CHAPITRE IV
PENSÉES , MAXIMES ET RÉFLEXIONS CONCERNANT LES FEMMES, TIRÉES EN PARTIE DE DIVERS OUVRAGES, ET, EN PARTIE, PROPRES A L AUTEUR.
Partant du principe de la conformité et de l’homogénéité cérébrale chez l’un et l’autre sexe, la plupart des physiologistes et des philosophes reconnaissent à la femme une aptitude intellectuelle égale à celle de l’homme ; d’où il résulte que la femme peut remplir tous les emplois, hormis ceux qui sont opposés à la délicatesse de sa constitution. Mais, il faut dire encore à l’avantage de la femme, qu’elle surpasse l’homme par la vivacité de sa conception, par sa promptitude à tout saisir; elle apprend sans étude ce que l'homme n’acquiert qu’avec beaucoup de travail. Nous croyons inutile de faire observer que toutes les femmes, de même nue
tous les hommes, ne sont point propres aux arts et aux sciences ; mais, dans le cas d’aptitude égale des deux côtés, si l’on poussait la femme dans la voie des arts comme on pousse l’homme, il est très-probable qu'elle deviendrait au moins aussi habile que lui. Or, si les femmes sont inférieures aux hommes sur ce point, c’est l’éducation routinière qu’on leur donne qu’il faut en accuser, et non le défaut d’aptitude. Yoyez, dans tous les pensionnats de jeunes demoiselles, si l’on ne s’applique pas davantage à développer l’esprit superstitieux que la liberté de penser ; dès le bas âge, on étouffe la raison en développant presque exclusivement la mémoire et l’imagination ; on sature le cerveau de faits merveilleux, impossibles ; on y incruste d’absurdes croyances, tandis que le jugement est condamné au repos ; alors, et pour toute la vie, les hautes facultés intellectuelles sont frappées de stérilité ; car la croyance au merveilleux, autrement dit la superstition, est l’éteignoir de l’esprit.
Le reproche de légèreté, d’inconstance, de versatilité, qü’on adresse aux femmes, est-il fondé? Oui, s’il porte sur certaines choses, certains objets, tels que rubans, bijoux, parures, modes, bals, théâtres, etc. ; mais, pour ce qui regarde les choses de sentiment, les affections du cœur, nous répondrons: Non! En effet, qu’on se donne la peine
de compulser les fastes de l’amour, de la tendresse filiale et maternelle, du dévouement conjugal, et l’on acquerra la certitude que, pour une femme inconstante, égoïste, on rencontre des milliers d’hommes entachés de ces vises. L’ingratitude de la fille envers ses père et mère est fort rare, tandis que l’ingratitude des garçons n’est malheureusement que trop commune. L’indifférence de la femme pour ses enfants est si exceptionnelle qu’on la regarde comme une monstruosité, pourrait-on en dire autant de messieurs les hommes? Enfin, dans les cas d’inconstance de la femme, si l’on remonte à la source, on découvre que c’est l’homme qui en est, presque toujours, la cause occasionnelle. De même pour la jalousie: les femmes jalouses sont peu nombreuses ; et il n’est peutêtre point d’homme qui n’ait senti, au moins une fois en sa vie, le poison de la jalousie lui dévorer le cœur.
Nous avons v.u que le cerveau des femmes était parfaitement semblable à celui des hommes ; mais, dans le cœur des premières, il y a une fibre de plus? celle du sentiment.
En fait de sentiment, les femmes sont inappréciables; en fait de tendresse, elles ne sauraient être trop appréciée?.
La femme est entraînée instinctivement vers tout ce qui est beau, élégant et soigné. Dès l’enfance elle aime à se parer, et son goût pour la parure ne fait qu’accroître avec les années ; elle se façonne promptement et avec facilité aux usagi s du monde; elle acquiert de bonne heure ces formes agréables et élégantes, ces manières douces et polies qui charment les plus indifférents ; enfin, elle est l’ornement des sociétés, dans un âge où les jeunes gens sont ordinairement grossiers et livrés à un embarras qui tient de la gaucherie.
L’empire de la femme est un empire de douceur et d’amour, ses ordres sont des caresses; ses menaces des pleurs; elle doit régner dans la maison comme un ministre dans l’État.
Les femmes sont la plus fine porcelaine du genre
humain ; très-casuelles, il faut les ménager et ne point les mettre à de trop fortes épreuves.
