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des philanthropes éclairés ; il est plus commode de n'avoir que des geôliers (1).
Comment le capitaine Moconochie apprivoisa et réhabilita presque le matelot Anderson, qu'une longue et horrible série de violences légales avait presque transformé en brute, c'est un fait plein d'enseignement (2).
{i) La réorganisation du système pénal et pénitentiaire dans le canton de Beine^ par le docteur GuiHaume, directeur du pénitencier de Neuchàtel. Neuchàtel, 1875.
(2) Anderson, fils d'un matelot et orphelin dès l'enfance, e»t élevé à la workhouse. Mousse à neuf ans^ il est^ à l'âge de dix-huit ans, condamné à sept années de déportation^ en punition de délits comoiis en état d'ivresse (rixes^ boutiques forcées). En captivité, le prisonnier oppose aux mesures de rigueur une indomptable résistance. A Sydney, où il a été déporté, il est signalé comme particulièrement dangereux^ réfractaire ; aussi on le confine dans Ttlot des Chèvres (Goat-Island), célèbre dans les annales de la discipline. Là il est soumis à des mauvais traitements incessants, s'évade, est repris et reçoit d'abord cent coups de fouet ; puis, dans le courant de l'année, douze cents. Enfin, il est condamné h être enchatné deux ans aux roches de Goat-Island. Là il couche en plein air dans une cavité taillée dans le roc et que tous les soirs on recouvre d'une planche percée de trous. Il est maintenu dans un isolement complet et il est formellement défendu de lui parler.
Ensuite il est envoyé à Macquarie. Un surveillant, un Français, nommé Antoine, imagine de l'employer à porter de la chaux sur son dos nu, qui s'ulcère, se couvre de plaies que la chaux irrite sans cesse. Le prisonnier parvieut à s'échapper, s'unit aux indigènes, et avec eux commet divers meurtres. Il est repris et doublement fustigé. Las de vivre, il tâche de se faire condamner à mort, et pour cela il tue le surveillant Antoine, l'inventeur du supplice à la chaux. Des soldats accourent et le percent de cinq coups de baïonnette. Néanmoins, Anderson guérit et est condamné à mort, ce qui lui cause une grande joie ; aussi on ajourne l'exécution et l'on envoie le condamné à l'tle de Norfolk. Là, le pénitencier est dirigé par un homme de cœur, le capitaine Moconochie, qui a l'idée d^essayer de la douceur.
Plus de mauvais traitements, plus de liens. Le prisonnier, convenablement nourri et vêtu, est employé à dompter les taureaux
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Gall a écrit à ce sujet quelques réflexions bien justes et bien humaines :-« Pour changer la volonté des malfaiteurs, on a cru longtemps qu'il suffisait d'infliger des -peines. Il en résulta partout des lois criminelles, qui ne tendent qu'à déterminer quels sont les actes coupables et à fixer, pour chacun de ces actes matériels, une punition proportionnée, mais toujours la même, quelle que soit la différence de l'individu agissant (t. I, p. 33). »
«Pourtant, ajoute-t-il, tout homme, lorsqu'il s'agit de culpabilité intérieure, n'est pas coupable au môme degré, quoique l'acte matériel et la culpabilité extérieure soient les mêmes (t. ï, p. 338).»
« Les délits et les crimes sont les produits d'individus agissants ; ils reçoivent donc leur caractère de la nature et de la situation de ces individus ; et ils ne sauraient être estimés, déterminés, que d'après la nature
sauvages. Il s'acquitte à merveille de cet emploi. Peu à peu ses facultés intellectuelles et morales se relèvent. Enfin on lui rend le costume de matelot et on l'emploie comme vigie pour signaler les navires, ce dont il s'acquitte très-bien. En outre, il cultive avec amour un petit jardin. Cette heureuse phase dure trois ans. Mais le capitaine est obligé de partir, et le prisonnier ne tarde pas à retomber dans une irritabilité maladive. Enfin, il est mis dans un cabanon d'aliéné, où de temps en temps il parle encore avec reconnaissance de son bienfaiteur, le capitaine Moconochie.
