CHAPITRE PREMIER
La femme est, sans contredit, un des chefsd’œuvre, une des gloires delà création. C’est la brillante fleur qui relève le coloris de la nature et féconde le genre humain de ses doux parfums; c’est le rayon d’amour qui dissipe l’indifférence, qui réchauffe les sens et l’âme. Dieu, en créant la femme, la dota de toutes les richesses de l’organisation, de toutes les perfections de la forme, afin qu’elle fût la plus belle et la plus charmante des créatures. Et, en effet, nul être sur la terre
n’offre autant de grâces, d’élégance et d’attraits. Examinez ce beau corps de jeune femme: quel ensemble harmonieux! quelle délicatesse de détails ! partout la ligne glisse sur des surfaces veloutées ; partout elle ondule mollement, se renfle, s’arrondit en relief, ou se déprime et se cache avec mystère ; jamais d’angles ni de saillies brusques, toujours des courbes, suaves, ravissantes et de moelleux contours. Admirez cette longue et soyeuse chevelure qui ondule sur l’ivoire de ses épaules; regardez ces beaux yeux pleins de tendresse et d’amour ; et sur sa jolie bouche, qu’embellit le sourire, ne devinez-vous pas une promesse de bonheur î câr, ainsi que la fleur sur le rameau promet un fruit, de même le sourire sur des lèvres de femme promet un plaisir. Et puis, la douceur de sa peau, la délicatesse de sa main, dont le contact vous fait tressaillir ; la souplesse de sa taille, la légèreté de sa marche, la grâce répandue dans ses moindres mouvements, tout annonce en elle un être fait, pour charmer, pour plaire et être aimé. Oui, la femme possède, au yuprême degré, cette beauté gracieuse et attrayante qui, en inspirant l’amour et l’admiration, lui assure à jamais le doux empire des cœurs.
Ce fut particulièrement chez la nation et les colonies grecques que la beauté de la femme de-
vint l’objet d’une éducation toute spéciale Les enfants des deux sexes étaient conduits au gymnase pour s’y livrer aux exercices du corps. Des lois réglaient les âges les plus favorables au mariage, et prohibaient strictement les unions disproportionnées. Aussi ne voyait-on pas, comme aujourd’hui, la vieillesse s’unir à la jeunesse, les nains aux géants, les êtres difformes aux êtres bien conformés, des sujets malingres et portant les germes d’affreuses maladies, se marier entre euxl De cet état de choses et de la vie réglée des femmes enceintes, il résultait une génération saine, robuste et parfaitement constituée. Si l’on ajoute à ces conditions de perfectionnement physique, les soins incessants que prenaient les mères d’écarter de leurs filles tout ce qui pouvait nuire au développement de leurs charmes et de les entourer de tout ce qui pouvait leur être favorable ; si l’on tient compte de ces fa meux concours de la beauté, où la femme jugée la plus belle était couronnée avec solennité aux yeux d’une foule immense, on croira sans peine aux prodiges opérés par la beauté des femmes grecques.
Appréciateurs enthousiastes de la beauté physique, les Grecs furent les premiers qui déifièrent la perfection des formes féminines, sous
les traits d ’Aphrodite (Vénus) ; ils élevèrent de nombreux autels à cette déesse, et leurs artistes multiplièrent en tous lieux ces charmantes images. Pygmalion, Zeuxis, Scopas, Praxitèle, Phidias, Polyclète, Lysippe, ces grands maîtres de l’art plastique, fixèrent invariablement les lignes, proportions et rapports des diverses régions du corps humain.
La beauté d’Hélène, qui eut un si grand retentissement dans l’antiquité, servit de base à Zeuxis pour établir les qualités, proportions et rapports qui constituent la beauté parfaite, selon l’art. Le portrait qu’il fit de cette princesse célèbre, réunissait, d’après Scaliger, les trente beautés suivantes :
Trois choses blanches:
La peau, les dents et les mains.
Trois noires :
Les yeux, les cils et les sourcils.
Trois roses :
Les lèvres, les joues et les ongles.
Trois longues:
Les cheveux, la taille et les doigts.
Trois courtes:
Les dents, les oreilles et les pieds.
Trois étroites:
La bouche, la ceinture et le fait.
Trois larges:
Le bassin, la poitrine, et l’entre-seins.
Trois grosses:
Le bras, la cuisse et le mollet.
Trois moyennes :
Les seins, le nez et.la tête.
Trois minces:
Les doigts, le poignet et le bas de la jambe.
