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SUR LE MARIAGE

Le mariage est pour les femmes le complément de la vie. Chez la plupart des nations, la femme mariée est honorée, la vieille fille est mal regardée. La première commande le respect, la seconde n’inspire que pitié. (Voyez la Philosophie du Mariage (1).

La bonne mère est l’honneur de son sexe, l’idole de sa famille, l’objet des plus doux égards. — La mauvaise mère était figurée, chez les anciens, par le génie du mal.

Pour être heureuse en mariage, les femmes do-

(1) Philosophie du Mariage, intéressant ouvrage qui devrait être lu de toutes les personnes mariées, parce qu'il est le Code du bonheur conjugal.

vraient enfermer leurs maris dans des cages et non les retenir dans des filets.

Une femme ne saurait posséder d’art plus agréable que l’art de plaire à son mari par des occupations utiles.

La jeune fille doit se défier de son cœur et mieux écouter la raison; car c’est le cœur qui aime lorsque la raison défend d’aimer.

En affaire de mariage, la jeune fille doit écouter les conseils de ses parents qui ont l’expérience des choses du monde. C’est surtout lorsqu’à leur insu l’amour est venu embraser le cœur de la jeune fille, que leurs conseils sont d’une nécessité absolue, afin de la diriger dans la vie nouvelle où elle doit bientôt entrer.

Le mariage est l’acte le plus grave ; c’est pour la vie qu’on est lié, pour la vie entière!... Plus de repos ni de refuge pour celle qui a mal choisi ; le malheur, les chagrins dévorants accompagneront

la pauvre enfant jusqu’au jour où la tombe s’ouvrira pour l’engloutir (1) 1... Oh ! si la tombe s’ouvrait pour laisser parler les victimes d’un mauvais choix, que de jeunes filles effrayées feraient taire leur amour pour écouter la voix de la raison. Elles comprendraient que si un père ou une mère refusent de les unir à l’objet de leur passion, c’est qu’ils ont de puissants motifs contre cette union. En effet, les bons parents aiment leurs enfants plus qu’eux-mémes ; ils n’ont qu’une seule pensée, une seule ambition, c’est leur bonheur dans l’avenir. Or, la jeune fille prudente et de bon sens sait cela ; confiante dans la tendresse de ses père et mère, elle se laisse diriger par eux; et plus tard elle s’applaudit, se trouve heureuse de les avoir écoutés. Au contraire, l’enfant qui méprise et ne fait aucun cas des conseils paternels, et qui, aveuglée par le bandeau de l’amour, suit la pente qui l’entraîne, cette fille-là se prépare d’affreux malheurs ; car, presque toujours, la déception arrive, et avec elle le repentir, les regrets... Mais il es t trop tard ! Le bonheur et l’espoir se sont enfuis pour toujours ; la malheureuse fille entre dans le sombre domaine des existences brisées à leur matin...

(1) Les jeunes personnes devraient lire la Philosophie du Ma riage avant de prononcer le serment qui les lie à tout jamais.

Yoici un fait qui s’est passé récemment : une jeune et jolie demoiselle, fort bien élevée et d’un esprit cultivé, n’avait jamais rien caché à son père qu’elle affectionnait passionnément. Éprise tout à coup d’un homme qui avait le double de son âge, elle commit l’immense faute de tenir cette inclination secrète, et il était trop tard lorsqu’elle en fit l’aveu à son père. Deux larmes brûlantes coulèrent sur les joues du vieillard, qui, loin de maudire sa fille et de l’accabler de son mépris, lui tint ce langage :

« Ma fille, que j’aime toujours, tu compteras au nombre des jours néfastes de ta vie, le triste jour où tu manquas de confiance en ton père; car ce jour-là tu brisas l’avenir de gloire et de bonheur que j’avais rêvé pour toi. L’amour a couvert tes yeux de son épais bandeau ; le cœur, en absorbant la tête, a fait taire la raison. Hélas! pauvre enfant, tu parcours en aveugle un chemin qui n’a pas d’issue. Tu crois marcher sur des fleurs ; mais ■çes fleurs se changeront demain en épines pour te déchirer. Si tu pouvais entrevoir l’avenir gros d’orages qui t’est réservé; si tu pouvais mesurer la profondeur du gouffre entr’ouvert sous tes pas, tu reculerais d’effroi!... Crois-en mon expérience, les serments d’amour sont trompeurs ; on les tient

aujourd’hui, et demain on les oublie. O ma fille ! écoute la voix de ton vieux père, et par ut suprême effort, déchire, arrache le bandeau qui te cache la lumière ; reviens à la raison. Regarde ton pauvre père désolé ; ses bras te sont ouverts... »

La jeune fille garda le silence, et, baissant la tête, ne vit pas les yeux de son père pleins de larmes.

Alors le vieillard ayant perdu tout espoir, prononça ces dernières paroles : « Hélas, pauvre enfant, puisque l’affreuse fascination qui te domine l’emporte sur ta tendresse filiale, éloigne-toi, pars 1... Que mon absence te soit légère ; que mon souvenir ne pèse point sur toi comme un remords... Et lorsque le jour, qui n’est pas éloigné, sera venu, où, désillusionnée, déçue sans retour, tu reconnaîtras ton aveuglement, songe

àon père qui n’a cessé de t’aimer; car le cœur d’un bon père aime toujours, il ne maudit jamais I...»

Quelques mois après, la prédiction du vieillard s’accomplit : la pauvre enfant, abandonnée, n’osait se présenter au toit paternel. Poussée par le désespoir, elle allait éteindre au fond du fleuve ses regrets et ses remords lorsque tout à coup, saisie

par le bras et retenue sur la berge, elle entendit ces mots : « Le passé n’est plus; le temps l’a dévoré... Le présent s’offre à toi pour consoler ton vieux père, et l’avenir prouvera que tu ne cessas jamais de l’aimer...

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