CONSEILS SPÉCIALEMENT ADRESSÉS ADX DAMES DU GRAND MONDE
Dans les hautes régions de la hiérarchie sociale, et, par imitation, dans la classe industrielle enrichie, la femme s’est faite une existence artificielle z vie de plaisirs, d’oisiveté, de mollesse, avec intermittence de surexcitation et d’activité anormale ; se reposer le jour et vivre la nuit est son habitude. Recluse dans ses appartements, aumilieudes fleurs, des parfums enivrants, les croisées fermées, les
rideaux tirés, elle respire un air vicié et reste privée de la bienfaisante influence de la lumière solaire. Elle ignore qu’un air pur, traversé par un beau rayon de soleil, est nécessaire à la santé. L’air frais et pur, exempt de poussière, d’humidité, d’émanations odorantes, est infiniment préférable à l’air chargé de parfums et de calorique. L’usage de quitter son appartement pour monter en voiture ; de descendre de voiture pour s’enfermer de nouveau dans un appartement, est des plus préjudiciables à la constitution. L’abus du repos détruit l’énergie physique ; les membres sont faits pour être exercés. Ce genre de vie, longtemps continué, amène infailliblement une surexcitabilité nerveuse qui ne tarde pas à dégénérer en névropathie, ou maladie de nerfs des plus tristes, pour le physique comme pour le moral.
Les femmes nerveuses ont généralement la face pâle; la peau, plus souvent brune que blanche, est sèche, froide ou brûlante. Leurs regards sont tantôt vifs, tantôt languissants ; leur physionomie se fait remarquer par une mobilité extrême. Leurs mouvements, en rapport avec l’état actuel du sys- ,ème nerveux, sont ou nonchalants ou précipités* brusques, saccadés ; au plus profond abattement, succède parfois une énergie qui vous frappe et vous étonne. Leur imagination s’enflamm très-facile-
ment et presque toujours éclipse la raison : voilà pourquoi elles sont crédules, enthousiastes et se jettent tête baissée dans les croyances les plus absurdes. Elles s’expriment avec chaleur, s’animent dans le discours, et montent, par degré, aux sphères de l’inspiration : voilà pourquoi, chez les anciens, le rôle de Pythie, de Pythonisse, était spécialement dévolu à la femme. — L’exagération du sentiment et de la faculté imaginative est, pour la femme, une source intarissable d’espérances et de déceptions, de joies et de souffrances, de vie et de mort !...
Lorsque, par suite de la vie anormale que lui a faite la civilisation , la femme du monde est arrivée à la surexcitation nerveuse, elle s’irrite à la moindre contrariété, tressaille au moindre choc, se trouve mal, étouffe... Et voyez, cependant, quelle bizarrerie, quelle aberration de l’esprit; celte femmelette qui défaille à la plus légère secousse physique ou morale, court au devant des émotions les plus violentes ; elle souffre à chaque émotion, mais elle préfère souffrir que de rester indifférente. C’est cette avidité de sensations, ce besoin irrésistible de plaisir ou de douleur, qui poussait les anciennes dames romaines aux jeux sanglants du Cirque. Aujourd’hui, ces jeux barbares sont repoussés de nos mœurs, voyez les
femmes se presser sur les bancs des tribunaux où se déroule une affaire scandaleuse ; où l’on frissonne aux détails d’un crime atroce ; et, sur les places où la justice humaine s’accomplit par la main du bourreau, les femmes sont toujours en plus grand nombre que les hommes. Si l’on recherche cette insatiable avidité d’émotions, on la trouve d’abord dans l’excessive curiosité naturelle à l’organisation féminine; ensuite, dans l’oisiveté, le désœuvrement et l’ennui où languissent beaucoup de femmes favorisées de la fortune ; ces femmes-là saisissent toutes les occasions qui se présentent pour occuper leur temps et varier leurs sensations.
