‹ Physiologie descriptive des trente beautés de la femmeChapitre 28 sur 50 · PB LA COQUETTERIE · texte numérisé non relu

PB LA COQUETTERIE

La coquetterie est un art qui a ses éléments, ses progrès et sa perfection. Il y a manière de marcher de parler, de chanter, de soupirer, de sourire, de bouder, de diriger ses regards, déplacer un ruban, de poser une aigrette, de mettre un chapeau, d’arranger ses cheveux, de la grâce aux plis d’une écharpe, d’une draperie, enfin d’imprimer un attrait aux moindres mouvements.

La coquette est tantôt froide, réservée, tantôt expansive, sémillante ; aujourd’hui elle feint de bouder, et demain de vous aimer à la folie. Tou-

jours maîtresse de son cœur, elle résiste à toutes les attaques et ne se rend jamais : elle vous attire, vous séduit, vous enchante, et vous retient malgré vous dans ses filets. On peut comparer le manège de la coquette à un feu d’artifice, qui commence par une étincelle, devient étoile, gerbe, et finit par de la fumée.

Le poëte Dufresny a fait l’apologie d’une aimable coquette, dans les vers suivants :

Par coquette, j’entends une fille très-sage,

Qui du faible d’autrui sait tirer avantage,

Qui, toujours de sang-froid au milieu du danger, Profite du moment qu’elle a su ménager,

Et sauve sa raison où nuus perdons la nôtre.

Une coquette est sage, et plus sage qu’une autre, Puisqu’étant exposée elle a plus combattu.

On ne peut le nier, la plus forte vertu Est celle qui soutient l’épreuve la plus rude :

La coquette a des droits bien plus beaux que la prude; Le beau droit que celui de faire des heureux!

Une prude, en sa vie, épouse un homme ou deux ; Mais la coquette habile, en n’épousant personne, Flatte, fait espérer, promet, jamais ne donne;

Et, laissant à chacun l’amour et. ses désirs Par sa sagesse enfin fait durer les plaisirs.

La nature ébauche les coquettes, et l’art les achève.

La coquetterie n’est que le fard du sentiment.

La coquetterie est une espèce de féodalité qui a ses vassaux, dont elle exige soumission, foi et hommage.

Bien des femmes ne sont coquettes que parce qu’elles n’ont pu être sensibles.

Les plus habiles politiques ne possèdent pas la moitié des ruses d’une coquette.

La coquetterie sauve les femmes des grandes passions.

La femme coquette veut plaire quand même ; la

femme galante veut séduire ; la femme du monde veut briller.

Une coquette délaissée est plus humiliée qu’afîtigée.

Semblable à une énigme, la femme coquette cesse de plaire quand on l’a devinée.

Considérées en masse, les femmes conduisent le monde. Cependant, il faut le dire, l’homme échappe souvent au pouvoir individuel des femmes, non par sa raison, mais bien par leurs défauts; ainsi, une coquetterie outrée refroidit l’homme le plus passionné et finit par le guérir de sa fièvre d’amour.

La coquetterie est, à Paris, comme les jeux de hasard : l’on y gagne ou l’on y perd en proportion des fonds qu’on y risque.

Madame de Sommery disait qu’il n’y avait rien de bon à attendre d’une coquette ; et La Rochefoucauld répétait que le moindre défaut d’une coquette était d’être coquette. Cependant, nous croyons qu’un petit grain de coquetterie, mais de coquetterie de bon goût, ne sied pas mal à une jeune femme.

Une femme sage est attentive à sa conduite, à sa maison, à ses devoirs ; une coquette n’est attentive qu’à son miroir, qu’à sa toilette,

Ce désir de plaire à tous et de plaire plus que les autres ; ce silence du cœur, ce dérèglement de l’esprit, ce mensonge continuel appelé coquetterie , se rencontre, en général, chez les femmes oisives et qui n’ont rien de sérieux dans la tête. Ce défaut, étendu et fortifié par la pauvre éducation donnée aux filles, ne peut être détruit que par un effort de raison ou une grande chaleur de sentiment.

SECTION II

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