Un de nos poëtes du dix-septième siècle composa sur ce thème le morceau suivant :
Trente points à la femme il faut pour être belle :
Trois de blancs, trois de noirs, trois de rouge couleur,
Trois de courts, trois refaits, trois de longue valeur,
Trois grêles, trois serrés, trois de large modèle,
Et trois moyens encor, le tout parfait en elle.
La peau blanche et les dents; l’œil noir est le meilleur.
Cils noirs et noirs sourcils, nez droit dans sa longueur,
Longs cheveux, longues mains et limpide prunelle ;
Pied court, oreille et dents, ceinture et fait étroit,
La bouche tout ainsi que l’entre-œil large soit.
Le bras et le mollet doivent s’offrir, en elle.
Arrondis, potelés; et la lèvre et le crin,
Et les doigts déliés ; chef, col et tétin,
Moyens et compassés comme Hélène fut telle.
La réunion de ces trente qualités, exigées pour une beauté accomplie, se rencontre rarement chez la même personne ; mais lorsqu’une ou plusieurs qualités font défaut, la nature établit toujours de larges compensations ; en sorte que les charmes de telle région du corps suppléent aux imperfections de telle autre. La femme est, d’ailleurs, l’être gracieux par excellence, et, à ce titre seul, elle aura toujours des adorateurs.
Milton reconnaissait cette vérité, et l’attestai ans ces vers ;
De la divinité, douce et fidèle image,
O toi ! son plus parfait et son dernier ouvrage
0 toi, qui fais briller tous ces dons précieux Qui charment, à la fois, et le cœur et les yeux. Grâces, gaîté, candeur, tendresse, modestie ; Toi qui sèmes de fleurs le sentier de la vie. Assemblage touchant de beauté, de vertus, Qui peut te résister, ô femme!
A plusieurs siècles de distance. Corneille Agrippa et Dechesnel eurent la même idée sur l’excellence de la femme.
Dieu mit six jours à former l’univers,
Et pour régner sur tant d’êtres divers,
Il créa l’homme à sa divine ifnage.
Content do tout, il le trouva si bien,
Que par la femme achevant son ouvrage,
A ce chef-d’œuvre il n’ajouta plus rien.
Dans un corps bien proportionné, les mesures suivantes se trouvent être d’une justesse remarquable :
La hauteur du corps est égale à cinq fois le diamètre de la poitrine, d’une aisselle à l’autre.
Dix fois la longueur de la main donnent également la hauteur de l’individu.
Le centre de la figure humaine doit être placé à la symphyse pubienne. De ce point le corps se divise en deux parties égales ; l’une supérieure, l’autre inférieure.
Tête, — Selon les règles de l’art, une tête de
femme, bien proportionnée, forme la septième partie de la longueur du corps ; c’est-à-dire que la hauteur de sa taille est égale à sept têtes ou faces. Chez l’homme, la taille ou hauteur du corps est égale à huit têtes.
Comme siège de l’intelligence, la tête est la plus noble région de toute l’économie. La somme des facultés intellectuelles se trouve en rapport avec la belle conformation de la tête et du cerveau. Une tête trop grosse ou trop petite s’éloigne également du type de beauté adopté par l’art et l’expérience.
visage. — Sa hauteur, de la naissance des cheveux au menton, doit être équivalente à la distance comprise entre les deux extrémités temporales des sourcils.
L’ovale du visage le plus gracieux, est celui dont les lignes, s’élargissant peu à peu, vont se rejoindre au sommet du front par un arc de cercle.
•hevelure. — Une longue chevelure est un des plus beaux ornements que la nature ait départi aux femmes. Les cheveux doivent être régulièrement implantés dans la peau du crâne, de manière à laisser un espace convenable aux belles proportions des régions frontale et temporales. Un front trop couvert est disgracieux ; un front trop
découvert est aussi un défaut ; il en est de même pour les tempes. — Les couleurs les plus estimées sont la noire et la blonde : selon les goûts, on donne la préférence à l’une ou l’autre ; mais, en principe, elles sont également belles, et il est difficile de décider à laquelle des deux on doit donner la préférence.
Le Front. —La beauté du front dépend de ses proportions en rapport avec l’ovale du visage. Trop large ou trop étroit, trop élevé ou trop bas, sont des imperfections qui nuisent à l’ensemble des traits. La peau du front, d’un blanc mat, exempte de replis, de sillons, de creux et de reliefs, sera parfaitement unie dans toute son étendue ; au calme et à la pureté de ses lignes, on juge de la douceur du caractère et de la sérénité de l’âme.