Jusqu’ici, point de graves désordres dans la santé ; mais, lorsque après des années, la surexcitabilité passe à l’état de névropathie, ou maladie nerveuse proprement dite; alors, plus de repos pour la femme, les journées s’écoulent dans la souffrance et la vie devient un fardeau.
La névropathie revêt mille formes, s’offre sous affile nuances : tantôt ce sont des palpitations violentes, des agacements, des suffocations, des verflges, des syncopes ; tantôt ce sont des bouffées de chaleur'étouffantes auxquelles succède le froid, le frisson; puis, des douleurs lombaires intolérables, le brisement des membres, la prostration, l’anéan-
tissement. D’autres fois, c’est l’hystérie, se manifestant par des symptômes aussi variés qu’affligeants, qualifiés du nom de vapeurs (1).
Parmi les nombreux ravages que fait la névropathie, un des plus graves, des plus difficiles à combattre, est la gastralgie ou affection nerveuse de l’estomac, qui se propage presque toujours aux intestins. La gastralgie flatulente altère profondément les forces digestives, détruit l’appétit ou provoque une faim dévorante. Aussitôt qu’on a mangé, un énorme développement de gaz a lieu dans l’estomac, et ces gaz sollicitent des éructations incessantes qui fatiguent beaucoup. L’épigastre et le ventre se ballonnent, les gaz montent, descendent, se déplacent en produisant un bruit sourd ( borborygmes ), sans pouvoir être expulsés. C’est comme un orage qui gronde et mugit, enfermé dans le ventre ; la constipation est opiniâtre ; le caractère devient sombre, on est triste, morose, irascible, à charge aux autres et à soi-même.
Aux époques néfastes, évitez soigneusement toutes les influences physiques et morales qui pourraient causer une suppression , et si cette suppression arrive sans cause connue, hâtez-vous
(1) Voyez à ce sujet, l’Histoire naturelle de l’IIomme et de fa Femme , du même auteur, 1 fort vol. avec gravures,
de consulter votre médecin. Ainsi qu’une machine compliquée ne fonctionne plus régulièrement dès qu’un rouage se dérange, de même, dans la machine humaine, une suppression ne saurait avoir lieu sans de graves altérations pour la santé. (Voyez la 25 e édition de YI-Iygiènc du Mariage.)
Gardez-vous des attitudes vicieuses et des différents tics qui allèrent ou dégradent la beauté ; on les prend très-facilement, et, une fois que l’habitude les a familiarisés, il devient très-difficile de s’en débarrasser.
Cultivez incessamment, au physique et au moral, toutes les qualités qui charment et vous font aimer. — Donnez à votre chevelure tous les soins hygiéniques nécessaires à sa conservation ; car une belle chevelure a le double avantage de i'utilité et de l’ornement.
Entretenez la fraîcheur de votre peau, de votre teint ; cultivez la beauté de vos yeux, de vos dents, de vos lèvres, de vos mains, de vos pieds et de toutes les parties du corps ; parce que les soins que vous prenez de leur beauté contribuent aussi à leur état de santé.
EXERCICE DE t’iNTELLIGENCB.
Il nous reste encore un dernier conseil à donner aux femmes, celui d’employer leurs loisirs aux divers exercices de l’intelligence.
La culture de l’esprit développe la mémoire, le jugement, le raisonnement, etc., elle agrandit l’âme, ennoblit le cœur, développe les beaux sentiments et dirige dans la voie du bien. Elle rend bon, aimable, utile à nos semblables, resserre les liens qui unissent la femme à son mari, et fournit les moyens de donner une bonne éducation aux enfants. Enfin, la culture de l’esprit est la source d’une foule de distractions agréables, de plaisirs dont est privée la personne ignorante.
O femmes ! cultivez, exercez votre esprit, surtout que ce soit dans un but moral. On peut briller par la beauté, par la toilette et les parures ; mais on ne plaît véritablement que par l’esprit et les grâces.