AUTEURS QUI ONT ÉCRIT EN FAVEUR DES FEMMES
La prodigieuse quantité d’ouvrages, tant anciens que modernes, en faveur de la femme, et le petit nombre d’écrivains qui se sont faits ses détracteurs, prouve d’une manière authentique le rôle important que jouent les femmes dans les sociétés. Chez les Grecs : Socrate, Platon, Épicure, Aristippe, Hypéride, etc., ont disserté sur les bonnes qualités de la femme. Chez les Romains : Sénèque, Cicéron, Virgile, Ovide, Tibulle, Properce, Catulle, etc., en ont parlé avec avantage.
Valère Maxime, qui écrivait du temps de Tibère, a loué, en plusieurs endroits de son ouvrage, les dames romaines.
Plutarque, ce grand panégyriste des hommes
célèbres de l’antiquité, n’oublia point les femmes ; il composa spécialement pour elles un ouvrage intitulé : Les actions vertueuses des femmes , qu’il adressa galamment à une dame nommée Gléa. Le philosophe de Ghéronée se déchaînait contre les hommes qui ont voulu priver les femmes des éloges et hommages qu’elles méritent. « On pourrait, dit-il, faire entrer en parallèle Anacréon et Sapho, Sémiramis et Sésostris, Tanaquil et Servius, Brutus et Porcie ; les talents et les vertus peuvent être modifiés par les sexes et les circonstances, mais le fond reste toujours le même. »
Les Bardes, Trouvères et Troubadours chantèrent la gloire et la beauté ; il n’était de cour et de château où leurs poésies n’eussent accès, car elles étaient composées en l’honneur des héros et des belles.
Boccace et Pétrarque classaient très-sérieusement les femmes parmi les divinités, et les remerciaient de la protection qu’elles accordaient aux mortels.
Deu de Prade, prêtre et poëte, assurait qu’i'î refuserait sa place au ciel, si le Tout-Puissant ne lui accordait la faveur de la partager avec la femrny qu’il aimait.
Après Boecace et de Prade, qui, dans leurs ouvrages, établissent que la femme est supérieure à l’homme en vertus, une foule d’écrivains se firent les panégyristes des femmes. On n’est nullement surpris de l’encens que leur prodiguèrent les poêles de cette époque, puisqu’ils en étaient largement récompensés. Bientôt, la manie de chanter, de panégyriser le beau sexe devint générale ; les philosophes, les prêtres et une foule d’écrivains de tous genres célébrèrent emphatiquement ses hautes qualités, de telle sorte que les femmes, qui avaient été pendant si longtemps l’objet des satires et des brutalités de l’homme, devinrent tout à coup ses idoles,
Betussi, Serdonati, Philippe de Bergame, Capacio , Pinto , Domenicchi, Tomassini, Délia Ghiesa, etc., publièrent successivement de pompeux éloges sur les vertus et le mérite des femmes.
Le carme Louis Jacob et le minime Simon Martin composèrent une apologie des femmes illustres de l’Ancien-Testament ; et, tandis que Yan den Busche donnait le relevé des femmes savantes qui s’étaient fait un nom dans les arts et les sciences, le père Lemoine construisait sa galerie des femmes fortes.
Corneille Agrippa composa, plus tard, un traité sur l’excellence de la femme, où il démontra sa supériorité par des preuves physiques, historiques, théologiques et cabalistiques.
Brantôme écrivit la vie des dames illustres , en homme de cour, c'est-à-dire qu’il ne parla que des reines et des princesses,
Hilarion da Costa, résolu d’effacer tous les panégyristes qui l’avaient précédé, publia deux énormes volumes in-quarto sur les vertus, mérite et qualités de toutes les femmes célèbres des quinzième et seizième siècles ; mais, animé du fanatisme religieux de son époque, il ne loua que les femmes catholiques et ne dit pas un mot des femmes célèbres des autres religions.
Paul Ribera nous a laissé sous ce titre : Triomphes immortels et entreprises héroïques de huit cent quarante-cinq femmes , un traité plus complet que ceux de ses devanciers.
A Veïnae, On publia, en l’année 1555, le plus étonnant des panégyriques féminins qui s’étaient faits jusqu’alors. Ce livre reçut le titre de : Temple a la divine Signora Jeanne d’Aragon, construit en son honneur, par tous tes beaux esprits et dans
toutes les principales langues du monde. L’hommage de ce temple poétique fut décrété, par l’académie de Dubiosi, à Jeanne d’Aragon, épo.use du fameux Marc-Antoine Colonne, qui battit le!
