GRACES
Nous revenons encore une fois sur les grâces,
parce que les grâces sont à la femme ce que le parfum est à la fleur; parce qu’il n’est pas de parures qui puisse leur être comparées ; parce qu’enfle, elles gazent les imperfections du corps et font bien souvent oublier la laideur.
Les anciens poètes grecs avaient personnifié les grâces; ils les nommaient : Agluè (beauté brillante), Eup/irosme (beauté tendre), Thalie (beauté vive et légère). Toujours jeunes et riantes, simples et modestes, les trois Grâces se tenaient par la main et ne se quittaient jamais.
Les grâces peuvent se rencontrer dans toutes les manifestations de la vie physique et morale ; car l’esprit possède ses grâces aussi bien que le corps. 11 y a une grâce attachée à chaque trait, à chaque mouvement, à chaque expression, et ce sont ces grâces isolées ou réunies qui répandent tant de charmes sur sa personne. Si les Françaises, sans être les plus belles, l’emportent sur les autres femmes du monde, c’est parce qu’elles sont les plus gracieuses. C’est surtout à Paris que les grâces se montrent entourées de toutes les séductions.
Dans le langage, le regard, le sourire; dans la démarche, les poses, les attitudes et tous les mouvements ; dans la manière de porter un chapeau, une parure, de tenir un éventail, un bouquet; enfin jusque dans l’inconstance et la moquerie, dans la ruse et l’artifice, dans l’abandon et les larmes, dans la résistance ou la chute, la Parisienne met une grâce qu’on ne rencontre nulle part.
La grâce est pour la femme une parure naturelle, et cette parure est si attrayante qu’elle n’en aurait pas besoin d’autres pour conquérir tous les cœurs.
Les grâces accompagnent la femme dans les différents âges de la vie : Les grâces de l’enfance sont dans la gentillesse ; — à seize ans dans la timidité, la pudeur ; — à vingt ans, les grâces se multiplient, prennent mille formes, offrent mille séductions;—un peu plus tard, les grâces deviennent habitude et rendent le commerce des femmes aussi doux qu’agréable ; — les grâces de l’âge mûr sont plus réservées, parce qu’alors la femme a des devoirs à remplir, des droits à
iéfendre;— enfin, jusque sous les rides de la vieillesse, on découvre encore quelques débris des grâces d’autrefois.
Quoique les grâces soient un don de la nature, nous pensons, néanmoins, qu’elles peuvent s'acquérir au contact prolongé des personnes gracieuses, de même qu’on acquiert de bonnes ou de mauvaises habitudes. Nous conseillons donc aux personnes affligées de rudesse, d’âpreté dans le langage ou les manières, de fréquenter les sociétés où brillent les grâces du corps ejt de l’esprit.