‹ Physiologie descriptive des trente beautés de la femmeChapitre 17 sur 50 · POÉSIE. — LITTÉRATURE. — ÉDUCATION. — MORALE · texte numérisé non relu

POÉSIE. — LITTÉRATURE. — ÉDUCATION. — MORALE

Les lettres et les arts montrent avec orgueil, dans leurs annales, une longue série de noms de

femmes célèbres ; mais c’est surtout la poésie et la musique qu’elles cultivent de préférence. Cela tient, sans doute, à la vivacité de leur imagination et à la prédominance de l’organe du coloris sur les autres organes du cerveau ; nous ajouterons : à la pureté de leur amour, à la délicatesse de leurs sentiments et à la richesse de leur organisation physique et morale.-

Aux âges héroïques de la Grèce, la poétesse Myrtis enseigna l’art des vers à Pindare, et une autre femme, la célèbre Corinne, entra cinq fois en lice, aux Jeux olympiques, avec ce prince de l’ode, et remporta sur lui cinq couronnes. — Daphné, fille du divin Tyrésias, rendait des oracles en vers si beaux, que le divin Homère les jugea dignes de figurer dans ses poëmes. — A Mytilène, une femme excella dans l’ode et l’élégie, l’immortelle Sapho ! Ses concitoyens la surnommèrent la dixième muse et frappèrent des médailles en son honneur.

L’histoire grecque nous a transmis les noms d’un grand nombre de femmes qui se rendirent célèbres dans les lettres :

Mïre, de Byzance, louée par Athénée ;

Nossma, regarpéc dar Antipatre comme la femme la plus savante de son temps;

Clitugora, célébrée par Aristophane ;

Parthénis, citée dans l’anthologie grecque;

Théano, fille de Pythagore, grande poétesse ;

Cléobüline, fille du roi de Rhodes, qui refusa le trône de son père pour se livrer entièrement à la poésie ;

Haydilie, d’Athènes ;

Praxille, de Sicyone ;

Phaneta, inventeur du vers hexamètre;

Damophile, de Lesbos;

Thargélie, de Milet ;

Puylénis, de Leucade;

Léontium, élève d’Épicure;

Aspasie, de Milet ;

Laïs, Lasthénie, etc.;

et tant d’autres femmes célèbres, qu’il serait trop long dénommer, cultivèrent avec succès la poésie, l’éloquence et la philosophie.

Dans les premiers temps de la fondation de Rome, la sibylle Carmenta composait et débitait des vers si harmonieux que les Romains lui bâtirent un temple et lui décernèrent les honneurs divins.

Cornéficie, fille du poëte Cornéficius, égala son père en poésie.

Agala occupa une chaire de belles-lettres à Corfou.

Elvis composa des hymnes sacrées qui se chantaient dans la basilique de Saint-Pierre de Rome. Les poètes d’Italie honorèrent sa mémoire.

Le nombre des femmes qui, au moyen âge, s’illustrèrent dans la poésie et les arts, est si grand, qu’il faudrait des volumes pour les dénommer. Il nous suffira de dire qu’en Italie, surtout, il n’était

pas de petite ville qui ne possédât sa femme savante ou son Bas-bleu.

Cassandra Fedele, au seizième siècle, remplit toute l’Italie de sa réputation, et Politien lui écrivait:

« Vous écrivez des lettres ingénieuses, élégantes, empreintes d’une grâce virginale, et néanmoins pleines de sagesse et de gravité. J’ai lu aussi vos discours, qui brillent par le coloris des expressions, la richesse et l’harmonie du style; j’ai même appris que vous avez le talent d’improviser, talent qui a manqué à plusieurs orateurs. On dit que dans la dialectique vous savez compliquer des nœuds que personne ne saurait dénouer, et vous avez la sagacité de trouver la solution de ce qui paraissait devoir rester insoluble. Dans les combats philosophiques, vous savez également défendre vos propositions et attaquer celles des autres, et, vierge, vous osez vous mêler aux guerriers. Enfin, dans celte belle carrière des sciences et de la littérature, le sexe ne nuit point en vous au courage, ni le courage à la pudeur, ni la pudeur au génie ; et, tandis que le monde retentit de vos ouvrages, vous baissez les yeux et conservez cette rare modestie, noble apanage des intelligences d’élite. »

