CHAPITRE VIL
l’amour
L’amour ! à ce nom, tous les cœurs battent, tous les seins palpitent; c'est qu’en effet, l’amour est ce doux sentiment, cette irrésistible attraction qui porte l’homme vers la femme. La nature a voulu que l’amour fût un des instincts de l’organisation humaine pour assurer la perpétuation de l’espèce.
L’amour, c’est l’ardente étincelle qui allume la vie ; l’indifférence, c’est le souffle glacé qui précède la mort.
O amour I ton culte est dans tous les cœurs, dans toutes les âmes.
Les arts consacrent tes miracles et même tes erreurs ; pour toi le marbre s’anime et la toile respire ; les théâtres retentissent de tes louanges ; la
Musique entraîne mollement les humains au pied de ton trône ; la poésie enflamme l’imagination ët berce l’esprit au milieu des plaisirs que tu promets. Oui, tout se fait dans le monde pour l’amour ou par l’amour.
Est-il plus doux d’aimer que d’être aimé? Aimer, c’est la force active qui rayonne du cœur sur les sens ; être aimé, c’est comme un enivrant parfum qui émane d’autrui et vous inonde.
Les sens ne suffisent pas au véritable amour ; il lui faut encore le cœur et l’âme.
L’amour est grossier sans l'union des âmes, mais il est stérile sans la participation des sens ; l’amour purement platonique doit être rélégué dans le monde des chimères ; caria dualité humaine,âme et corps, doit avoir deux impulsions, l’attrait physique et l’attrait moral. Ceux qui ont déclamé contre cet amour, qui ont cherché à dénaturer un sentiment sans lequel l’humanité est impossible, ne sauraient être que des fanatiques, c’est-à-dire des extravagants, des fous ! Il n’y a que des fanatiques, a dit Haller, qui aient pu imaginer de détruire l’amour; il faut mépriser ces apôtres du néant ou les prendre en pitié. Le moraliste ignorant en politique, est un être dangereux dans un État, parce qu’en insinuant dans l’esprit des peuples des idées contraires à la nature il peut ren-
Ire les hommes stupides et féroces. Méprisons donc ies apôtres du néant qui osent déclamer contre ce qu’il y a de plus saint sur la terre. L’amour a produit de tout temps et produit chaque jour plus de nobles actions, plus d’actes de dévouement que les autres passions. Platon disait : L’amour entreprend de grandes choses, il nous conduit dans le sentier de la vertu et ne souffre en nous aucune faiblesse.
Si l’amour fait souvent le malheur de la vie,
Si les jeunes mortels qui composent sa cour Sont plongés dans l’erreur, sont atteints de folie,
La faute est aux amants et jamais à l’amour.
L’amour est, de toutes les passions, celle que les femmes éprouvent et expriment le plus vivement; il fait le charme de leur vie, il est l’âme de leurs pensées et l’idole de leur cœur. La femme s’enflamme plus rapidement, et peut-être aime-t-elle mieux et plus longtemps.
Dominée par la pudeur et l’opinion publique, la femme nourrit son amour en silence; les craintes, les alarmes, les obstacles, en attisent le feu et le rendent toujours plus ardent.
Chez l’homme, il y a plus d’audace ; c’est ordinairement lui qui fait sa déclaration. Chez la
femme, il yaplus de timidité; elle baisse les yeux, ït son silence est un aveu.
Ce contraste, tout à l’avantage des femmes, leur Taut le doux empire des cœurs, dans lequel un signe est une loi, un geste est un ordre ; un regard, un sourire, sont une récompense pour l’homme qui aime sincèrement.
C’est dans ce sens qu’un poëte a dit aux femmes :
Si l’or Destin vous mit sous notre empire,
Belles, consolez-vous ;
Dn seul de vos regards, une larme, un sourire,
Vous font régner sur nous.
La femme doit bien étudier l’homme avant de lui donner son cœur ; car il est incontestable que le plus grand nombre, parmi les hommes, aiment l’amour et non l’amante. Lorsqu’on a été assez heureuse pour faire un bon choix, quand on a donné son amour à un être qui en est digne, on peut aimer avec confiance ; l’amour est alors un délicieux parterre embaumé de mille fleurs. Mais, si l’on a eu le malheur de faire un mauvais choix, ou bien encore, si l’on aime sans espoir d’un amour partagé, on doit écouter les conseils de la sagesse, et chercher, par tous les moyens possibles, à éteindre un feu qui tristement vous consume.