Turcs à Lepante. Les langues latine, grc: que, italienne, espagnole, française, esclavonne, polonaise, hongroise, turque, syriaque, hébraïque, chaldaïque, etc., servirent à la construction de ce monument, un des plus remarquables que la galanterie ait offert à la beauté.
Le temple poétique n’empêcha pas le cardinal Pompée Colonne, Portio, Lando, Mazzio, Bernardo Spina et beaucoup d’autres, d’écrire des ouvrages en vers et en prose sur les perfections de la femme.
Ruscelli, mécontent de la manière dont ses devanciers avaient soutenu l’excellence de la femme, fit paraître un ouvrage des plus bizarres, dans lequel, au milieu d’un fatras théologique et astrologique, il prétendit prouver que la contemplation de la beauté féminine pouvait seule rendre l’homme heureux sur la terre et lui donner une'idée des voluptés du ciel.
Modesta di Pozzo, Vénitienne lettrée, publia,
quelque temps avant sa mort, une apologie des femmes, très-estimée.
Lucrezia Marinella soutint la même cause dans un ouvrage portant ce titre : La noblesse et l’excellence de la femme, avec les défauts et imperfections des hommes.
Christophe Bronzini écrivit sur la dignité des femmes, et Jean Spinosa sur leur bonté.
Marguerite de Navarre, tour à tour dévote et galante, composa un petit volume où elle établissait l’infériorité de l’homme et la supériorité de la femme.
En 1643, on publia à Paris un petit volume intitulé : La femme généreuse, qui prouve que son sexe est plus noble, plus vaillant, meilleur politique, plus savant, plus vertueux et plus économe que le sexe masculin.
Vers cette époque, un hommage à peu près semblable à celui qu’on avait offert à Jeanne d’Aragon, à Venise, fut renouvelé à Paris, en faveur de Julie d’Angennes, fille de la marquise de Rambouillet. Les peintres les plus habiles peignirent sur vélin de charmantes fleurs, et au bas de cha-
cune d’elles les grands poètes du temps écrivirent un madrigal. Pierre Corneille en composa plusieurs et l’auteur du Cid en fit trois : l’un pour la fleur d'oranger, l’autre pour la tulipe et le troisième pour l'immortelle blanche. Ce précieux album, composé par les célébrités littéraires et artistiques de l’époque, fut nommé la Guirlande de Julie.
En 1630, Jacques del Pozzo soutint dans un ouvrage, que la femme était meilleure que l'homme.
En 1660, Jacques Scuderi énuméra les vertus et capacités de la femme dans un livre intitulé : Femmes et filles illustres.
En 1665, ce fut encore à une plume féminine qu’on dut le Livre des femmes illustres , où il est prouvé, par de bonnes et fortes raisons, que les femmes surpassent les hommes.
Quelques années plus tard, un ecclésiastique de Lorraine, nommé Poulain, fit paraître un petit ouvrage sur l’ égalité des deux sexes, dans lequel il s'efforça de démontrer que la femme, loin d’être inférieure à l’bomme, pouvait, au contraire, lui être opposée avec avantage.
Yers la fin du dix-septième siècle, mademoiselle
de Romieu défendit son sexe, dans une brochure pleine de finesse, et tâcha d’établir son égalité, sinon sa supériorité sur l’homme. Cette brochure inspira la plume vigoureuse d’un galant chevalier qui écrivit Y Apologie des dames.
Plusieurs ouvrages en faveur du beau sexe parurent successivement, entre autres : L'Éloge des femmes. —La Défense des femmes, du père Teijo. — La Galerie des femmes fortes, du père Lemoyne, etc., etc.
Le sensible La Fontaine louangeait, par instinct, toutes les femmes remarquables par leurs grâces et leur esprit.
Racine, plus courtisan que sensible, a fait le panégyrique de deux femmes, Henriette d’Angleterre et madame de Maintenon.
Quinault, sans en nommer aucune, les a toutes chantées.
Bossuet et Féchier en ont immortalisé plusieurs dans leurs oraisons funèbres
Descartes vantait l’esprit des femmes.
Huyghens et Newton ne craignirent pas de dé-
roger à leur caractère sérieux-en leur apportant un tribut d’éloges.