Les Yenx, ces brillants miroirs où viennent se réfléchir nos affections, doivent avoir un module de longueur et être fendus horizontalement. Les yeux noirs ont plus de vivacité, font jaillir plus de feux que les yeux bleus ; mais ceux-ci annoncent plus de tendresse et des passions tranquilles. Les yeux fendus en amande sont réputés les plus beaux.
Les Sourcils bien marqués et terminés en oointe filiforme vers l’extrémité temoorale, sont
les plus estimés*. Des sourcils épais et fortement arqués, impriment à la physionomie quelque chose de sévère et de dur; au contraire, les sourcils délicats qui s’éloignent peu de la ligne droite, donnent au visage beaucoup de douceur et de franchise.
lies Cils longs et soyeux, régulièrement implantés et parfaitement isolés les uns des autres, forment la bordure indispensable aux deux paupières. Les yeux, ainsi encadrés, sont remplis de charme et rien ne résiste à leur puissance.
les Joncs, -j- C’est dans leur parfaite symétrie, c’est dans l’harmonie des courbes, dans la teinte rosée et la fraîcheur, que réside leur beauté. La ligne qui limite la joue et s’étend de l’aile du nez au menton, doit être délicatement dessinée pour donner au visage la grâce et l’expression.
Le Me* est la partie la plus saillante du visage ; sa longueur doit être égale à celle du front et sa grosseur proportionnée aux autres traits de la face. Le nez grec est le plus parfait, parce qu’il conserve la ligne droite et s’ouvre par deux narines de médiocre longueur, arrondies en arrière, légèrement cintrées à leur partie moyenne et terminées en pointe mousse. Pour être irréprochable, le contour intérieur des narines exige une grande délicatesse.
Si» Bowelico — C’est le charmant asile du sourire, le siège de l’éloquence et le trône du baiser : sa forme la plus parfaite est celle d’un arc détendu que les artistes grecs comparaient à l'arc de l’Amour. Deux lèvres fraîches et vermeilles, dont les lignes vont se rejoindre en mourant dans les commissures, sont les plus belles ; cette fusion des lignes doit être parfaite pour former ces gracieux enfoncements où se cache l’essaim des ris, en attendant que le plaisir leur donne l’essor. — Des Gencives fraîches et vermillonnées, dans lesquelles sont enchâssées «Ses Dents blanches et bien rangées, composent les traits principaux d’une jolie bouche.
La houppe du Menton* délicatement arrondie, doit être exempte de fossette ; car cette fossette interrompt l'harmonie des lignes et nuit à la pureté du contour.
le Cou, véritable pivot de la tête, doit offrir, en hauteur, deux longueurs de nez, et, en circonférence, deux grosseurs de poignet. Un cou dégagé des épaules, exempt d’empreintes tendineuses et de veines, mince à sa partie supérieure, large à l’inférieure, réunit toutes les conditions de beauté.
les Épaules charnues, égales en hauteur, légèrement arrondies, et dont les courbes insensibles vont se perdre dans la gouttière dorsale, sont
une des régions les plus attrayantes du corps de la femme,
jLa Poitrine. — Contrairement à l’opinion du jour, née de la funeste mode du corset, la poitrine doit être plus étroite à son sommet qu’à sa base, afin de loger commodément le cœur et les poumons, organes essentiels à la vie (1).
C’est sur la poitrine que naissent et se développent ces deux hémisphères d’albâtre, vrais trésors de l’organisation féminine : les Seins!.,. A ce nom', le désir de contempler, d’admirer, naît dans tous les cœurs ; car ces organes réunissent en eux toutes les richesses, toutes les voluptés de la forme : délicatesse de lignes, suavité de contours et ravissante blancheur. Leur perfection exige cette élastique fermeté, devenue si rare depuis l’usage du corset. La gouttière inter-mammaire, c’est-à-dire l’espace qui sépare les deux seins, équivaudra à la largeur d’un de ces organes. Les plus beaux seins doivent offrir une large base et se terminer en un cône arrondi, ainsi que ceux de la Vénus de Médicis, type luxuriant de beauté féminine.
les Bras, moelleusement attachés aux épaules,
(1) Voyez, à ce sujet, VHygiène de la Poitrine, ouvrage que devraient consulter toutes les mères de famille, chez Dentu, Palais-Royal, S Paris. Prix : 2 fr. 50 c.
seront exempts d’empreintes tendineuses et d’une rondeur irréprochable ; leur grosseur ira en diminuant d’une manière insensible, de l’attache du coude. A partir «les Coudes, les lignes devront se renfler, puis dirbinuer et se perdre dans l’articulation du poignet.
