CONCLUSION ANALYTIQUE
Ainsi, partout et en tout, la femme égale l’homme, et très-souvent le surpasse. Nous croyons fermement que si l’éducation des jeunes demoiselles, si étroite, si routinière, si défectueuse en tout pays, devenait plus large, plus sérieuse, et développait les élans de la raison au lieu de les comprimer, nous croyons que le nombre des femmes lettrées et philosophes (ce qui ne les empêcherait pas d’être bonnes épouses et bonnes mères), augmenterait considérablement.
Le burin de Clio a gravé, au Temple de Mémoire. les noms de toutes les femmes célèbres de
l’antiquité et des temps modernes : mais selon nous, ce n’est point encore assez ; leurs concitoyens auraient dû leur élever un monument qui témoignât de leur admiration et de leur reconnaissance ; un monument sur lequel chaque femme, jetant les yeux en passant, eût retrempé son âme et fortifié son esprit à de glorieux souvenirs. Les grands hommes, en France, ont bien leur Pan' thêon, pourquoi en priver les femmes? Le courage, l’intelligence, le génie n’ont point de sexe ; l’im mortalité est pour tous ceux qui l’ont méritée.
Résumons notre éloge des femmes par une rapide analyse de leurs facultés, de leurs vertus et de leurs défauts. — La femme, excellente et dangereuse créature, ange de douceur et de sensibilité, type frappant de bonté, de malice, d’attachement et d’inconstance, de modestie et de vanité ; toujours excessive dans ses passions, bonnes ou mauvaises. Douée de finesse et de perspicacité, la femme supplée à la force qui lui manque par les ressources de son esprit ; elle possède un arsenal complet de répliques et d’à-propos ; dans les circonstances difficiles, elle conserve un admirable sang-froid, un aplomb imperturbable, et, au be-
soin, le mensonge sort si gracieux de sa bouche, qu’on est forcé de le prendre pour une vérité.
Tantôt rusée, coquette, sylphide séduisante et légère, elle vous attire, vous entraîne et vous échappe au moment où vous croyez la saisir ; si, fatigué de l’inutilité de vos poursuites ; si, maudissant ses dédains ou ses caprices, vous lui jetez une menace d’abândon, nouvelle Circé, d’un sourire elle vous ramène à ses pieds, vous entoure de ses enchantements, fait glisser sur vos nerfs les joies du ciel ou les tortures de l’enfer. Tantôt, vertu sévère, d’un geste elle vous intimide et vous glace d'un regard ; c’est lorsque vous la croyez vaincue qu’elle se relève plus fière, plus superbe que jamais, et vous commande, en reine, obéissance et respect; d’autres fois elle s’abandonne à vous comme un enfant.
Ouvrez l’histoire du genre humain, observez attentivement les femmes dans les mille nuances qu’elles offrent, et cherchez si quelque autre être, sur la terre, subit d’aussi nombreuses, d’aussi complètes métamorphoses. Nymphes séduisantes, vous les voyez former des chœurs de danse sur les rives fleuries de l’Ilyssus. — Chastes et timides, elles marchent les yeux baissés dans les cérémonies du Culte et jonchent" le sol de fleurs. — Bacchantes échevelées, l’œil en feu, elles font bruyamment
retentir l’air de leurs cris aux fêtes de Bacchus. —* Odalisques voluptueuses dans les harems d’Orient, et vertus austères dans les cloîtres d’Occident. — Épouses et mères, bravant la mort pour leurs maris ou leurs enfants. — Guerrières intrépides, audacieuses, ou faibles créatures s’évanouissant au moindre bruit. —Esclaves résignées chez les peuples barbares, et maîtresses impérieuses chez les nations civilisées. — Anges créant et détruisant tour à tour, allumant la vie par l’amour, et l’éteignant dans l’abus des voluptés ; les femmes sont tout ce qu’on veut qu’elles soient, ët finissent par faire tout ce qu’elles veulent.