L’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre, la Russie, la Pologne, la Suède, la Prusse, toutes les nations enfin, possèdent leurs femmes de lettres et leur accordent des hommages mérités ; mais, de tous les pays du monde, aucun ne fut plus fertile en femmes savantes ou lettrées que la France, et il nous suffira d’en citer quelques-unes pour prouver que notre pays l’emporte sur les autres dans ce genre de gloire.

Madame Dacier était si profondément versée dans les langues grecque et latine, que les plus grands hellénistes et latinistes de son temps venaient la consulter sur les difficultés qu’ils rencontraient. Elle traduisit Homère, Térence, Horace, e* joignit à ses traductions des notes qui font encore aujourd’hui l’admiration des savants.

Mesdames de Genlis, de Sévigné, Deshoulières, de Riccoboni, de Ville-Dieu, de la Suze, de la Sablière, de Thianges, de Lambert, de Puisieux, de Sommery, de Graffigny, de Sabran, de Montausier, de Bourdic, de Montenclos, Cottin, Labé, Laféraudière, Vanoz, Polier, de Chatenay, Guichelin, Robois, etc., etc. ; mademoiselle Scudéry, qui remporta le premier prix d’éloquence que proposa l’Académie française; madame Verdier,

qui fut louée par Voltaire et Laharpe ; mesdames de Montansier et de Longueville, panégyrisées par Fléchier.

Madame de Staël, dont la célébrité fut européenne, aborda avec un égal succès les questions d’art, de politique et de philosophie.

Cornélie Knigiit, d’origine française, a écrit un ouvrage plein d’érudition, et il est exact de dire qu’elle a fait pour Rome ancienne'ce que fit Barthélemy pour Athènes, dans son Voyage du jeune Anacharsis.

Madame Guizot, qui s’est fait remarquer par la finesse de ses critiques, par la profondeur de ses jugements et son érudition philosophique, a pris rang parmi les grands moralistes de l’époque.

Une circonstance très-remarquable, c’est que la plupart des femmes auteurs ont consacré leur plume à l’importante question de l’éducation des demoiselles ; leurs écrits ont un caractère particulier. qu’on ne trouve point dans ceux des hommes qui ont traité la même question ; ils respirent cette tendresse maternelle si active, si vigilante, et à laquelle aucun autre sentiment ne saurait être comparé.

Mademoiselle de Sommery a écrit sur l’éducation des jeunes demoiselles, des pages que toutes les mères devraient lire.

Mesdames de Rémusat, Leprince de Beaumont, et plusieurs autres, ont laissé d’excellents ouvrages sur l’éducation des demoiselles, et de précieux enseignements sur la conduite que doivent tenir les femmes.

L’Angleterre s’honore de beaucoup de femmes qui ont écrit ce genre d’ouvrages.

Miss Moore a publié des Essais sur l’éducation des jeunes demoiselles , où l’on trouve des observations très-utiles.

Le Traité d'éducation pratique , de miss Edgeworth, est un des ouvrages les plus remarquables sur cette importante matière.

Les Lettres pratiques et les Principes élémentaires de Céducation , de madame Hamilton, sont de la plus grande utilité aux jeunes personnes.

Les Promenades champêtres , de madame Smith, particulièrement destinées aux jeunes demoiselles, oni pour but de leur inspirer des goûts simples et l’amour de la famille.

V Ami des jeunes demoiselles , de madame Rowson.

Le Mentor des enfants , de madame Bonhotte.

Les Anecdotes pour la jeunesse, de miss Wackfield.

Les Lettres sur le bonheur des jeunes demoiselles , de madame Wells.