îjîs main doit être allongée, potelée et armée de doigts bien articulés, gros à leur naissance, effilés à leur bout et arrondis dans toute leur longueur. L’extrémité libre des doigts sera garnie d’ongles cintrés, roses et transparents. La blancheur et la douceur de la peau sont deux conditions nécessaires à la beauté de la main.
I,e Bassin doit être large, évasé, pour laisser un champ libre aux mystères de la reproduction. — La chute des reins doit être accusée par une légère cambrure, pour faire ressortir le renflement arrondi qui termine le buste.
Bies Jtainlics servent de colonnes h Fédiflce humain; il est nécessaire qu’elles soient douées d’une solidité en harmonie avec le poids du corps et avec l’énergie des divers mouvements de progression et de saltation. Elles seront donc solidement attachées au bassin ; leur grosseur ira toujours en diminuant jusqu’au genou, dont la rotule devra rester cachée dans le tissu cellulaire. — ÏLe Mollet naîtra insensiblement du jarret, se
renflera peu à peu, atteindra son plus fort développement vers le tiers supérieur du tibia, puis diminuera de même jusqu’à ce que ses lignes se perdent insensiblement autour des malléoles. Ainsi construite, la jambe aura toute la finesse désirée.
Les Pieds seront petits, étroits, garnis d’orteils bien gradués. La plante du pied formera une voûte légère, du talon à l’éminence tarsienne.
Tels sont les principaux traits qui caractérisent la beauté physique ; mais la beauté parfaite exige encore deux autres qualités : le coloris et l’expression. La blancheur de la peau, la teinte rosée des joues, l’incarnat des lèvres, la fraîcheur de la carnation, l’animation des traits par les sentiments et passions, etc., sont le complément indispensable à sa perfection.
La beauté exige encore une dernière condition : la symétrie, c’est-à-dire l’exacte ressemblance des organes doubles et la régularité des parties simples. L’irrégularité fait manifestement sentir toute l’importance de la symétrie. Ainsi, deux seins de différent volume, deux joues, deux yeux dissemblables, deux bras d’inégale longueur, une épaule plus élevée que l’autre, un nez qui dévie de la ligne droite, etc., sont des vices incompatibles avec la beauté. Les femmes savent instinctivement cela ;
celles qui sont affligées de quelques-uns de ces défauts emploient des moyens plus ou moins ingénieux pour les dissimuler.
Les moyens de cultiver la beauté, de conserver la fraîcheur et le coloris de la peau, de traiter les diverses maladies qui en ternissent l’éclat, de combattre, enfin, toutes les altérations de formes et de couleur, sont indiqués dans nos ouvrages sur l’hygiène des régions du corps, nous y renvoyons nos lectrices (1).
Dans le double intérêt de leur beauté et de leur santé, nous donnons aux dames le conseil de rejeter de leur toilette cette foule de cosmétiques prônés, dans les journaux, par le charlatanisme. Les prôneurs de ces eaux, lotions et pommades merveilleuses, sont, en général, des gens de bas étage, dont l’unique but est le gain sordide. Lisez, Mesdames, à ce sujet, l’intéressant ouvrage intitulé : Les Parfums de la toilette , et vous serez éclairées sur la mauvaise foi de cette parfumerie charlatane, véritable fléau de la beauté.
(1) Sous le titre $ Encyclopédie hygiénique de la Beauté, sont compris : 1° Hygiène des cheveux ; — 2° Hygiène du visage ; — & Hygiène des pieds et des mains ; — 4" Hygiène des baigneurs ; — 5° Hygiène de la voix; — 6° Hygiène de la beauté humaine, dans ses formes et sa couleur; 7° Hygiène vestimentaire; — 8° Hygiène du mariage; — 9“ Hygiène alimentaire, indiquant (les moyens rationnels pour maigrir et engraisser.
Les personnes intelligentes comprendront facilement que l’art de préparer les produits favorables à la chevelure et à la peau, exige des connaissances médicales et chimiques ; or, il est rationnel de rejeter, comme pouvant être dangereux, tous les produits qui n’offrent point cette garantie scientifique.
Il existe, heureusement, quelques grandes maisons de parfumerie où s’est réfugiée la bonne foi ; c’est donc à elles qu’on doit s’adresser pour tous les articles de toilette. Parmi ces grandes parfumeries, on cite, en première ligne, la maison Ed. Pinaud, connue depuis longtemps par sa loyauté, par la supériorité de ses produits et par l’excellente composition de ses formules, faites selon les règles de l’art. Nous en donnerons la preuve en relatant, à la fin de cet ouvrage, quelques-unes des recettes les plus usuelles et qui pourront être d’une graude utilité à nos lectrices.