La femme, étonnant assemblage de force et de faiblesse, de résignation, de dévouement, de haine et d’amour ; sous sa frêle et délicate enveloppe se cache une âme pétrie de nobles sentiments ou de noires perfidies, bat un cœur plein de courage, de folles terreurs et de superstitions. Telle femme affronte aujourd’hui les plus grands dangers, qui demain se brisera au moindre choc, frissonnera au contact d’un duvet. Telle femme qui ne s’imposerait point aujourd’hui le sacrifice d’un léger plaisir pour vous sauver d’un grand péril, demain exposera sa vie pour une bagatelle.
Oh 1 qui se flatterait de connaître à fond une nature de femme 1 quel observateur assez péné-
trant pourrait sonder les abîmes de son cœur ! quel peintre assez habile pourrait arrêter des traits aussi mobiles, fixer des formes et des nuances si vaporeuses ! La synthèse et l’analyse tombent elles-mêmes devant ce caractère, insaisissable dans ses rapides transformations, dans ses oscillations et ses contrastes, dans tous ses mystérieux détails.
La Chaussée a écrit :
La femme est une espèce à qui rien ne ressemble ;
C’est tout bien ou tout mal, ou tous les deux ensemble.
Est-elle vertueuse, elle l’est à l’excès,
Sa sagesse devient un véritable accès;
La modération lui parait insipide,
C’est toujours à l’extrême où son penchant la guide.
Portons d’un autre côté nos regards, examinons le rôle sublime de la femme à l’égard de l’homme, sa sollicitude, ses bienfaits et son dévouement perpétuel.
C’est la femme qui nous porte dans son sein, qui nous donne la vie, nous allaite et veille sur notre berceau ; c’est elle qui dirige nos premiers pas et nous apprend à balbutier nos premiers mots ; c’est elle qui reçoit et nous rend notre premier sourire, qui essuie nos premières larmes; elle éloigne les dangers qui entourent notre enfance, dissipe nos chagrins et prépare nos plaisirs;
c’est elle qui, plus tard, partage nos travaux, en allège le poids et devient une moitié de nousinême ; ses bras nous ont tenus dans l’enfance, ils nous servent d’appui dans la vieillesse. Lorsque les derniers horizons de la vie se déroulent à nos yeux, c’est sa main que nous pressons dans une dernière étreinte, et, sur notre tombe déserte, c’est elle encore qui vient répandre des larmes et jeter quelques fleurs. O femme 1 la nature semble avoir confié l’homme aux inépuisables soins de ta tendresse ; l’humanité entière s’honore de tes bienfaits, et l’ingratitude même est forcée de les reconnaître.
Pour sentir la douleur d’autrui, elle n’a qu’à la voir ; les paroles qui consolent, les prévenances, les soins qui soulagent, elle les possède naturellement. Quiconque souffre a droit à son intérêt, à sa pitié. Lorsqu’elle ne peut aider matériellement l’infortune, elle la soulage moralement. Jetées au milieu de nos haines, de nos passions, les femmes cherchent toujours à les modifier, à les endormir. C’est par la femme que les nobles sentiments, les élans généreux et les procédés pleins de délicatesse s’acclimatent dans un pays, se naturalisent chez un peuple ; ce sont elles qui adoucissent les mœurs farouches et civilisent les instincts grossiers. Que deviendrait la société si les femmes s’en reti-
raient?... Alors, que de maux, que de souffrances sans pitié ; que d’angoisses et d’infortunes sans espoir de soulagement 1
Oh ! de combien de respect, d’admiration et d’hommages devrait être entourée la femme qui guérit les plaies de notre cœur et jette quelques fleurs sur le sol aride de la vie ; de combien d’amour et de reconnaissance ne devrait-elle pas être l’objet? Providence de la famille, déesse tutélaire du foyer, la femme prévoit tout et veille à tout. L’homme ne peut se passer d’elle; un instinct puissant lie son existence à la sienne ; il a besoin de la voir, de l’entendre ; il franchit tous les obstacles, se résigne à des années de souffrance pour mériter et obtenir son amour. C’est pour elle qu’il convoite la fortune et la gloire, car elle est le but de ses désirs ; c’est elle qui prolonge ses veilles et remplit son sommeil de rêves délicieux ; c’est elle qui parfume l’air qu’il respire ; enfin, elle est le charme de son cœur, l’idole de son âme, l’espoir et le bonheur de sa vie.