On évite la présence de l’objet aimé, on calme l’imagination, on se lance dans les distractions du monde; on va chercher ailleurs un cœur, une âme qui puissent vous comprendre, vous faire oublier les jours humides de larmes et sombres de chagrins. La lutte entre l’amour et la raison est quelquefois longue et indécise; mais on finit par triompher. Le calme succède à la tourmente; l’équilibre se rétablit enfin au physique et au moral.
Un point essentiel pour la femme est de bien placer son amour. Il est des hommes dont le physique est très-peu engageant, mais dont le cœur est tendre, l’esprit réfléchi. Us scrutent la femme avant de l’aimer ; ils supputent les avantages et inconvénients d’une affection bien ou mal placée ; ils sont très-difficiles à se décider... Une fois leur détermination prise, ils se marient et font d’excellents époux. Pour peu qu'ils soient aimés, ils re doublent d’attention et de soins envers leurs fem mes et aucun sacrifice ne leur coûte.
Il existe, au contraire, d’autres hommes au physique agréable, au cœur prompt à s’enflammer, aux désirs impétueux, qui aiment jusqu’à l’adoration et
renverseraient le monde pour posséder l’obj et adoré. L’amour de ces hommes-là est un violent incendie qui dévore, s’éteint rapidement et ne laisse que des cendres. Point de délicatesse dans l’abandon, aucun souvenir du passé ; c’est la passion brutale qui, une fois satisfaite, va chercher ailleurs. Malheur à a pauvre femme qui se laisse prendre aux transports d’un tel amour !
On a dit et répété, bien des fois, que la vie de la femme se divisait en trois époques distinctes :
Dans la première elle rêve l’amour ;
Dans la seconde elle le goûte,
Et la troisième se passe à le regretter.
Donc, l’amour absorbesa vie entière. Lorsqu’elle arrive à la troisième phase, elle croit se réveiller d’un doux rêve et doute encore si ce tendre amour, qui a caressé sa jeunesse, s’est enfui de son cœur.
La première phase est la poésie de l’amour pur ; c’est l’élan d’une âme sensible qui en recherche une autre pour se fondre en elle et n’en former qu’une seule.
La deuxième phase est remplie par le plaisir physique et moral que procure l’amour ; c’est l’époque du mariage, qui doit légitimer le plaisir ; car tout être y est instinctivement poussé par la nature. Le célibat, aux yeux du philosophe, est
une disgrâce, une infirmité ou un mensonge.
Dans la troisième phase, l’amour change de /orme; ses feux sont éteints, mais ses cendres conservent de la chaleur. Alors il se manifeste par une amitié constante, par les sentiments affectueux, par une grâce, une délicatesse dans les relations amicales que l’homme ne saurait atteindre. Dans les yeux de la femme, dans son sourire et son langage, on aperçoit encore un reste d’amour.
Le véritable rôle de la femme est de plaire et de se faire aimer ; les hommes qui ne les aiment pas ont encore plus tort que ceux qui les aiment trop.
Qu’est-ce que l’amour? une fièvre éphémère, brûlante à son début, enivrante pendant son paroxysme, et très-faible à son déclin.
L’amour est, à dix-huit ans, un sentiment vrai, une passion, un rêve délicieux ; à treute ans, c’est
un culte sans croyance ; à quarante ans c’est une habitude, et à cinquante une sottise.
L’amour est à la jeunesse ce que le printemps est aux fleurs.
L’amour, considéré comme besoin, comme appétit physique, ne peut se nourrir longtemps de sa propre substance ; il commence par tout absorber et meurt ensuite faute d’aliment.
L’amour de ceux qui aiment sans espoir d’être payés de retour, est un amour véritable.
L’amour ne s’occupe que du présent, il cherche le plaisir actuel, oublie les maux passés, et n’en prévoit point dans l’avenir.
En amour, une femme fait abnégation d’elle-
même pour celui qu’elle aime; elle consomme des sacrifices devant lesquels l’homme se briserait comme un enfant.
L’homme aime moins profondément que la femme ; celle-ci n’aime qu’une fois, tandis que l’homme compte toujours plusieurs amours.
Aimer, c’est remplir tous les instants de la vie; car la pensée est toujours active chez celui ou celle dont le cœur s’est fait comprendre d’un autre cœur.
L’imagination entre pour beaucoup dans l’amour; elle donne de l’attrait aux mots les plus indifférents , elle prête au cœur tous les sentiments dont elle a l’intelligence. Les amants sentent avec leur imagination, les époux apprécient avec leur jugement.
Avec l’amour il n’est noint de contrée déserte,
point d’habitations vides, point de saisons tristes, point de jours nébuleux, point d’instants perdus.