Hnitencier de Mountjoy (Irlande). — A Mouiitjoy, le capitaine Walter Crofton a inauguré un système pénitentiaire consistant à améliorer graduellement la situation du prisonnier, à diminuer la durée de sa captivité, suivant qu'il fait preuve de bonne volonté, de docilité, d'amour du travail, suivant qu'il obtient de bonnes notes (Marks). A chaque délit, à chaque révolte correspond un châtiment : l'isolement, la mise aux fers, le changement de nourriture.
Bientôt le convict s'aperçoit qu'il «st, dans de certaines limites, l'arbitre de son sort. A partir de ce moment, il tâche de. Taméliorer et passe successivement dans trois classes, son sort s'adoucissant
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et la situation de ces mêmes individus (t. I, p. 35R). » a Ce sont précisément ces hommes, me disait le généreux monarque de Bavière (il s'agit de criminels), qui ont le plus besoin de secours en ce genre (éducation, instruction) (t. I, p. 346) (1).»
Que nous dit en effet l'observation ? Que nous montre-t-elle écrit en caractères brillants et brûlants dans la vie des passionnés? C'est que le désir sensé ou insensé, noble ou abject, quiles entraîne, est tout-puissant, irrésistible, qu'il asservit et rend muets tous les autres désirs, et que punir ces êtres au nom du juste, sans tenir compte de leur fièvre morale, est absurde.
D'où nous pouvons déduire, qu'au lieu d'invoquer et de prendre comme règle une justice absolue qui n'est pas de ce monde, il faut simplement viser à l'utile, ne réprimer que dans la mesure scientifiquement démontrée du nécessaire, prévenir autant que possible les
toujours par échelons, en même temps que s'élèvent les primes d'argent qui lui sont données.
Enfin, il entre dans des ateliers libres, où l'uniforme du condamné est supprimé. Même on lui permet de travailler au dehors. Ensuite il est dirigé sur rétablissement de Lusk, où il s'emploie à défricher une lande et loge dans des baraques. Là cent convicts travaillent sous la surveillance de six surveillants, qui travaillent aussi. Le travail dus convicts est actif et le produit défraye suffisamment les dépenses de l'établissement.
En dernier lieu, le condamné rentre moyennant un ticket of leavCy et avant terme, dans la société. Il doit seulement faire connaître le district où il séjourne et comparaître une fois par mois à la constabulary station.
Un instituteur des prisonniers, M. Organ, s*est constitué l'intermédiaire des convicts libérés et des manufacturiers.
Les récidives sont de 10 pour 100. Les promoteurs du système irlandais croient que le succès est la règle, un certain nombre de natures réfractaires et intraitables mises à part. — (Forgues. la Vie des prisons en Angleterre {Revue des deux mondes y 15 juin 1866).
(1) Gall, Sur les fonctions du cerveau et de chacune de ses parties.
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actes nuisibles par une éducation convenable et contrebalancer les penchants trop forts et dangereux en produisant des impressions fortes et des habitudes contraires aux tendances qu'il s'agit d'étouffer; cela sans cruauté ni colère et dans les limites du strict nécessaire. Car, une fois monté au paroxysme de la passion, l'homme obéit à son désir comme la boussole à l'aimant.
L'observation nous apprend encore que la passion n'a généralement qu'un temps, qu'elle naît, vieillit et meurt, que souvent elle se transforme en une autre passion généralement analogue; que parfois elle va s'engloutir dans la folie ou l'extase, deux états où les plus fougueux partisans du libre arbitre sont obligés de l'abandonner.
Pour achever de battre en brèche cette forteresse gothique du libre arbitre, adressons-nous à la crâniologie et à l'anthropologie.
Bientôt ces sciences nous auront prouvé, par l'étude des races et par celle des individus, que telle race a fatalement telle forme, presque tel volume de cerveau; que par suite il est un niveau intellectuel, au-dessus duquel la nature implacable ne lui permet de s'élever que par de lentes modifications à travers les siècles, le cerveau paraissant se développer avec le temps et les progrès de la civilisation (i).
Enfin nous apprendrons encore, par cette étude, que tel groupe de besoins paraît coïncider nécessairement
(1) M. P. Broca a vu que les crânes parisiens du douzième siècle sont plus petits que les cràues actuels.
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avec le développement de telle ou telle région cérébrale.