En 1755, il parut un ouvrage en deux volumes intitulé : Défense du beau sexe , où l’auteur prouve, en opposant les facultés et qualités de l’homme à celles de la femme, que l’avantage reste souvent à cette dernière.
Dans son poëme des Quatre âges de la femme, le sensible Zaccharie a chanté le mérite et les vertus de la compagne de l’homme, avec autant de verve que d’élégance et de vérité.
Thomas, de l’Académie française, écrivit en 1772 un Essai sur les femmes, qui suffirait à lui seul pour faire la réputation d’un écrivain. Dans ce livre, un des plus remarquables par son esprit d’analyse et ses vues philosophiques, l'académijien prouve combien la femme a de droits à l’admiration et à l’amour des hommes, qui reçoivent d’elle leurs plus nobles impulsions.
L’abbé Fleury a démontré, dans ses Etudes sur les femmes, que le beau sexe, qui fait la joie et le bonheur de l’homme, doit marcher son égal et ne jamais être asservi»
En Angleterre, madame Wollstoncraft publia la Défense des droits de la femme, ouvrage dans lequel elle soutient, avec beaucoup de talent, la parfaite égalité des deux sexes.
Mademoiselle King écrivit, sous le titre d 'Appel aux hommes en faveur des femmes, un ouvrage fort remarquable par la méthode, l’énergie et l’élégance du style.
Madame Randall, dans une brochure intitulée : Lettre aux femmes d'Angleterre sur l'injustice et la subordination intellectuelle, combat avec beaucoup d’esprit et de chaleur pour l’égalité des deux sexes.
La célèbre Anne Radcliffe a plaidé la cause de son sexe dans son : Avocat des femmes, ou tentatives 'pour recouvrer les droits des femmes usurpés par les hommes .
Plusieurs dames allemandes ont écrit des ouvrages aussi sérieux que logiques sur l’excellence de la femme et sa haute importance dans la société.
La signora Falliero, de Naples, a donné un trèsbon traité sur XEducation et le rôle des femmes,
Une dame de Florence a également écrit un trèsbon ouvrage sur l’égalité des sexes et la nécessité de réformer l’éducation'des jeunes filles.
Ce fut surtout dans la seconde moitié du dixhuitième siècle, alors que le goût des lettres s’était répandu dans toutesles classes de la société, qu’une foule d’écrivains consacrèrent leur plume à l’éloge de la beauté. L’énorme influence qu’exercèrent les femmes, en France, dès le siècle de Louis XIV, ouvrit une ère d’idées nouvelles, et les philosophes qui s’efforcaient de les répandre, pensèrent que le meilleur moyen, pour arriver à ce but, était de plaire aux femmes, de les entourer d’égards et de les combler d’hommages. En effet, presque tous les écrivains du dix-huitième siècle ont parlé des femmes sur le ton du panégyrique et de l’apologie.
Saint-Lambert leur accorde une organisation privilégiée.
Bernardin de Saint-Pierre a fait leur éloge.
Montesquieu reconnaît leur influence.
Thomas loue leur dévouement et leurs vertus.
Voltaire , qui se moquait de tout et satirisait
tout, quoique ne leur ayant consacré aucun ouvrage spécial, briguait leurs suffrages.
J.-J. Rousseau les aima passionnément, et cependant les attaqua dans ses moments d’atrabile ; mais le sensible Marmontel se chargea du soin de les défendre.
D’Alembert, Diderot, Grimm , Condorcet, Chamfort, leur trouvaient toutes les aptitudes de l’homme et les croyaient capables de gouverner.
Les poëtes Chaulieu, Lafarre, Boufllers, Lachaussée, Panard, Piron, Destouche, Léonard, Castel, Roucher, Lefranc de Pompignan, Lamotte, Florian, Géraud, Mahul, Péricault, Grancher, Carbonell, Sanvigny, etc., etc., leur ont prodigué l’encens.
Montesquieu, Chastellux, Cantwel, Grégory, Kérivallant, Thomas, Castilhon, Condorcet, Fleury, Bernier, de Visien, mesdames de Staël et de Sommery, ont démontré leur puissante influence sur les mœurs et la destinée des empires.
La fin du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième ne sont pas moins fertiles
en écrivains qui ont consacré leurs plumes à l’éloge mérité de la femme.
Les savants physiologistes Roussel, Cabanis, Yirey, Àlibert, Richerand, Burdach, Millier, ont analysé leur organisation physique et morale.