Celui qui aime une femme aimable, sensible e/ douce, goûte ce que la vie peut offrir de plus délicieux.
La femme cherche à cacher son amour aux yeux de tous, tandis que la plupart des hommes sont fort indiscrets sur ce point.
L’amour est la plus impérieuse, la plus vive des passions humaines ; mais, en revanche, c’est la moins durable.
On ne connaît jamais aussi bien l’amour que lorsqu’on en ressent les peines.
Les lettres sont d’un grand soulagement or
amour ; il semble qu’on y dépose le fardeau de ses peines. Lorsque la plume écrit des menaces, le cœur les dément.
L’amour est à la vie ce que le soleil est au jour. L’amour ressemble à la lune : il a ses phases de croissance et de décroissance..
L’amour sans crainte et sans désirs est un amour sans flamme.
Il est aussi absurde de dire, pendant la lune d’amour, qu’on aimera toujours, qu’il le serait de dire qu’on se portera toujours bien.
Pourquoi est-il plus blâmable à un sexe qu’à l’autre de succomber à l’amour ? S’il est vrai que les femmes soient plus faibles que les hommes, leurs chutes devraient être plus excusables.
La galanterie est à l’amour ce que la politesse est aux qualités sociales.
La femme la plus honnête est favorablement disposée pour ceux qui la trouvent belle et qui l’aiment ; la dévote pour ceux qu’elle induit en tentation.
Gardez-vous bien de l’amour, lorsque l’objet aimé n’en est point digne.
Ijn des plus grands malheurs de l'amour, c’est de survivre à l’estime.
L’amour devrait finir où l’infidélité commence.
De toutes les passions, celle qui plaît le plus aux
femmes c’est l’amour ; mais c’est aussi celle qui cause le plus de ravages.
Ainsi que pour séparer l’alliage de deux métaux, il faut l’intervention d’un troisième métal qui ait plus d’affinité pour l’un des deux premiers ; de même, en amour, il y a rupture lorsqu’un autr<? objet a attiré vers lui un des deux amants.
La durée de nos passions ne dépend pas plus do nous que la durée de notre vio.
S’il n’était point décidé que les femmes aimassent plus sérieusement que les hommes, il est incontesté qu’elles savent mieux aimer. ;
L’homme cesse généralement d’aimer lorsqu’il a obtenu ce qu’il désirait j la femme, au contraire,
sent redoubler son affection pour celui à qui elle a accordé quelque faveur.
Dans tous les cas, la femme cède plutôt à l’amour qu’à l’argent ; c’est le contraire chez l’homme.
La femme qui fait payer l’amour, vend ce qu’elle ne possède pas ; c’est un vol qui rapporte encore plus de mépris que d’argent.
Deux passions triomphent de l’amour : l’ambition chez les hommes et la coquetterie chez les femmes.
Un cœur où l’ambition se loge n’a plus de place pour l’amour, parce que l’ambition en chasse l’amour comme un obstacle, ou s’en sert comme d’un moyen.
L’être indifférent, glacé, qui ne s'est jamais épanoui aux rayons de l’amour, est une bûche recouverte de l’enveloppe humaine.
La puissance de la vie se manifeste par l’amour ; l’indifférence en annonce la décadence.
La femme est égale à l’homme par l’intelligence ; mais elle en diffère par le cœur et le surpasse par l’amour.
L’homme sincèrement aimé d’une femme, n’a point de meilleur ami, comme aussi il n’a point de jolus cruel ennemi lorsqu’il en est détesté.
Quand l’amour est vainqueur, — nous parlons du véritable amour, — il hérite des forces que lui a opposées la pudeur.
L’amour est pour les femmes ce que l’eau est pour les fleurs ; la fleur privée d’eau se dessèche, la femme privée d’amour languit et s’étiole.
Il est impossible d’aimer une seconde fois ce qu’on a véritablement cessé d’aimer.
On aime d’ordinaire les jolies femmes par inclination, les laides par intérêt, et les vertueuses par rasson
La femme devrait juger de la pureté de l’amour par le degré des vertus de l’homme. Dans un amour
délicat» les sens sont traités en valet, le sentiment seul est le maître.
L’amour est l’histoire de là vie dès femmes, c’est seulement un épisode dans celle des hommes, pütatiôn, hûnneUr, estime, sérénité, tout dépehd de la conduite qu’ont tenue les femmes ; taudis que l’opinion injuste absout l’homme de ses méfaits en amour.