Quant aux tendances spéciales, aux modes particuliers de sentir, à l'énergie Individuelle du ressort nerveux, rélude des tempéraments soulève un coin du voile et nous montre là, comme partout, les lois de l'organisation régentant les fonctions et réglant la durée et la violence des passions.
Si enfin, pour terminer, pour achever de détruire le mythe et pour inspirer quelque scrupule au juge, qui condamne au nom du juste absolu, nous passions en revue les diverses conceptions de la justice telles que les ont formulées les races et les hommes, dans le temps et dans l'espace, nous verrions alors se vérifier sur une vaste échelle le mot du timoré Pascal : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà,» et nous serions tentés de désespérer de l'espèce humaine, si nous ne la considérions comme un grand tout organique en voie incessante d'évolution progressive.
Quelques siècles écoulés, quelques degrés de longitude ou de latitude franchis, et la vieille balance de Thémis a des poids divers, et l'on condamne ou Ton vénère en sens inverse.
Le jour où mourra la métaphysique, où Va priori ne sera plus considéré que comme un essai, une tentative, un coup de sonde dans l'inconnu, ce jour sera vraiment pour l'humanité le jour de la délivrance. Alors on verra l'homme tel qu'il est, au lieu de l'être abstrait et de pure convention que la haute métaphysique a mis à sa place. L'homme sera, non plus un reflet de la Di-
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vinité, une créature ornée, en puissance, de toutes le& perfections, mais simplement un être organisé mieux doué que les autres. On ne supposera plus que Dieu ou la Nature a greffé dans son cerveau, et ce, sans exception, les conceptions abstraites et chimériques du bon, du beau, du juste absolus; et Thumanité, ayant enfin conquis le bon sens, ne verra plus dans ceux de ses membres coupables, c'est-à-dire ayant commis des actions nuisibles ou déshonorantes au point de vue humain perpétuellement variable, des monstres, qu'il est beau d'emprisonner, de torturer, d'égorger. La société éclairée sur ses intérêts véritables concertera tous ses efforts pour prévenir les délits et les crimes par une large diffusion scientifique, par une éducation bien dirigée, tant de l'enfant que de l'adulte rebelle. Alors, aux yeux du juge, le coupable sera un homme pourvu de penchants, de passions indociles; un être qu'il faut simplement transformer moralement, si cela est possible, ou tout au plus mettre hors d'état de nuire en troublant le plan social.
L'idée du bien et celle du juste innées ! rêverie dangereuse, que personne n'oserait soutenir, si dès l'enfance on ne l'inoculait à chacun ; rêverie que tout démontre absurde : l'absence parfaite de ces idées chez l'enfant, chez beaucoup de races sauvages ; enfin la variabilité perpétuelle selon le temps, le pays, la race, la religion, de ce que l'on habille des noms pompeux de droit absolu, de justice absolue, de bonté absolue.
Non, les notions du bon, du juste, ne sont point innées et flamboyantes dans le cerveau humain. Ce n'est qu'un fruit de l'éducation et de l'habitude agissant sur l'individu et sur la série de ses ancêtres. Non, ce ne sont pas des idées divines et nécessaires ; sans cela, à quoi bon vos prisons et vos bourreaux? A-t-on besoin
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de fouets pareils pour exciter, enfiévrer les désirs, les penchants vraiment innés et naturels? Le Code pénal proteste avec éclat contre la fiction philosophique.
Est-ce à dire qu'il ne faille plus réprimer et punir, quand on n'a pu prévenir, qu'il faille laisser le champ libre à tous les penchants nuisibles à l'individu et à la société? Non certes. Mais il faut châtier, non plus au nom d'une justice soi-disant invariable, en raison ou de son origine divine, ou d'une conviction purement intuitive et par conséquent infiniment muable, mais au nom de la notion beaucoup plus modeste de l'intérêt commun, de Y utile scientifiquement déterminé; et nous entendons par utile tout ce qui peut favoriser le développement simultané de l'individu et de la société, tout ce qui peut élever l'individu et l'espèce le plus près possible des sommets intellectuels et affectifs.
Il y a là à faire une révolution énorme dans les idées et par suite dans les faits.
Le juge sera moins inflexible et moins dur, quand il ne maniera plus un glaive divin : de prêtre cruel, il deviendra médecin compatissant.
Puisse ce petit livre hâter quelque peu la venue de cette ère bienheureuse!