La femme est un trésor inappréciable de tendresse et d’amour; c’est la fleur qui exhale le plaisir, le calice qui contient le bonheur.
Si l’homme est la plus belle fleur de la création, la femme en est le parfum.
La femme est la manne divine, le rayon d’amour qui féconde et vivifie ; elle est la douce lumière dont le reflet dore l’existence de l’homme.
Entre les choses les plus parfaites de la nature, il n’y a rien qui plaise plus aux yeux des hommes que la vue d’une belle et jolie femme.
Les charmes de la femme ont un effet tellement sûr, qu’un moraliste a eu raison de dire : Qu’on
donne à une femme aimable l’homme le plus indifférent, le plus impérieux, elle fera de lui tout ce qui lui plaira de faire, pourvu qu’elle ait de l’esprit, assez de beauté et peu d’amour.
Pourquoi Dieu aurait-il donné aux femmes l’amabilité, les grâces et la beauté, si ce n’était pour rendre heureux les hommes?
sub l’esprit.
Les grâces et l’esprit donnent la vie à la beauté ; la femme qui n’est que belle ressemble à ces bijoux faux, montés avec art, qui fixent les regards par leur éclat, mais dont on reconnaît bientôt le peu de valeur.
Ce qu’on nomme l’esprit est plus naturel aux femmes qu’à l’homme.
L’esprit et le savoir des hommes sont plus souvent en défaut que le simple bon sens des femmes.
L’esprit des femmes est comme les arbres d’Eden, qui produisaient de beaux fruits sans culture.
L’esprit des femmes ressemble à leur corps ; il est beaucoup plus délicat que celui des hommes.
L’esprit est comme la lumière du soleil: il éclaire les uns, éblouit les autres, et répand autour de quelques individus un éclat de réverbération qui les décore.
Les femmes embellissent leurs écrits du coloris de leur amabilité.
Chez les femmes, les idées s’arrangent plutôt par sentiment que par réflexion.
Les femmes ont naturellement l’avantage de
mieux parler que les hommes, leurs expressions sont fines, délicates, tendres et spirituelles.
Les femmes doivent se défier du bel esprit; car, s'il les fait voguer un moment à pleines voiles, pour elles le naufrage est à craindre.
La femme qui vise incessamment au bel esprit fatigue ses auditeurs et se rend à charge.
Une femme d’esprit sans amour-propre fait les délices de ceux qui la fréquentent.
On peut briller par les parures, mais on ne saurait plaire que par l’esprit. C’est l’esprit qui vivifie le corps, qui anime et embellit la physionomie.
Les agréments de l’esprit sont aussi nécessaires
à la beauté que les désirs sont nécessaires à l’amour.
Le cœur et l’esprit ne mettent pas toujours leurs intérêts en commun.
Le cœur devrait être le sanctuaire de la vertu, et il ne l’est souvent que du vice.
On fait plus d’heureux par le cœur que par l’esprit.
L’on a dit, avec raison, que les femmes faisaient les mœurs d’une nation. Donnez aux femmes les talents qui leur conviennent, les mœurs et les vertus qu’elles doivent avoir, et les hommes seront vertueux.
Les femmes sont les protectrices naturelles de l’homme : elles veillent sur son enfance, se dé-
vouent pour lui et la famille ; dans l’âge môr elles te soignent, et le soutiennent dans sa vieillesse.
Une femme qui remplit bien sa destinée de femme est pour l’homme un ange tutélaire.
Les femmes ont cela de commun avec les fruits : m ou les entasse, elles se gâtent. Aussi, une femme de bon sens évite les réunions composées exclusivement de femmes.
Une femme aimable ne vieillit jamais.
îf y a des femmes qui sont belles sans en avoir fa réputation ; d’autres qui professent l’état de jolie femme sans aucun titre pour y prétendre; cela dépend du rôle qu’on a pris et du but qu’on s’est proposé d’atteindre en entrant dans le monde.
Les femmes qui ont passé l’âge de plaire ne
savent comment remplir le vide qu’elles remarquent autour d’elles, vide affreux qui augmente chaque jour. Elles éprouvent l’amer chagrin de n’étre plus louangées, de n’étre plus aimées, et sont aux prises avec les ennuis d’une vie oisive. C’est pourquoi il meurt beaucoup plus de femmes du monde, à l’âge de retour, que de femmes du peuple.