Les Essais adressés aux jeunes femmes, de madame Griffith, et beaucoup d’autres ouvrages propres à inspirer l’amour de la vertu et l’horreur du vice.

Plusieurs femmes russes, allemandes, italiennes et espagnoles, ont aussi consacré leur plume à des traités spéciaux d’éducation des jeunes personnes. Il est à regretter qu’elles aient été étrangères à la physiologie, à la gymnastique, et surtout à l’hygiène domestique, si utile, si nécessaire aux mères de famille.

L’art dramatique n’est point exclusivement réservé à l’homme, plusieurs femmes l’ont exploité avec succès.

Hrowita, religieuse allemande, a laissé des drames en langue latine rimée ; ces drames ont

été traduits en français par M. Charles Magnin, de l’Institut.

Mesdames Cowley, Inchbald, Griffith, Lenox, Lée Baillie, ont composé de très-bonnes tragédies et comédies.

Anna de Caro, de Séville, et Anna de Castro, ont écrit des comédies estimées des connaisseurs. Mesdames de Genlis, de Graffigny, Motteville, Scudéry, Bawr, ont laissé plusieurs comédies remarquables par l’élégance du style. De nos jours, mesdames George Sand, Ancelot, Waldor, Ségalas, ont prouvé, par d’immenses succès, que la femme pouvait, aussi bien que l’homme, aspirer aux honneurs de la couronne dramatique.

Au nombre des poètes distingués de notre époque figurent, en première ligne, mesdames Duffrenoy, Tastu , Desbordes-Yalmore, Sophie Gay, Émile de Girardin, Anaïs Ségalas, Louise Colet, Eugénie Foa, Mélanie Waldor, Élisa Yoïart, Flora Tristan, Clémence Robert, et tant d’autres muses, aux tendres accents, aux vers harmonieux, qui ont révélé à leur siècle combien un cœur de femme recélait d’éloquence, d’amour et de poésie.

Et parmi ces beaux noms, dont se glorifie la France, un nom s’élève plus brillant encore, GEORGE SAND 1 C’est qu’en effet, cette femme extraordinaire est arrivée, de plein saut, à ces hautes régions qu’habitent les grandes intelligences, le Génie ! Jamais pinceau ne broya de plus riches couleurs ; jamais plume ne traça des lignes plus harmonieuses, plus poétiques ; et si, parfois, on lui reproche une parole acérée, un amer dédain des choses sociales, on est forcé d’avouer qu’elle possède, au plus haut degré, l’art de peindre les mouvements passionnés du cœur et de l’âme, qu’elle excelle à donner une ferme éloquente et sublime aux questions les plus arides de la philosophie. Artiste, poète, philosophe et politique à la fois, réunissant en elle tous les genres de mérite, cette femme, à jamais célèbre, a éclipsé les plus brillantes réputations des âges anciens et modernes.

Parmi les femmes de génie, nous en avons déjà cité plusieurs, qui se sont proposé, dans leurs écrits, de prouver que les deux sexes étaient égaux par nature, et que, s’il existait une infériorité relative chez la femme, il fallait en accuser l’égoïsme des hommes, qui leur refusent l’instruction, arbitrairement réservée au sexe mâle. Elles se récrient contre la tyrannie de l’homme qui les prive de leur part dans les affaires publiques et les con-

fine dans leurs foyers. Ces femmes-là ont raison de soutenir et de réclamer leurs droits ; mais elles ont tort de juger la généralité des femmes d’après elles ; car si, en se posant comme principe, elles, qui ne sont que des exceptions, prétendent tirer une conclusion générale, elles pèchent, par cela même, contre la faculté de généraliser.

Il est physiologiquement démontré que les dispositions naturelles de la femme sont différentes de celles de l’homme, non dans l’essence, mais dans les modifications. Certaines facultés sont beaucoup plus actives chez la première que chez l’homme, tandis que certaines autres sont plus développées chez celui-ci que chez la femme : cette différence dépend exclusivement de l’organisation physique, et constitue la loi des compensations.

SECTION XVI

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