‹ Physiologie descriptive des trente beautés de la femmeChapitre 32 sur 50 · DE LA BEAUTÉ · texte numérisé non relu

DE LA BEAUTÉ

La beauté étendit, de tous temps et sur tous les mortels, son doux empire. Les poètes la firent descendre des deux et la divinisèrent. Aujourd’hui, comme autrefois, la beauté triomphe des plus austères, enflamme les plus indifférents; elle range également sous ses lois le sage et le fou, le puissant et le faible. De toutes les qualités de la femme, c’est la plus éclatante, mais aussi la plus fragile. En face de ia beauté, le sage oublie la sagesse, l’être le plus féroce s’amollit, et le plus orgueilleux s’humilie. Achille laissa tomber sa fr> ïeur aux pieds de Polyxène, et le grand Condé <f 3* bliait sa gloire aux genoux de Ninon de Lencloi,, Aspasie, Laïs, Rhodope, Thaïs et une foula de femmes également célèbres par leur esprit et

leur beauté, virent à leurs pieds des rois, des princes et les plus austères philosophes. Elles furent la gloire et l’ornement de leurs siècles, et l’histoire en a perpétué la mémoire (1).

La beauté, pour les femmes, est un don précieux de la nature ; celles qui la possèdent s’en applaudissent et ont raison de la cultiver ; celles qui en sont privées s’en attristent, la convoitent et ont raison de chercher à atténuer leurs imperfections par tous les moyens possibles (2).

Les prétendus sages qui insinuent que la beauté physique est une bagatelle à laquelle on ne doit point prêter attention, ressemblent à ces prédicateurs qui, au sortir d’une table plantureuse, prêchent l’abstinence et le mépris des biens de la terre. Pour nous, la beauté est une vertu extérieure comme la vertu est une beauté intérieure.

(1) Voyez, à ce sujet, Les Nuits Corinthiennes, ouvrage des plus intéressants et des plus agréables à lire. — Dentu, éditeur, Palais-Royal, Paris.

(2) Voyez l’ouvrage intitulé : Hygiène et Perfectionnement de laBeaulé humaine,spécialement chez la femme.

La beauté de la femme est au genre humain ce que le soleil est à la nature. La beauté est la fleur du printemps de la vie ; son éclat éblouit, ses parfums enivrent ; mais elle se fane au souffle des passions et s’effeuille sous les doigts du temps.

Pour conserver la beauté, il faut fuir les excès en tous genres et mener une vie régulière.

Le plus vaste empire a ses bornes, celui de la beauté n’en reconnaît aucune.

Les grâces, chez la femme, sont le nerf de la beauté ; nul ne saurait résister à la beauté relevée par les grâces.

Quelque indécis que l’on soit sur les attraits d’une femme, la moindre petite cornette suffit pour trancher la difficulté en sa faveur.

Beaucoup de femmes se font illusion sur leur beauté.

Les femmes qui se piquent d'avoir la taille fine et qui, pour y parvenir, se serrent à étouffer dans un étroit corset, font preuve de peu d’esprit; outre qu’elles ruinent leur santé, elles gâtent la belle nature en se coupant en deux comme une guêpe ; ce qui choque la vue et attriste les personnes sensées (1).

Si la beauté, chez la femme, a l’avantage d’attirer les hommages et l’encens d’une foule d’adorateurs, elle a aussi le désavantage d’être enviée ; et, pour peu qu’une femme se prévale d’être belle, les autres femmes se déchaînent contre elle et la déchirent à belles dents.

Une malheureuse histoire est sitôt tissue; la médisance et la jalousie l’acceptent avec tant d’errr-

(1) Voyez l 'Hygiène de la Poitrine et de la Taille , utile ouvrage où se trouve un chapitre entièrement consacré aux inconvénients du corset, que la mode impose aujourd’hui, et aux moyens d’y remédier par uu corset hygiénique approuvé des médecins. — ChezDentu, libraire, à Taris.

pressement, qu’une belle doit toujours praindre d’y donner sujet, aussi ne saurait-elle trop éviter les occasions d’humilier les autres femmes par les préférences que lui attire sa beauté.