Ségur, après l’académicien Thomas et Alexandre de ***, a fait leur histoire chez les différents peuples du globe.
Legouvé, dans un poëme immortel, a chanté leur mérite.
Chénier, Millevoye, Malfilâtre, Pinière, Dusauchoy, Stassart, Dumège, Lacaze, Ducis, Berlin et Parny, lés gracieux interprètes de l’amour, Soumet, Baour-Lormian, de Chesnel, Lamartine, Victor Hugo, Hippolyte Lucas, Théodore Carlier, Laurent Pichat et une foule de poètes contemporains les ont chantées dans leurs vers.
Les poëtes italiens Porzion, Christ, Bronzini, Grégor, Domenichi, Ortensio Landi, Maggi, etc., leur ont donné, dans leur enthousiasme, la préé-> minence sur l’homme.
Le mystique Sénancour s’est plu à décrire leurs grâces et leur amabilité.
Le fécond Michelet reconnaît leur immense pouvoir sur l’homme, et déplore la triste routine qui les livre à la superstition.
Mesdames de Staël, de Lambert, Necker, Rolland, de Beauharnais, de Lafayette, Guizot, Leprince de Beaumont, Tastu, Desbordes, Dufresnoy, de Salm, de Girardin, Briqiset, de Rémusat, l’immortelle George Sand, Jeanne Deroin, Nathalie Lajolais, Mesdames Beaudoux et Benoist, et beaucoup d’autres, sont entrées dans de profonds détails sur la nature et le mérite des femmes. Mieux que les hommes, sans doute, elles ont pu apprécier tout ce qu’il y avait de sentiments nobles et généreux dans un cœur de femme, tout ce qu’il y avait d’amour et de dévouement dans ce mystérieux tn' or que l’homme dissipe follement ou dont il brise imprudemment la clef.
Résumons. — Tous les écrivains qui se sont fait remarquer par la délicatesse de leur goût, par la finesse de leur esprit et l’élégance de leur style, ont dû ces qualités à la société des femmes. Les Misogynes, ou ennemis des femmes, se re-
connaissent, au contraire, par des formes âpres, un style rugueux, embarrassé, un goût peu développé, un esprit lourd.
C'est le désir de plaire aux femmes qui, dans tous les siècles, enfanta les merveilles de l’art, qui produisit l’épître, l’élégie, l’épithalame, la chânson érotique, et ce grand nombre d’écrits tendres et pleins de beaux sentiments, impérissables monuments de la puissance des charmes féminins sur le cœur de l’homme. Épicure, Aristippe, professaient leur profonde admiration pour le beau sexe, en disant que toutes les splendeurs de la création seraient bien pâles, sans la présence de la femme.
Diogène et Cratès, ces harceleurs de la société, prétendaient que l’homme était un féroce et stupide animal que la femme parvenait, non sans peine, à apprivoiser et à dégauchir.
Socrate et Platon avouaient aussi que la société des femmes adoucissait les mœurs grossières de l’homme.
Yirgile, Horace, Lucain, ont chanté l’amour
Ovide s’inspirait de Julie, Tibulle de Délie.
Properce et Catulle écrivaient leurs poésies amoureuses sur les genoux de Cynthie et de Lesbie.
Tandis que la belle Fornarina immortalisait les pinceaux de Raphaël, la tendre Romanina embrasait la verve de Métastase.
Saint Jérôme et saint Augustin ont fait l’apologie des femmes.
Marot et Quinault rimaient incessamment en l’honneur de la beauté.
Racine dut ses chefs-d’œuvre au désir de plaire 5 madame de Maintenon ; et madame d’Houdetot ne fut pas étrangère aux lettres passionnées que - T ,-J. Rousseau écrivait dans la Nouvelle Héloïse.
Millevoye, Bertin, Parny, Legouvé, Lamartine, Hugo et tant d’autres grands poètes, ne sont-ils point redevables de leurs plus belles inspirations à leur amour pour la femme ?
Enfin, dans toutes les compositions littéraires et dramatiques, on voit figurer la femme ; c’est tou-
jours la femme qui inspire, la femme qu’on chante, qu’on apothéose. Les compositions d’où la femme est exclue sont froides., inanimées; car, sans la femme, point d’amour ; et l’amour doit être considéré comme la puissante étincelle qui échauffe la nature, qui donne la lumière et la vie.