Enfant, qu’elle est gentille, intéressante dans ses jeux, préludant, avec ses poupées, aux tendres soins qu’elle doit donner un jour.
Vierge , qu’elle est pure ! On admire la frai-
eheur de ses charmes naissants ; on aime à respirer les parfums d’innocence qui l’environnent ; on envie le bonheur de lui plaire et de fixer son choix.
Amante , qu’elle est belle, ravissante 1 que d’éloquence sur ses lèvres et de mélodie dans sa voix ! Son sourire, qu’il est enivrant ! et ses yeux!... l’étincelle en jaillit, vous frappe et vous consume.
Mère, qu’elle est sublime ! Tendrement expansive dans ses joies et résignée dans sa souffrance ; on aime à la voir, au sein de sa famille, prévenir, écarter les dangers, veiller et satisfaire à tous les besoins.
Ainsi, on l’aime dans son enfance ; elle plaît par sa gentillesse, amuse par son babil. Oh ! qu’il est intéressant le babil de cette jolie petite fille ; ses questions multipliées, ses sauts d'une idée à l’autre, ses phrases commencées et interrompues, ses inflexions de voix, ses , mille démonstrations bruyantes, annoncent qu’elle commence la vie et que tout est beau pour elle ; heureux âge !...
On l’aime à seize ans, mais c’est d’amour ; on l’idolâtre, on lui prodigue l’encens de l’adoration
Qu’elle est puissante! alors qu’elle résume dans un baiser, toutes les jouissances, toutes les voluptés de la vie... qu’elle verse dans nos cœurs cette ivresse délirante qui réduit nos sens à un seul, celui du bonheur... Alors, qu'elle est puissante ! Homme, tu n’es que son esclave 1 à ses pieds, prosterné, tu l’admires, tu l’adores plein de soumission et d’espoir ; elle est l’ange de tes rêves et la divinité qu’invoque tes ardentes prières.
On l’aime à l’âge mûr, mais c’est d’amitié; on l’estime, et les doux souvenirs qu’elle a laissés dans notre âme nous la rendent encore plus chère.
Dans son enfance elle intéresse,
On doit l’aimer dans son printemps,
La soutenir dans sa vieillesse,
La respecter dans tous les temps.
Compagne inséparable de l’homme, ô femme !
tu es la fleur qui sourit à sa naissance, qui parfume sa vie et se penche sur sa tombe : l’homme doit t’aimer toujours, te bénir, te glorifier 1
Il faut t’aimer dès qu’on te voit paraître,
C’est un désir qu’on ne peut modérer;
Plein du bonheur que ta beauté fait naître,
L’homme vaincu te reconnaît pour maître,
O femme ! il faut t’aimer, soupirer, t’adorer;
Il faut t’aimer lorsque tu prends ta lyre Et qu’on l’entend sous tes doigts murmurer ;
Lorsque ta voix suavement soupire Un chant d’amour ; alors, avec délire,
O femme ! il faut t’aimer, t’écouter, t’adorer.
Il faut t’aimer, t’aimer à la folie,
Quand tes beaux yeux nous ont dit d’espérer.
En te voyant si tendre, si jolie,
Le cœur s’enflamme et la tête s’oublie...
O femme ! il faut t’aimer, te plaire, t’adorer.
Il faut t’aimer lorsqu’un charmant sourire Vient mollement sur tes lèvres errer,
Nouvelle Armide en l’art de nous séduire,
A t<>i des cœurs, à toi le doux empire,
O femme ! il faut t’aimer, t’obéir, t’adorer.