L’amour des hommes s’affaiblit dès qu’ils ont atteint le but, celui des femmes acquiert une force nouvelle.
Dans le commerce de l’amour, les hommes ont l’habitude des beaux discours ; les femmes des demi-mots : cela tient à ce que les hommes veulent persuader, et les femmes refuser.
L’homme oublie ordinairement ses premières amours ; la femme jamais.
Chez l’homme privé d’éducation, l’amour est grossier; chez la femme, au contraire, il épure les sentiments, élève l’âme et anoblit les manières.
L’amour produit dans les deux sexes des effets opposés : chez l’homme, l’agitation ; chez la femme, la concentration, la rêverie.
Entre l’amour de l’homme et celui de la femme, il existe cette différence : l’un n’ambitionne que la possession, il est égoïste ; l’autre, au contraire, puise une nouvelle ardeur dans le bonheur qu’elle donne.
Dans l’amour, on distingue deux côtés : à l’un se reporte le plaisir sensuel, à l’autre les voluptés
de l’âme. Les hommes grossiers ne distinguent que le côté sensuel ; les cœurs sensibles n’aperçoivent que le côté sentimental.
L’amour offre mille nuances, selon les tempéraments, les nations et les climats :
Chez le sanguin, l’amour est léger, superficiel, exempt de jalousie, de haines et de vengeance. L’homme sanguin est aimable, mais volage, et très-souvent indiscret.
Chez le bilieux, l’amour est une fièvre ardente sujette à de violents paroxysmes. S’il est discret et sincère, il est aussi emporté, jaloux et despote. Son existence^st semée d’orages; chez lui, la passion laisse àu cœur de profondes cicatrices.
L’amour du lymphatique est doux, tranquille, uniforme dans sa marche. Il est étranger à ces brûlantes ivresses qui dévorent la vie ; rarement la jalousie vient troubler le calme des sens et la sérénité de l’âme. Cet amour ressemble beaucoup à l’onde paisible qui s’écoule lentement sans ride à la surface.
Chez les Français, l’amour est vaniteux; ils aiment qu’on admire la femme objet de leur choix ; ils se ruineraient en un luxe de bijoux et de toilette pour la rendre plus belle; ils sont glorieux de la sensation que produit la femme qu’ils tiennent au bras; et, plus l’admiration est générale.
plus leur amour-propre est flatté. C’est là un des îôtés puérils du caractère français.
Les Anglais ne voient dans la jeune fille qu’ils aiment que leur épouse future; ils exigent la femme pour eux seuls et fuient les occasions de la produire en public. Ils veulent une mère de famille, et non une femme qui se complaît dans la dissipation des sociétés et l’admiration des hommes ; en cela, ils sont sérieux et parfaitement logiques.
Les Espagnols se nourrissent et s’exaltent des refus qu’on prodigue à leur amour; ils soupirent sous le balcon de la belle en attendant l’heure de la décision.
Les Italiens sont avides d’amour; ils en épuisent les plaisirs sans songer à la réserve, et ont, en cela, un point de contact avec beaucoup de Français.
Les Allemands connaissent mieux l’amour en théorie qu’en pratique ; leurs manifestations amoureuses sont peu sensibles à l’extérieur ; ils les concentrent à l’intérieur et n’en sont pas moins amants sincères et bons époux.
Chez les Orientaux, l’amour est un appétit ; ils achètent et revendent les femmes, comme on le fait des meubles; l’amour, dépouillé de toute
poésie, n’existe, pour eux, qu’au moment du contact.
En résumé, l’amour est le foyér de la vie ; c’est la condition d’existence indispensable des deux règnes, animal et végétal. Lorsque l’amour abandonnera notre planète, la vie cessera : alors, plus de voix mélodieuses, plus de bourdonnements d’insectes, plus de fleurs et de parfums ; alors, il n’y aura plus qu’un seul règne sur la terre, celui de la glace et des rochers.
Ame de la nature entière,
Amour, puissant amour ! qui pourrait te braver?
Qui de tes traits vainqueurs saurait se préserver?
Sous l'humble toit de la chaumière,
Sous les lambris dorés où sommeillent les rois,
Tu fais également reconnaître ta voix.
Les oiseaux, les poissons, la brute, le reptile,
Sous ton joug attrayant courbent un front docil8|
L’insecte imperceptible aux yeux.
Le cèdre qui s’élance aux cieux,
Les fleurs, les plantes les plus frêles ;
Enfin, tout ce qui vit dans ce vaste univers.
Depuis le firmament jusques au fond des mers,
Amour 1 tout est soumis à tes lois éternelles l