coup est tranchée la question, tant débattue, du libre arbitre; chaque homme étant bien obligé de vouloir conformément à sa nature, qu'il ne se donne pas, à sa raison, qui dépend de sa nature, et d'obéir, délibérément ou non, à l'attraction la plus forte.

Que le désir soit violent et durable, puissant comme un monarque oriental, nous lui donnons le nom de passion.

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Donc, autant de groupes de passions que de groupes de besoins, d'impressions, de désirs, d'émotions.

Qu'il dépende de nous de prendre telle passion plutôt que telle autre, cela n'est pas soutenable. Denise était fatalement vouée à la polyphagie, comme Michel-Ange fatalement voué aux arts, Sand aux passions sociales, d'Âlembert à la science. Aussi Tétude des biographies des personnalités célèbres nous permet de voir les tendances, qui, en se développant, les ont conduites à l'ignominie ou à la gloire, saillir dès l'enfance.

En doit-on conclure que la morale n'est qu'un rêve, une illusion? Nullement. Il faut, évidemment, une règle des rapports sociaux. Il est des penchants utiles socialement, il en est d'autres qui sont nuisibles, et il est des moyens pour multiplier, provoquer les uns, pour annihiler ou atténuer les autres.

Car l'observation nous apprend que l'exercice développe un organe, que l'inaction l'atrophie ; que la répétition des mêmes actes amène à la longue l'habitude, c'est-à-dire le besoin de répéter encore ces actes ; que les habitudes elles-mêmes deviennent à la longue héréditaires, et que l'éducation peut ainsi modeler l'homme dans une certaine mesure, même créer des tendances, des aptitudes, qui se transmettront par la voie de la génération.

Mais l'éducation, pour être aussi bonne que possible, doit être précédée d'une analyse, d'une étude des penchants innés chez l'individu à élever, afin de pouvoir varier le régime intellectuel et moral, comme le médecin varie le régime et le traitement suivant la constitution individuelle.

L'observation nous apprend encore, qu'une passion étant donnée, on peut la dompter ou la combattre en en suscitant une autre, et que c'est à ce puissant

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ressort que doivent souvent demander secours les parents, les maîtres et les législateurs.

Ce que Ton peut obtenir par l'éducation, même chez l'adulte, même sur des prisonniers, des condamnés, c'est-à-dire des hommes ayant presque tous des penchants ou des passions contraires au bien général, social, le colonel Mon tésinos, à Valence, M. Obermayer, à Munich, en Irlande, à Mountjoy, le capitaine Walter Grofton, Tout prouvé ; mais, pour cela, il est indispensable de bien connaître le clavier passionnel.

Nos criminalistes enragés, nos législateurs inexpérimentés, pour qui la punition du criminel est une représaille, une vengeance sociale, tous ces esprits légers ou étroits, à qui il ne faut pas se lasser de répéter que, suivant l'expression de Quételet, c'est la société qui prépare les crimes, tous ces aveugles pilotes de nos sociétés, pour qui l'homme n'est ni modifiable, ni éducable, qui mettent partout la sentimentalité et la routine à la place de Futilité sociale, pourraient voir, tout près de nous, au pénitencier de Neuchâtel (Suisse), ce que Ton peut obtenir avec le système si humain et si scientifique de W. Grofton. Là, bien loin de considérer le condamné comme un réprouvé, on s'applique à éveiller dans son cœur l'espérance, à lui montrer que Ton ne ressent contre lui ni haine ni colère, à lui bien persuader qu'il est, dans une large mesure, l'arbitre de son sort. On le traite, non pas comme un monstre, qui doit souffrir pour expier, mais comme un malade, comme un ami égaré, que l'on veut remettre dans le bon chemin. On l'instruit ; on l'élève moralement ; on lui donne une profession ; on le fait passer graduellement de la prison cellulaire à la libération conditionnelle, avec surveillance bienveillante. En un mot, on en fait un homme. Seulement, à cette besogne, il faut

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