La beauté a un droit naturel de commander aux hommes, tandis que la valeur n’a qu’un droit acquis par la force.

La beauté adoucit les cœurs les plus durs, les caractères les plus féroces ; fait descendre à l’humilité les hommes les plus fiers, les plus orgueilleux, et opère chaque jour de prodigieuses métamorphoses.

Achille, Pyrrhus, Thémistocle, oubliaient leurs grands noms et leur gloire aux genoux d’une femme.

Hercule filait aux pieds d’Omphalo.

Alexandre, César, Auguste, Antoine, Sévère, Théodore, David, Salomon, etc., furent tributaires de la beauté.

Annibal, en dépit de sa haine contre les Romains, succomba sous les charmes d’une fille de Capoue.

Attila, ce tigre altéré de sang, devenait plus doux qu’un agneau devant une jeune prisonnière qu’il adorait.

Alaric, roi desGoths, vainqueur de l’Europe, fut vaincu lui-même par la beauté de Pinthia, et, pour lui complaire, il s’abaissait à nettoyer ses souliers.

Il est une foule d’exemples semblables que nous pourrions citer ; mais il nous suffira de dire avec le poëte Ducis :

0 femmes! quel pouvoir vous fut donné sur nousf Nous naissons vos amants, nous mourons vos époux;

Nous prenons, enchantés d’un regard, d’une larino,

Le bonheur dans vos yeux, des lois à vos genoux Notre unique pensée est d’être auprès de vous,

C’est notre premier vœu, c’est notre dernier charme.

Compulsez l’histoire, partout vous verrez les grands hommes, les princes et les rois, subir l’influence de la beauté. Oh 1 si les femmes savaient employer utilement les armes de leur beauté, si elles s’en servaient pour diriger les hommes vers la moralité, il y aurait sur terre moins de vices, plus de vertus, et les femmes seraient plus heureuses.

Cet empire des femmes sur les hommes, cet ascendant de la beauté sur la force, ne se manifeste pas toujours par des résultats analogues. Quoique aujourd’hui l’amant ne porte plus les couleurs de la dame de ses pensées, comme aux temps de 5a chevalerie, il porte encore ses chaînes, il est toujours l’esclave de ses caprices. Les dévolutions se succèdent chez les nations, nulle n'est à l’abri des secousses politiques ; mais, l’empire de la beauté reste toujours debout au milieu des ruines, et ne change jamais que la forme de son influence.

La beauté naturelle, parée de son innocence et de sa candeur, ignore sa puissance, et, sans le savoir, s’attire hommages, amour et respect. Semblable à cette fleur nouvelle dont le velouté n’a essuyé aucun dommage, dont la fraîcheur et le coloris ne tiennent rien de l’art, telle est la beauté de celte jeune fille au matin de la vie. Mais, lorsque l’âge ouïes abus auront porté atteinte à la fraîcheur du teint, à la blancheur, au poli de la peau, •‘'lors il faudra avoir recours à l’art pour arrêter et réparer les ravages; malheureusement pour les femmes, la cosmétique ou art d’embellir, abandonnée à tort des médecins, est tombée dans le domaine de la parfumerie. Or, si nous avons un conseil à donner aux dames, c’est celui d’être complètement incrédules à l’action merveilleuse des produits que prône, chaque jour, le charlatanisme, pour blanchir les peaux jaunes, effacer les rides, rendre la fraîcheur aux visages fanés, embellir les laides, rajeunir les vieilles, etc., etc. Non-seulement tous ces produits sont stériles, mais il s’en trouve parmi eux qui peuvent être très-défavorables à la beauté, et même très-dangereux pour la santé. Voyez à ce sujet le chapitre de Y Hygiène du visage et de la peau, qui traite de la cosmétique (1).

(1) Hygiène médicale du Visage et de la Peau t 3 e édition, —» Cta Dentu, libraire, Palais-Royal,

Un poëte a dit :

üne femme, sans doute,

des traits de sagesse

Peut réunir les traits

ela beauté,

Et, dans ce point d’

égalité.

Elle inspire à la fois et v

rtus et tendresse.

Mais, de peur qu’aux

regards de tous

Qu’elle soit seulement V

énus pour son épous

Et Minerve pour tout

le monde.

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